lundi 23 février 2009

Le rattachisme vu par José-Alain Fralon

Le journaliste français José-Alain Fralon, ancien correspondant du "Monde" à Bruxelles, va sortir dans les prochains jours un livre dans lequel il défend la thèse d'une nouvelle Belgique regroupant la Wallonie et Bruxelles (thèse que je n'approuve pas, bien entendu), et s'oppose au rattachisme. Voici l'interview qu'il a accordée ce week-end au journal "Le Soir" :

"Selon vous, le rattachement de la Wallonie à la France n'est pas une bonne idée. Pourquoi?
- Je voudrais d'abord dire que personnellement, j'aime la Belgique telle qu'elle est aujourd'hui. Des amis se moquent d'ailleurs de moi en disant que je suis le dernier des belgicains. Donc, si je dis que la messe est dite, ce n'est pas de gaieté de coeur. Par rapport à la France, j'écris aux Wallons : "Comme j'aimerais ne pas vous décevoir". Mais d'après moi, le rattachement à la France est impossible et non souhaitable. Impossible parce que je crois que pour quelques grands pays à l'intérieur de l'Europe, un changement de frontières est très difficile à imaginer. Il serait très mal vu, à Londres, à Berlin ou ailleurs, de voir la France absorber un nouveau territoire. Par ailleurs, si Bruxelles fait partie du lot, je crois qu'il est impossible que les deux capitales de l'Europe (Bruxelles et Strasbourg) soient françaises. Il faudrait que Bruxelles renonce à ce rôle, et Vienne et Berlin se verraient bien le reprendre. Par ailleurs, ce n'est pas souhaitable. Imaginez les Liégeois voir arriver un préfet venant des Alpes-Maritimes ou du Cotentin, s'asseoir à l'hôtel de ville ou à la préfecture, en disant : "L'Etat, c'est moi!". Imaginez la bronca. La propension à la liberté des communes belges, la décentralisation, le fédéralisme, le suffrage universel proportionnel, tout cela forme des moeurs politiques qui sont vraiment très différentes, même si la France se régionalise.
- La domination des Français succédera à celle des Flamands, écrivez-vous.
- ...en rigolant : les Liégeois en viendront à regretter les premiers ministres flamands! Parce que, pour le meilleur et pour le pire, la France est quand même un pays jacobin. C'est quand même encore à Paris que les décisions se prennent. Je ne crois pas que les Wallons seraient bien dans un ensemble français.
- En son temps, Charles de Gaulle n'était pas hostile à un arrimage de la Wallonie à l'Hexagone, au point d'être persona non grata chez nous?
- En effet. Au début des années 60, Baudouin était venu à Paris avec Fabiola et, diplomatiquement, il fallait rendre la politesse. Mais Pierre Harmel a dit que jamais il n'inviterait de Gaulle, par crainte qu'à l'hôtel de ville de Liège, il s'exclame "Vive la Belgique et vive la Wallonie libre!". De Gaulle a beaucoup écrit sur la Wallonie. Pour lui, elle était plus française que belge mais en même temps, il était aussi persuadé que les puissances européennes ne voudraient pas. Alors il laissait la porte ouverte dans l'hypothèse où un vrai mouvement populaire solliciterait la France.
- Nicolas Sarkozy n'est pas dans le même état d'esprit?
- Pour l'instant, non.
- Parallèlement, vous conseillez aux Bruxellois de ne pas céder aux sirènes du district européen. Pourquoi?
- Parce que je crois que c'est une vue de l'esprit. Il faudrait d'abord que l'Europe soit politiquement beaucoup plus forte. Pour caricaturer un peu, j'imagine mal, lors d'un conseil des ministres des 27 (et peut-être demain des 30), qu'un ministre letton soulève le problème des feux rouges à Schaerbeek. Ce que je veux dire, c'est que le rôle de l'Europe n'est pas d'administrer une ville. En plus, c'est quand même une vue assez élitiste. J'aime bien tous ces manifestes qui affirment que Bruxelles ne doit pas être une monnaie d'échange ; je trouve cela très intéressant, moi qui adore cette ville. Mais enfin, on voit quand même un peu Bruxelles comme une sorte de club anglophile et eurocrate, alors que le fond, c'est que Bruxelles est une ville francophone, même si un esprit flamand y flotte, et c'est très bien ainsi. Je suis persuadé qu'à la minute même où la Flandre déclarera son indépendance, elle n'aura plus aucun droit - ne serait-ce qu'au point de vue des règles internationales - sur Bruxelles. Cela ne veut évidemment pas dire que les Flamands devront quitter Bruxelles.
- D'après vous, le salut pour les francophones serait de continuer à vivre ensemble entre Wallons et Bruxellois, sans la Flandre, au sein d'une "petite Belgique" avec un Roi à Laeken?
- Exactement. Pour moi, la seule solution est de garder la Belgique avec la famille royale et les institutions européennes. Je sais qu'il existe de vieilles haines entre Wallons et Bruxellois, qu'ils se connaissent mal, qu'ils se jalousent, etc. Mais je pense que devant l'urgence de trouver une solution après l'indépendance de la Flandre, ils se resserreront les coudes assez facilement".

8 commentaires:

belgeetfierdeletre a dit…

Franchement,ceux qui parlent contre la Belgique me font pitié,rien que par le fait qu'ils se croient majoritaires,alors qu'ils prouvent eux-mêmes le contraire par leurs sarcasmes et leurs insultes.Pour le reste,je suis entièrement d'accord avec le petit belge,je n'approuve pas la thèse finale de l'auteur,qui comme le font habituellement les séparatistes vend la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

Alain a dit…

Bonsoir, je t'avoue que pour une fois je n'ai même pas tout lu.
C'est très rare chez moi, mais c'est malheureusement toujours la même chose avec les rattachistes ou les indépendantistes.
Toujours les mêmes arguments, ma maman me disait toujours, "avant d'aller voir ailleurs, essayons de règler les problèmes ici", bien sùr un tas d'autres proverbes peuvent remplacés cette p'tite phrase.
Belge je suis, belge je reste.
Amitié.

Youri a dit…

Petit Belge, tâchez d'être complet quand vous analysez certaines publications qui vous satisfont.
Me permettrez-vous comme d'habitude de rectifier certaines choses via deux interventions sur votre blogue ????
La première sur Mr Fralon
La deuxième sur un de ses successeurs au Monde et la CARTE BLANCHE qu'il a aussi accordé au SOIR.


José-André Fralon, qu fut en son temps un hagiographe du roi Baudouin, doit être jugé suffisamment "intéressant" pour bénéficier d'une page dans l’édition de ce week-end du très belgicain journal du Soir.

Il faut dire que le réunionisme est actuellement à la mode et c’est tant mieux.
Après les ouvrages bien conçus de Claude Demelenne et de Claude Javeau sur le sujet (Tiens, Petit Belge, pourquoi n'en parlez-vous pas ??????), voici que l’on sort des rayons obscurs un opuscule d’un ancien correspondant du journal Le Monde, José-Alain Fralon, dont les attaches avec la Belgique sont toutefois indéniables puisqu’il a épousé une Flamande.

L’homme a donc suivi notre actualité de 1985 à 1991, à l’époque des gouvernements Martens.

Dans son ouvrage intitulé La Belgique est morte, vive la Belgique ! (Fayard, 2009), il plaide pour une Belgique résiduelle, une Belgique idéale : sans la Flandre.
Fralon se transforme donc pour l’occasion en VRP de la marque d’aspirateur WALLOBRUX.

Le seul intérêt du livre réside dans son postulat : « La Belgique est amenée à disparaître ».
Malheureusement pour sa réputation de journaliste sérieux, les successeurs de Fralon à Bruxelles du quotidien Le Monde, Jean de La Guérivière et Luc Rosenzweig, sont depuis longtemps d’un tout autre avis.

Une question de génération politique, sans doute.

Youri a dit…

Carte blanche de Luc Rosenzweig, correspondant du journal Le Monde publiée dans Le Soir du 13 septembre 2007

On perçoit comme une gêne dans les analyses et commentaires français relatifs à la crise politique qui a éclaté cet été dans le royaume de Belgique : on a l’impression, à les lire, qu’elle embarrasse, qu’elle est intempestive, voire folklorique. Dérisoire, certes, au regard des événements autrement plus menaçants qui se déroulent dans d’autres parties du monde, cet affrontement entre les Flamands et les francophones d’outre-Quiévrain constitue néanmoins un défi politique et diplomatique majeur pour la France et pour l’Europe.

Dans les chancelleries, où l’on redoute les changements brutaux et incontrôlés des cartes de géographie établies par de subtils négociateurs à l’issue des grandes crises européennes des deux derniers siècles, on veut encore croire que les Belges bricoleront une fois de plus un de ces compromis baroques pour continuer de vivre, non plus ensemble, mais côte à côte.

Même si cela devait être le cas dans les prochaines semaines, la « question belge » n’en sera pas réglée pour autant, car le mouvement de la Flandre vers son accession au statut d’État nation est devenu irrépressible. Longtemps cantonnée aux milieux flamingants qui ont porté pendant des décennies le poids de leur compromission avec les nazis, cette revendication identitaire est maintenant partagée par la majorité de la population. Les Flamands ne comprennent pas qu’on leur refuse de déterminer librement leur destin, alors que ce droit a été récemment mis en oeuvre, avec l’aval de la communauté internationale, pour les Slovènes, les Slovaques, les Croates, et autres nations issues de la décomposition de l’empire soviétique et de ses annexes.

Le caractère non violent de cette revendication ne doit pas masquer la détermination de ceux qui s’en font les porte-parole. L’ensemble de la classe politique flamande, à l’exception des Verts, se retrouve sur un programme visant à vider le plus possible l’État fédéral belge de sa substance, comme cela est apparu dans les négociations jusque-là infructueuses pour la formation d’un gouvernement.

Face à cela, les francophones wallons et bruxellois sont sur la défensive : ils ne conçoivent, pour l’instant leur destin que dans le cadre d’un État fédéral belge suffisamment fort pour assurer le maintien d’une solidarité économique et sociale dont ils sont les premiers bénéficiaires. Une telle situation ne saurait durer. Si les partis démocratiques flamands reculent aujourd’hui devant les exigences francophones, ils seront balayés à la première occasion par des formations plus radicales, comme le Vlaams Belang.

Face à cela, ni la France, ni l’Europe ne peuvent rester simples spectateurs.

À lui seul, le futur statut de Bruxelles, disputé par les deux entités belges en cas de scission, exigerait déjà que les voisins s’en mêlent… Dans l’hypothèse où l’autonomisation de la Flandre devient une réalité, les Français ne peuvent pas rester insensibles au sort de populations avec lesquelles elle partage langue, culture et souvenirs historiques. Dans leur grande majorité, les Belges francophones ne sont pas « rattachistes», c’est-à-dire partisans d’une intégration de la Wallonie et de Bruxelles dans la République française. Mais ils sont bien conscients que la situation économique dégradée d’une région autrefois prospère ne permettrait pas à une entité francophone indépendante de conserver à ses citoyens le même niveau de vie. La France, en tout état de cause, doit se préparer à toute éventualité.

Elle devra, tout d’abord établir des rapports sereins avec une Flandre indépendante : celle-ci commence dans la banlieue de Lille (Rijsel en néerlandais). La nouvelle Flandre devra aussi renoncer à toute prétention sur les cantons français jadis néerlandophones de la région de Dunkerque. Cela ne devra pas être trop difficile : les liens économiques et les coopérations interrégionales ont pavé le chemin.

Vis-à-vis des francophones, la France officielle devra se garder de deux écueils : l’arrogance et l’insensibilité. L’arrogance consisterait à leur dicter leur destin, dans un sens comme dans un autre, annexion ou abandon. L’insensibilité serait la poursuite de l’aveuglement officiel actuel : il n’y a pas, il ne saurait y avoir de « question belge ».

Un signal de disponibilité à envisager, avec les représentants qualifiés des Wallons et des Bruxellois, les solutions possibles à la crise belge devrait être lancé sans trop tarder. Il aurait comme premier effet de mettre les francophones en meilleure posture dans leurs négociations avec les Flamands, en leur démontrant qu’il y a une alternative, et qu’il n’est pas obligatoire de passer sous leurs fourches caudines. Pour le reste, l’Histoire pourrait, une fois de plus, nous montrer qu’elle ne déteste pas l’inattendu.


PETIT BELGE,
comme je disais dans ma première intervention de ce jour, vous avez l'art de tronquer l'information et de sélectionner uniquement ce qui vous plaît d'être renseigné.
Certes, vous restez seul maître de votre blogue mais il n'empêche que votre façon de voir les choses est biaisée et donc limite malhonnête en ce qui concerne l'information que vous donnez à vos lecteurs.

Un petit Belge a dit…

Youri, relisez mon texte. J'ai écrit dans mon article que je n'étais pas d'accord avec sa thèse d'une "nouvelle Belgique" réduite à Bruxelles et à la Wallonie. Mais je l'ai placé sur mon blog car José-Alain Fralon dit certaines vérités sur le rattachisme.

Oui, bien entendu, vous pouvez intervenir autant de fois que vous le souhaitez sur ce blog et vous savez très bien que je n'ai jamais censuré aucun de vos commentaires. Mais laissez-moi quand même le soin de choisir le contenu de mon blog qui a, pour ligne éditoriale, de défendre l'unité de la Belgique. Je ne prétends pas être complet (je travaille, j'ai une vie privée et je m'occupe de mes trois blogs durant mes temps libres) mais je laisse, à travers vos commentaires, la parole à ceux qui ne partagent pas mon opinion.

Maintenant, je trouve quand même bizarre que vous "descendiez" José-Alain Fralon alors qu'une partie de sa thèse correspond à votre opinion.

Youri a dit…

@ Petit Belge,

Vous avez droit à vos idées.
Mais vous trompez vos lecteurs en tronquant le débat.

La veille de cette carte blanche au Soir, dans le même journal, il y avait une interview de Claude Demelenne à propos de son dernier livre.
J'aurais aimé que vous en parliez aussi et surtout.
Tant qu'à vouloir être complet.

Je vous remercie de m'autoriser à rectifier certaines de vos affirmations, combler vos carences et oublis.
Bien à vous.

Youri a dit…

EN COMPLEMENT A MES INTERVENTIONS D'HIER:

Petit Belge, dans l'édition du Soir de ce 24 février, une carte blanche et un courrier des lecteurs en réponse aux "argumentations" de Fralon que vous répercutez ici.
ces interventions sont nettement mieux formulées que les miennes.
L'honnêteté intellectuelle voudrait que vous les répercutiez.
Evidemment, une est écrite par un rattachiste ce qui lui enlève, à vos yeux, toute crédibilité sans doute....

Zuid-Vlaming a dit…

Bonjour,
Vous permettrez au Flamand "de France" que je suis de réagir aux propos de "Youri", propos que je trouve tout à fait scandaleux. Ainsi, ce monsieur, en prétendant que (je cite): ..."La nouvelle Flandre devra aussi renoncer à toute prétention sur les cantons français jadis néerlandophones de la région de Dunkerque..." sait mieux que nous, ce qui est bon pour nous... Que ce monsieur sache que le néerlandais/flamand est toujours parlé, dans notre "Westhoek" et que la seule solution pour les parents qui veulent scolariser leurs enfants dans leur langue historique (le néerlandais) est de les envoyer à l'école, de l'autre côté de la frontière. C'est ce que nous avons fait, dans notre famille. Les Flamands de France espèrent ardemment que la Flandre "belge" va accéder à plus d'indépendance et ils seraient même enchantés de faire partie de la nouvelle entité émergente.
Met mijn vriendelijke groet uit "Zuid Vlaanderen".