jeudi 27 avril 2017

Echanges d'enseignants entre communautés linguistiques

En avril 2015, les ministres de l'Enseignement des trois communautés (néerlandophone, francophone et germanophone) de notre pays ont signé un accord permettant à des enseignants nommés de bénéficier d'un congé pour mission pour donner cours, par période d'un an renouvelable, dans une école d'une autre communauté linguistique de Belgique. Ils conservent leur statut, leur ancienneté et leur traitement dans leur communauté d'origine. Leur traitement est remboursé par la communauté accueillante à la communauté d'origine. Plus d'infos :  www.teachersmobility.be

C'est le cas de Nina Van Bouwel, institutrice primaire néerlandophone, qui enseigne depuis 2015 dans une école francophone. Elle a répondu aux questions du magazine "Profs" :

"Pourquoi ce défi?
- Ayant grandi à Bruxelles, j'ai été en contact avec la langue et la culture francophones dès mon plus jeune âge. Mon époux est francophone et trois de mes enfants ont fait leurs études fondamentales dans une école francophone avant de poursuivre le secondaire en néerlandais. J'étais déçue alors par le niveau des cours de néerlandais et par une méthode et un vocabulaire provenant des Pays-Bas plutôt que de la Flandre. La cellule pédagogique francophone de la commune de Molenbeek recherchait un maître spécial de néerlandais pour une de ses écoles, et la proposition est tombée à un moment opportun pour moi.

- Un changement de taille?
- Institutrice primaire depuis plus de 25 ans, je suis devenue maîtresse spéciale de seconde langue. Avec un horaire complet, j'enseigne à neuf classes de 4ème, 5ème et 6ème primaires. Passer d'une classe d'une vingtaine d'enfants à neuf groupes-classes totalisant 200 élèves, c'est un fameux changement. Pas facile de mémoriser tous les prénoms!  J'ai dû m'approprier les référentiels de l'enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles, les programmes et outils de réseau. Heureusement, une brochure élaborée par la commune précise le vocabulaire que les élèves doivent connaître en fin de 6ème.

- Comment vous y prenez-vous pour relever le défi du niveau à atteindre par les élèves?
- J'axe mes cours sur l'oral en proposant des dialogues et des jeux. Je travaille beaucoup les sons, car ce qui bloque souvent les enfants, c'est la crainte de ne pas prononcer correctement. Je réserve deux des trois périodes hebdomadaires à du travail en demi-groupe pendant que l'enseignant titulaire fait de la remédiation sur d'autres matières avec le reste de la classe. Je peux ainsi travailler la lecture technique, l'oser parler et, surtout, je rassure les enfants sur leurs capacités.

- Quels étonnements? Quelles richesses?
- J'ai été étonnée par le peu d'enseignants pouvant ou osant enseigner le néerlandais. Dans mon ancienne école, les titulaires de 4ème, 5ème et 6ème étaient tous qualifiés pour enseigner le français à Bruxelles. J'ai été aussi surprise que les stagiaires des hautes écoles bruxelloises n'aient plus de cours de néerlandais dans leur cursus. Côté néerlandophone, on parle d'établir un test d'orientation lors de l'inscription à la haute école qui comprendra aussi un examen de français. J'ai été très bien accueillie à l'école n°11 Aux Sources du Gai Savoir à Molenbeek. Je m'y sens reconnue par mes collègues et je dispose d'un local que j'aménage progressivement. Chaque mois, au sein de la cellule pédagogique communale francophone, je rencontre des enseignants de néerlandais d'autres écoles. Cela permet des partages de pratiques intéressants de pratiques".

lundi 24 avril 2017

Le chanteur belge Ozark Henry

Comme vous le savez et l'appréciez, l'un des objectifs du Journal d'un petit Belge est de mettre en avant les artistes de notre pays. Place aujourd'hui au chanteur Ozark Henry (de son vrai nom Piet Goddaer), né en 1970 à Courtrai. Il vient de sortir un nouvel album intitulé "Us" et sera en concert à l'Ancienne Belgique à Bruxelles le 29 avril.

Je vous avais déjà parlé d'Ozark Henry en 2013 (http://journalpetitbelge.blogspot.be/2013/04/ozark-henry-au-1er-anniversaire-du.html) et en 2015 (http://journalpetitbelge.blogspot.be/2015/03/nouvel-album-du-chanteur-belge-ozark.html). Ajoutons qu'il est ambassadeur de bonne volonté pour l'ONU contre la traite des êtres humains.

Il vient de répondre aux questions des quotidiens du groupe Sud Presse :

"Que signifie "Us", le titre de votre nouvel album?
- Il explore les concepts que nous utilisons pour "nous" ("Us" en anglais) différencier des "autres", pour donner un sens à l'inégalité croissante. Mais heureusement, il me reste un peu d'espoir pour l'avenir. C'est un album qui est le fruit de mes sentiments post-attentats. Il fallait que j'agisse, que je pousse à la réflexion. Ce n'est qu'un disque mais c'est ma meilleure façon d'agir. J'habite à la côte belge, pas très loin de ce qui était la "jungle de Calais". Je suis donc assez proche de ce que vivent les réfugiés. Je voulais aussi attirer l'attention sur ce qu'ils vivent.

- Marie Daulne de Zap Mama apparaît sur la chanson "Uno Dio Noi". D'où est venue l'idée de sa participation?
- Je la connais depuis un moment, je suis un grand fan de sa musique, et ses prises de position sont semblables aux miennes. Cela faisait donc trois bonnes raisons de collaborer. C'est plus son univers que sa musique qui m'a attiré dans le cas de ce disque, en fait.

- Vous êtes connu pour mélanger un travail technologique avec du pur artisanat. Cela s'est encore vérifié sur cet album?
- Absolument! Nous avons pensé ce disque à base de sons électroniques. Puis, tout a été rejoué avec d'autres instruments, à la main. Je pratique depuis toujours ce grand écart entre la technologie de pointe et le "fait main". C'est, je crois, l'une de mes marques de fabrique. Je travaille comme çà depuis toujours.

- Vous vous souvenez de vos débuts?
- En fait, je suis venu à la musique presque accidentellement. Je n'envisageais pas du tout de faire une carrière. J'y suis venu comme çà, en faisant des musiques pour le théâtre. Et puis sont venus les concerts et ce premier album "I'm seeking something that has already found me" (Je cherche quelque chose qui m'a déjà trouvé), titre directement inspiré de mon état d'esprit à ce moment-là. Où je ne savais pas exactement quoi faire de mes dix doigts. Ce premier disque n'a pas fait une longue carrière, mais quelques bonnes critiques quand même. Et surtout, David Bowie avait déclaré à l'époque être grand fan de ma musique.

- Forcément, çà aide?
- Oui, forcément. Mais pas les ventes de l'album. J'ai malgré tout pu continuer avec un deuxième album, puis mon troisième disque, "Birthmarks", a été disque de platine. Enfin, des gens croyaient en moi. Depuis, tout s'est bien enchaîné et "Us" est mon huitième disque.

- Avec Ghinzu, Deus, Soldout, Ann Pierlé et plein d'autres, comment expliquez-vous cette mine de bonnes musiques en Belgique?
- Tous les noms que vous citez ne sont pas des débutants. Regardez Deus par exemple, cela fait déjà presque vingt ans. Tout comme moi, en fait. Nous, les musiciens belges, nous profitons plus des médias aujourd'hui, c'est évident. Sans doute un effet de mode dont il faut profiter, mais cette scène a toujours été vivante".

jeudi 20 avril 2017

Collaboration économique au-dessus de la frontière linguistique

1° Depuis quelques années, la province de Flandre Occidentale est confrontée à une pénurie structurelle de main d'oeuvre. Les entreprises éprouvent de grandes difficultés à pourvoir leurs postes vacants. Face à ce constat, le Voka (Chambre de Commerce de Flandre Occidentale) veut inciter les demandeurs d'emploi francophones à passer la frontière linguistique. 10% des travailleurs de Tournai et 20% des travailleurs de Mouscron ont déjà un emploi en Flandre.

Les responsables du Voka expliquaient dans "Le Courrier de l'Escaut" :  "Nous avons tout d'abord souhaité organisé un petit salon de l'emploi à Tournai afin d'aider les entreprises de notre région en quête de travailleurs à trouver ceux-ci parmi les demandeurs d'emploi wallons. Dix-sept entreprises étaient présentes pour proposer des places comme magasinier, vendeur, collaborateur de production, chauffeur, etc. Lorsqu'on rencontre les demandeurs d'emploi au Forem, ils nous font souvent part de leur crainte de postuler en Flandre parce qu'ils ne se sentent pas bilingues. Et puis, en épluchant avec eux les offres d'emploi d'entreprises flamandes, on se rend compte que la connaissance du néerlandais n'est pas forcément nécessaire et qu'ils ont toutes les compétences et les capacités pour solliciter leur candidature. En cas de nécessité, les employeurs sont prêts à s'investir en proposant des cours de néerlandais aux travailleurs francophones. Il y a également une volonté dans leur chef de mettre en place des dispositifs pour surmonter les différences culturelles et favoriser l'intégration. Concernant les transport en commun, il est parfois encore difficile de passer d'une région à l'autre...avec un réseau Tec en Wallonie et un réseau De Lijn en Flandre. C'est un exemple de frein qu'il faudrait arriver à briser".

2° Les enseignes de prêt-à-porter multimarques belges PointCarré et Zeb ont décider de s'unir. Créée il y a vingt-cinq ans par Luc Van Mol, l'enseigne Zeb dispose actuellement de 62 points de vente, mais principalement au nord du pays (il y en a cependant déjà 9 en Wallonie). Il y a quelques années, le groupe Colruyt avait acheté la majorité des parts de la chaîne Zeb.

En ce qui concerne PointCarré, il a été créé par Xavier Goebels et son siège est à Florenville en province de Luxembourg. Il sera désormais coactionnaire de la holding détenant PointCarré et Zeb. PointCarré compte ouvrir 15 à 20 nouveaux magasins en Belgique (en particulier au nord du pays) et créer une centaine de nouveaux emplois. Xavier Goebels a confié à la presse :   "Si nous sommes des grands parmi les petits, nous sommes des petits parmi les gros! Grâce à cette opération, nous serons beaucoup plus forts, mettrons en oeuvre une volée de projets que nous avions mis entre parenthèses comme l'ouverture d'un magasin en ligne qui représente un investissement de 600.000 euros. Le niveau de compétition est tel que pour vendre le même volume et faire le même chiffre d'affaires, il faut beaucoup plus de services aux clients, de formations, de digital. Cela nous permettra d'investir dans la logistique, d'être plus rapide pour réagir aux ruptures de stocks ou aux rotations de produits, de performer nos outils informatiques, d'optimiser les coûts, de négocier encore plus les achats, et par conséquent de pouvoir pratiquer des prix compétitifs et avoir accès à des marques exclusives. Les clients pourront passer commande courant 2018 de chez eux, du bureau, du magasin aussi via des écrans, et se faire livrer à l'endroit de leur choix. Mais malgré la reprise de PointCarré par la holding qui détient aussi Zeb,  même si des synergies seront effectuées, le nom, les magasins et le personnel de PointCarré restent. Si nous avons choisi de travailler avec eux, c'est parce que l'entente est bonne".

La devise de notre pays n'est-elle pas "L'union fait la force" ?

lundi 17 avril 2017

La Belgique vue par Johan Van Herck et Dominique Monami-Van Roost

Les quadragénaires Johan Van Herck (né en 1974 à Herentals) et Dominique Monami-Van Roost (née en 1973 à Verviers) sont deux anciens joueurs de tennis. Ils sont aujourd'hui les capitaines des équipes nationales belges masculine et féminine de tennis pour la Coupe Davis et la Fed Cup. Ils se sont exprimés au sujet de la Belgique dans une interview commune aux quotidiens du groupe Sud Presse :

"Etre belge, on sent que c'est inscrit profondément en vous?
- JVH :  Je suis belge, j'aime mon pays, c'est aussi simple que ça. C'est là que je suis né et que j'ai toutes mes attaches. J'ai beaucoup voyagé durant ma carrière, j'ai vu beaucoup de pays, mais je n'ai jamais pensé une minute à quitter la Belgique. J'aime Anvers, j'habite tout près, mais aussi Liège, Bruxelles, etc. On a tout en Belgique, sauf le beau temps que je vais chercher de temps en temps sur la Côte d'Azur pour des vacances en famille. Mais je reviens toujours au pays!
- DM :  J'ai épousé un Flamand,  Johan est marié avec une francophone, nos enfants parlent les deux langues :  on est de vrais belges et fiers de l'être! On aime profiter de la vie et on vit bien en Belgique. Moi, durant ma carrière, je n'ai jamais envisagé de m'installer ailleurs, même à Monaco.... Je reviens toujours à mes origines, c'est fondamental.

- Que vous évoque le mot séparatisme?
- JVH : Moi, je ne veux pas perdre de l'énergie là-dedans, surtout que je n'ai aucune clé pour voir le dessous des cartes. J'ai ma vérité, je défends les valeurs du pays et je fais en sorte que mon attitude soit conforme à ça. En fait, c'est juste naturel.
- DM :  La montée du séparatisme, qu'on sent surtout se développer du côté des politiques, c'est juste débile, je n'ai pas d'autre mot. Toute ma vie, j'ai joué et j'ai grandi avec un drapeau belge à côté de mon nom, et pas un autre!

- Quelle langue parlez-vous au sein de vos équipes respectives?
- JVH :  Tout se fait en français en Coupe Davis car le staff est majoritairement francophone. Même quand j'envoie un message à Ruben Bemelmans, il est en français! Parfois, j'ai un peu de difficultés à trouver le bon mot dans mes speeches, mais c'est comme ça et ça ne pose pas de problèmes. Je peux aussi parler le néerlandais quand Ruben et Joris jouent ensemble en double, par exemple.
- DM : Moi, tout se fait en anglais car j'ai aussi Maryna Zanevska dans l'équipe. Maintenant, quand elle n'est pas concernée, tout est en néerlandais. Aucun problème.

- Le hockey et les Diablotins ont lancé une mode de l'hymne national chanté a cappella. Le tennis suivra-t-il?
- JVH :  C'est beau, mais çà demande une certaine énergie ou ça peut provoquer un stress à partir du moment où ce n'est pas votre démarche. Je sais que Steve aimerait qu'on le chante, mais tous les joueurs ne sont pas aussi à l'aise que Steve. C'est très personnel, en fait, et je ne veux pas qu'on dépense de l'énergie alors que la Coupe Davis en pompe déjà tellement. Un match de foot, on sait que ça dure 90 minutes, et puis fin. Quand vous vous lancez dans un week-end de Coupe Davis, vous savez quand ça démarre chaque jour mais jamais quand ça finit. Chaque détail, comme épargner de l'énergie et bien cibler les priorités, compte et je pense qu'on est très fort, nous, dans cette gestion.
- DM :  Avec les trois langues, l'hymne national belge, c'est compliqué à gérer, de fait, et ce n'est pas nouveau. Je préfère un joueur qui respecte nos valeurs à un joueur qu'on oblige à chanter et qui par la suite perd toute crédibilité par sa mauvaise attitude.

- Y a-t-il tout de même un aspect belge qui vous irrite?
- JVH :  On est trop modeste, voire trop critique en Belgique. On ne croit pas suffisamment aux talents qu'on a dans bien des domaines. On est un peu élevé comme ça : on préfère mettre le doigt sur le négatif plutôt que de souligner le positif. Tout doit être parfait avant de pouvoir dire que c'est bon.
- DM :  C'est clair qu'on n'est pas assez chauvins comme les Français ou les Hollandais peuvent l'être. Ce qui ne veut pas dire qu'on doit devenir arrogants, mais être plus confiants et oser dire qu'on est favoris, par exemple, quand on l'est. On manque d'audace et d'investissement en Belgique car on ne croit pas assez en nos propres richesses ou talents, ce qui est parfois dingue.

- Justement, quel est le regard de l'étranger sur le tennis belge?
- JVH :  Je peux vous dire qu'il y a énormément de pays qui nous jalousent car je pense qu'avec nos petits moyens, on arrive à des résultats extraordinaires depuis plus de vingt ans. Je pense qu'on a de vrais experts au niveau de la formation en Belgique et ce n'est pas pour rien que la toute puissante fédération anglaise est venue chercher des gars comme Steven Martens, Carl Maes ou le regretté Julien Hoferlin. Je crois qu'en Belgique, on ne se rend pas vraiment compte de l'image que le tennis belge a à l'étranger. Ici, on doit se battre pour avoir de la reconnaissance. On en revient au Belge trop modeste.
- DM :  Le public belge aimerait toujours avoir des Kim, des Justine et des David, mais il ne faut pas que ces exceptions deviennent la norme. On ne sait pas créer sur un claquement de doigts des Top 50, Top 30 ou Top 10. Regardez depuis combien de temps un grand pays sportif comme l'Allemagne attend de vrais successeurs à Boris Becker et Steffi Graf. La force du tennis belge, c'est d'être efficace avec les petits moyens dont il dispose. Ceci, grâce à des experts et à des remises en question permanentes. Et on n'a pas peur non plus d'aller voir ce qui se fait de mieux à l'étranger. Tout n'est pas parfait mais on est débrouillard dans le tennis belge".

jeudi 13 avril 2017

La photo belge de la First Lady

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Voici la première photo officielle de Melania Trump en tant que nouvelle Première Dame des Etats-Unis. Quel rapport avec le Journal d'un petit Belge? me direz-vous. Tout simplement car cette photo officielle a été réalisée par trois photographes....belges (Régine Mahaux, Benoît Mahaux et Wim Van De Genachte). Incroyable mais vrai.

Le Liégeois Benoît Mahaux a confié à la presse :  "Ma sœur Régine a décroché un contrat historique : celui de l'investiture du nouveau président des Etats-Unis. C'est Melania Trump qui l'a appelée personnellement pour qu'elle fasse les photos privées de l'investiture de son mari. Comme souvent, Régine a fait appel à l'équipe (Wim et moi) pour l'aider. On a passé trois jours là-bas et on a pris 7.000 clichés. On suivait les Trump partout : sur le tarmac, au Capitole, à l'église, à la Maison Blanche. Ces photos étaient en principe destinés à leur album de famille. C'était une commande privée. Pour la vie officielle des Trump, il y avait des photographes attitrés à la Maison Blanche. D'où mon étonnement quand j'ai découvert que c'était l'une de nos photos qui avait été choisie comme portrait officiel. J'en suis très fier. C'est que la photo était réussie et que Melania l'aimait bien. Cette photo a été réalisée lors d'un shooting qui a duré dix minutes, pas plus, dans une pièce de la Maison Blanche, devant une fenêtre que l'on voit en arrière-plan. Il y avait maquilleur et coiffeur, et surtout n'oublions pas que Melania Trump est une mannequin. On n'a rien à lui apprendre. C'était un travail très stressant pour nous mais Melania Trump s'est montrée très attentionnée avec nous. Une dame charmante et très agréable, comme on la voit sur la photo. Elle est comme ça".

Et vous, comment trouvez-vous cette photo?  Photoshop ou non? Est-ce que çà vous choque que la photo officielle d'une Première Dame soit faite par des étrangers?

lundi 10 avril 2017

"Stéphane" (Nicole Verschoore)

Présentation de ce nouveau roman :   Jeune homme brillant mais solitaire, Stéphane forme avec sa sœur une sorte d'équipe d'opposition en révolte contre les projets de son père qui veut entraîner son fils vers une carrière juridique. Attiré par leur esprit de liberté et par le théâtre, Stéphane fréquente des personnes très différentes de son milieu familial. Nous sommes fin des années 50. Un professeur de grec et de latin l'initie au bonheur de rester chez soi pour disserter sur les choses de la vie en écoutant Béla Bartok. Par ailleurs, Nini, professeur de ballet et amie de sa mère, l'initie à l'ivresse de la performance scénique. L'étude le passionne dans l'absolu et, au-delà de ses rêves de ballet et de théâtre, Stéphane réussit brillamment ses humanités classiques. Le père de Stéphane sera-t-il suffisamment conquis par l'estime sociale de son fils pour lâcher l'emprise qu'il continue d'exercer sur lui? Entre le silence du dialogue intérieur et les mystères de l'amitié, le hasard d'une rencontre verra Stéphane se rendre à Paris, et peut-être vers l'indépendance...

Présentation de l'auteur :   Née à Gand en 1939, Nicole Verschoore est docteur en philosophie et lettres. Au cours de sa carrière de journaliste, elle travaille pour le quotidien "Het Laatste Nieuws", "Le Nouveau Courrier" et "La Revue Générale". Son premier roman, "Le maître du bourg", est publié en 1994 et reçoit le Prix France-Belgique 1995. En 2008, elle obtient le Prix Michot de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique pour sa trilogie "La passion et les hommes", parue aux éditions Le Cri. Plus d'infos sur son site Internet (français/néerlandais) :  www.nicoleverschoore.be

J'ai lu deux de ses romans :  "La charrette de Lapsceure" et "Les parchemins de la tour".

"La charrette de Lapsceure" (éditions Le Cri)
"La charrette de Lapsceure" est une grande fresque racontant l'histoire de la Flandre aux 19ème et 20ème siècles à travers  "tant d'existences parallèles tendues d'un siècle à l'autre comme les fils d'une dentellière attachés à son coussin", pour reprendre les mots de l'auteur. La lecture des premiers chapitres n'est guère aisée avec le nombre élevé de personnages et l'absence d'un héros principal. J'ai eu un peu de mal à m'y retrouver au sein de cette grande famille. Le récit est régulièrement coupé par des rappels historiques sur l'extrême pauvreté de la Flandre au 19ème siècle ou l'évolution du droit de vote jusqu'au suffrage universel voté après la première guerre mondiale.

Après avoir évoqué la guerre scolaire entre les écoles officielles et catholiques qui atteint le petit village de Lapsceure où enseigne Théodore, le patriarche de la famille, Nicole Verschoore écrit un passage très engagé sur la religion :  "De nos jours, dans nos démocraties compliquées, les nouvelles générations qui ne s'intéressent plus au passé du pays ne peuvent tirer de l'Histoire les modèles qui, hélàs, se répètent sous d'autres cieux et dans d'autres couleurs. Il faut se méfier de l'attrait de la religion combattante. Ne lui accorder aucun droit. Dans toutes les populations, le même besoin d'absolu et de guidance pousse les âmes vers la foi, mais les éléments les moins émancipés ne perçoivent pas la différence entre la religion et l'armée d'un clergé qui craint de perdre son pouvoir absolu. La civilisation doit se munir contre ce que les armées de croyants imaginent devoir faire sous les ordres de leur clergé".

Au milieu du livre, l'histoire devient plus facile à comprendre et l'auteur donne l'explication du titre :   "La charrette de Lapsceure" évoque le départ en charrette en 1880 de l'instituteur Théodore, de son épouse Louise et de leurs enfants du village de Lapsceure vers Courtrai. Louise décède en 1893 à l'âge de 43 ans. Théodore se remarie six mois plus tard et devient archiviste de la ville et un historien reconnu. L'un de ses fils, Alphonse, est engagé dans le mouvement flamand, tandis qu'un autre, Renier, est curé aux Etats-Unis.

Nicole Verschoore place ses personnages au sein de la société belge de l'entre-deux guerres :   "Deux populations vivaient en Belgique dans deux univers totalement dissemblables :  le peuple et les nantis. Les intermédiaires qui ne plaisaient pas au gouvernement et qui commençaient à se faire représenter à la Chambre étaient les Théodore et les Alphonse, intellectuels issus du peuple, idéalistes qui désiraient l'émanciper et le sortir de son état d'esclave. Une quantité de nouveaux nantis comme Constant, issus des grandes écoles francophones, formaient une deuxième sorte d'intermédiaires. Ils appartenaient de cœur à leurs provinces natales, mais se distanciaient du mouvement d'émancipation flamand parce qu'ils avaient dépassé le stade de ceux qui avaient besoin d'aide".

On suit ensuite Grite et Castel au Congo. Nicole Verschoore défend l'action du roi Léopold II et des Belges dans ce pays :  "Qui connaît la pauvreté du 19ème siècle en Europe, le nombre de victimes de la famine et du choléra, qui se rappelle la misère des ouvriers textiles, des mineurs, des campagnes affamées des pays européens dits civilisés et compare ces données aux annales de l'histoire des pays colonisés d'Afrique, découvrira vite l'incongruité de certaines interprétations tardives concernant le colonisateur usurpateur maltraitant le colonisé. Les généralités en cours sont issues d'une absence totale de connaissance exacte et détaillée, et de l'incapacité du béotien de mettre en perspective la réflexion historique".

Très bien écrit, ce livre se termine par une touche de nostalgie avec le décès de Mamou, la veuve d'Alphonse, qui rappelle à chacun d'entre nous le départ d'un proche. Au-delà des nombreuses références historiques qui retracent l'histoire de notre pays, Nicole Verschoore nous montre que les défunts continuent de vivre tant qu'on parle d'eux, et nous incite à être curieux et à poser des questions sur nos familles :   "Les découvertes glissent doucement dans l'oubli mais l'histoire continue, explorée au hasard de la curiosité, par l'insaturable besoin de comprendre".

"Les parchemins de la tour" (éditions Le Cri)
Dans "Les parchemins de la tour", Nicole Verschoore raconte, à la première personne, la vie d'Edmond Beaucarne (1807-1895), le grand-oncle de son arrière-grand-mère, à partir de ses archives retrouvées. Après avoir grandi à Eename auprès de son vieux père, il entre dans un collège jésuite d'Alost, où ses professeurs l'initient à la politique :   "Quant au roi Guillaume que le Congrès de Vienne avait imposé aux Pays-Bas catholiques, ce mécréant était un homme nouveau, ses idées néfastes se propageraient, le désordre s'ensuivrait. Il fallait que l'Eglise reconquisse le pouvoir. Les élèves devraient aider leurs maîtres à renverser le gouvernement hollandais (...) Je suis bien placé pour savoir que Guillaume, ce roi sans grande allure, bien intentionné et maladroit, aurait été écouté et compris s'il n'avait pas été victime de l'opposition féroce et dûment inspirée à laquelle j'ai moi-même prêté l'ardeur de mes jeunes années".

Sur le conseil de ses maîtres, Edmond entre, à l'âge de 22 ans, à la rédaction gantoise du journal contestataire et antigouvernemental, "Le Catholique des Pays-Bas", qui joue un rôle non négligeable dans la révolution et l'indépendance de la Belgique en 1830. Un an plus tard, il quitte le journal et retourne dans son village natal. Le récit se concentre ensuite sur sa vie sentimentale qui se déroule en trois temps.

Lors d'un séjour à Vienne en 1832, Edmond tombe amoureux d'Hortense d'Hoogvorst :   "La femme qu'on rêve est la décalque exacte de nos désirs. Pour cette raison, le premier amour et le désir qui ne s'accomplit pas laissent le souvenir d'un bonheur complet".  Mais il ne chercha pas à la revoir et Hortense se maria...

De retour à Eename, Edmond en devient le bourgmestre. Il habite avec son frère Louis-Maur, sa belle-soeur Baudouine et ses neveux et nièces dans la maison familiale. Au fond du jardin, il aménage une vieille tour fortifiée pour y ranger ses livres et documents. Eudaxie, la femme de ménage, est aussi sa maîtresse :   "Le délice s'avérait être le contraire du pêché décrit par l'Eglise. Pouvoir honorer notre nature humaine comme nous le faisions, avec la fantaisie, la créativité, la légèreté ou la patience nécessaires, c'était faire oeuvre de vie, productrice d'énergie et de jeunesse".  Mais Eudaxie met fin à leur relation.

Quelques années plus tard, à la demande de ses amis, le célibataire solitaire Edmond accueille chez lui Isabelle, venue trouver à Eename le calme pour écrire ses traductions et articles. Après son décès accidentel, il se rend compte de la place qu'elle avait prise dans ses vieux jours :  "Je n'ai pas été bon pour Isabelle parce que je ne l'aimais pas assez. Je n'avais de sentiment pour elle qu'en son absence, je n'ai souffert que de ses départs. Le dernier départ, l'irrévocable, a éveillé les remords, le regret posthume, l'effroi de l'irréparable".

Malgré ces rendez-vous manqués avec les femmes, les dernières pages de ce livre très bien écrit montrent un Edmond serein et apaisé qui vante les joies de la famille et des liens intergénérationnels :   "Grâce aux saisons qui se répètent, aux enfants qui naissent, à l'exaltation des parents et à l'instinct du vieil oncle, un jour, dans un élan incompréhensible d'éclatante allégresse, subitement, ce vieil oncle soulève de nouvelles pelotes vivantes qui hurlent de surprise et de joie, agitent des petits pieds aussi informes que les boutons de magnolias au bout de leurs tiges minuscules. Grâce à ces miracles du quotidien et à l'éternel recommencement, on finit par accepter que meurent ceux qu'on aime, comme s'étiolent les fleurs".

jeudi 6 avril 2017

Nouvel album de Sacha Toorop

Les sorties musicales belges se suivent. C'est le cas du batteur et chanteur Sacha Toorop, un Liégeois d'origine vivant aujourd'hui à Bruxelles. Depuis les années 90, il a sorti cinq albums en anglais (sous le nom de Zop Hopop) et propose cette fois son deuxième album en français, intitulé "Les tourments du ciel". Pour écouter Sacha Toorop :  https://www.youtube.com/watch?v=dFjsQYic-5U

Sacha Toorop s'est confié aux quotidiens du groupe Sud Presse :

"Dix ans sans CD, ce n'est pas trop long?
- Je n'étais pas spécialement attendu. Je prends le temps, il m'en faut pour digérer le vécu et donner une suite cohérente à ce que je fais. La vie, ce n'est pas rien que composer et faire des concerts! Et puis, j'ai passé trois ans et demi comme musicien avec Axelle Red, j'ai fait des disques avec Dominique A. Je voulais juste les moyens de bien faire. "Au clair de la terre", l'album que j'avais fait en 2006, m'a ouvert plein de portes, mais j'avais le sentiment de manquer de cohérence avec une écriture très enfantine que pourtant j'aime beaucoup.

- Vous parlez de cohérence, mais le nouvel album va dans plusieurs directions, non?
- C'est tout le paradoxe peut-être. Le disque est bigarré : pop, chanson, jazz. Mais ce que j'y exprime, je m'y retrouve mieux.

- Dominique A et Axelle Red avec qui vous travaillez sont des influences?
- Dominique, j'aime ce qu'il fait, mais il est plus minimaliste que moi qui suis toujours submergé d'idées et d'émotions. Quant à Axelle, je ne la connaissais pas. Ce qu'on a fait ensemble est fort réussi, mais est passé inaperçu par rapport à ses succès d'avant. Humainement, j'en garde un souvenir formidable, ne serait-ce que parce que j'étais le seul Wallon parmi des Américains et des Flamands. De vrais échanges. Et j'adore Axelle qui est très pure dans sa démarche.

- Sur votre CD, vous reprenez "En bandoulière" de Salvatore Adamo.
- Je me suis retrouvé sur scène avec lui. Ses chansons, je les connais depuis mon enfance. J'ai pris ce titre, pas un gros tube, mais qui moi me touche. Adamo était ému par mon idée. Il m'a prétendu qu' "En bandoulière" avait marché au Chili mieux que "Tombe la neige". En même temps, au Chili, la neige, çà ne leur parle pas!

- Vous avez 47 ans, un âge où on fait un bilan. Quel est le vôtre?
- Je suis très content. J'ai trois enfants beaux et en bonne santé. Et puis, j'ai la chance de pouvoir vivre de la musique depuis 25 ans. Sans trop m'avancer, je crois savoir que mes enfants sont fiers de moi. Bien sûr, ils voient le décalage par rapport à quelqu'un qui a une vie sociale habituelle".

lundi 3 avril 2017

Le jeune ténor belge Reinoud Van Mechelen

En mars dernier, l'Union de la Presse Musicale Belge (association de critiques musicaux professionnels) a remis à Flagey les prix Caecilia 2017 qui récompensent les meilleurs enregistrements musicaux classiques de l'année écoulée. Un hommage a d'abord été rendu à la jeune musicologue belge Mélanie Defize, victime un an plus tôt de l'attentat de la station de métro Maelbeek.

Le champion toutes catégories des prix Caecilia 2017 est le jeune ténor Reinoud Van Mechelen (29 ans),  diplômé du Conservatoire Royal de Bruxelles. Depuis dix ans, il accompagne les plus grands ensembles baroques. On a pu l'entendre au château de Versailles, à la Philharmonie de Paris, l'Opéra de Bordeaux, le Théâtre Bolchoï à Moscou, le Royal Albert Hall à Londres, l'Opéra de Zurich ou encore la Brooklyn Academy à New York.

Pour plus d'infos (néerlandais/français/anglais) sur lui et surtout pour l'entendre, je vous invite à visiter son site Internet :   www.reinoudvanmechelen.be/fr/media

jeudi 30 mars 2017

Nouvel album du groupe Suarez

A l'occasion de la sortie de son quatrième album intitulé "Ni rancœur, ni colère" (pour l'écouter :  https://www.youtube.com/watch?v=HhUJuQeYwqw),  le chanteur belge Marc Pinilla a répondu aux questions du groupe Sud Presse sur ses différentes occupations artistiques :  coach dans l'émission "The Voice Belgique", producteur de la chanteuse belge Alice On The Roof (dont je vous ai déjà parlé) et chanteur du groupe Suarez. Voici son interview :

"Que pouvez-vous nous dire sur ce quatrième album, "Ni rancœur, ni colère"?
- C'est un disque dont on est assez fiers. Il est différent des trois derniers, plus axé sur les chansons plutôt que l'esthétique. Avant, on travaillait sur une couleur, un groove, des riffs de guitare. Cette fois, on a voulu procéder autrement. On a voulu écrire des chansons avant de faire de la production et de l'esthétique. Ce qui fait qu'on a un album où on raconte des histoires, parfois même juste avec une guitare et une voix.

- L'amour semble être le sujet principal de cet album?
- C'est un thème universel qu'on peut aborder sous tous les angles. L'amour dirige ma vie, comme celle de beaucoup de personnes. Dans cet album, on parle d'un peu tous les aspects de l'amour :  des ex, de déclarations d'amour et aussi de coquineries.... C'est un album plus direct, avec davantage de contenu. Mais il garde toujours l'ADN de Suarez :  de bonnes mélodies, du soleil et du plaisir.

- On y retrouve notamment un duo avec la chanteuse belge Alice On The Roof sur le titre phare des années 80, "L'amour à la plage" de Niagara.
- Comme dans chaque album de Suarez, on fait une reprise à notre manière. On a choisi cette chanson car elle laisse beaucoup de place à la réinterprétation. La mélodie est intéressante et le texte peut sembler désuet mais il est bien écrit. On s'est dit que çà pouvait être un duo intéressant avec juste une guitare et nos voix. On s'est dirigés vers Alice On The Roof, c'était comme une évidence : on se connaît, on est amis.

- Comment se passe la collaboration avec elle?
- Je suis son producteur et on prépare son deuxième album. Alice est une artiste intègre, elle ne triche pas. Elle est honnête dans sa manière de faire de la musique. C'est une personne généreuse et très gentille. Le fait qu'elle soit de ma région a sans doute joué mais c'est avant tout un coup de foudre artistique et humain.

- En étant coach dans l'émission "The Voice Belgique", recherchiez-vous un tel coup de cœur?
- Je ne cherchais pas mais çà m'est tombé dessus. Ce qui est bien avec cette émission, c'est que c'est un endroit de rencontre. Il n'y a que là qu'on peut rencontrer autant de gens en même temps. J'aimerais bien collaborer avec d'autres jeunes artistes de l'émission mais je n'en ai pas le temps.

- Comment se passe cette nouvelle saison?
- Elle est différente. L'arrivée de Bigflo et Oli amène davantage de dynamisme. Il y a plus d'intervention des coaches et d'interactions. On est plus détendus. Je suis très content des huit derniers candidats qui sont dans mon équipe. Ils sont tous bons. Après, leur destin est entre leurs mains, pas entre les miennes".

A noter que le groupe Suarez sera en concert le 1er avril au Théâtre du Manège à Mons et le 18 mai au Cirque Royal de Bruxelles.

lundi 27 mars 2017

Bruxelles, 22 mars 2016 : Osons la tendresse

Editorial des quotidiens du groupe Vers l'Avenir du 23 mars 2017 (suite aux commémorations du premier anniversaire des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles) :

"Le temps des hommages. Le temps des discours. Des mots qui s'alignent. Simples. Evoquant le drame d'alors, cherchant l'espoir dans un futur meilleur. Des mots pour partager, des mots pour dire la douleur. Des mots d'amour, aussi. Et puis ce "Osons la tendresse" dans la bouche du roi Philippe. Petite expression qui fait mouche. Parce que face à la haine, face à la colère, cette tendresse apparaît comme un remède tellement évident. Oui, la tendresse, mot que l'on croyait passé de mode, un peu comme une chanson de Daniel Guichard. La tendresse?  "Un sentiment tendre d'amitié, d'affection, d'amour qui se manifeste par des paroles, des gestes doux et des attentions délicates" , nous dit le dictionnaire. Comment refuser cela, mais surtout comment partager cet idéal? Quelques heures plus tard, à la tendresse invoquée par le souverain belge, répondait déjà la violence au Royaume-Uni. L'émoi devant le Parlement, du sang, des cris. Les mots deviennent expressions d'angoisse et de peur. La douleur vive se superpose à la tristesse partagée. Le sentiment de l'éternel recommencement met à mal la résilience. La peur s'ingénie à rendre la fraternité obsolète. Dans le même temps, en Belgique, un groupuscule d'extrême-droite affirmait que le 22 mars devait être  "une journée de la colère contre l'idéologie dominante bobo-pleurnicharde". Ce discours haineux était aussi à cent lieues de celui de Philippe. Les mots de notre Roi étaient justes, parce que choisis dans le vocabulaire d'une humanité profonde. Opposer la haine à la haine, c'est poursuivre la sinistre besogne des terroristes, c'est alimenter les discours extrémistes, toujours en quête d'ennemis, en quête de cibles. Parce qu'il est trop souvent d'usage de donner la priorité au sensationnel, à l'explosion de violence, à la formule d'essence castagne, ne noyons pas cet "Osons la tendresse"  dans l'eau pestilentielle de ce bain où marinent violence, cynisme et manipulation. Oui, c'est un engagement royal qui peut surprendre, mais n'est-ce pas finalement la meilleure arme pour casser ces dynamiques nocives qui gangrènent nos sociétés? Oser ce qui nous réunit plutôt que ce qui nous divise. Oser ce qui nous rapproche plutôt que ce qui nous éloigne. Oser la tendresse?  Oui, Sire, définitivement". 

Thierry Dupièreux (quotidiens du groupe Vers l'Avenir)