mercredi 15 octobre 2008

"J'ai 100 ans et je voudrais vous dire..." (Soeur Emmanuelle)

A l'occasion de son 100ème anniversaire, Soeur Emmanuelle (née en 1908 à Bruxelles) accorde un long entretien à Jacques Duquesne et Annabelle Cayrol. Après avoir évoqué le décès de son père lorsqu'elle avait six ans, elle confie : "Dans ma jeunesse, je ne pensais qu'à m'amuser, danser, voir des films, aller au théâtre. C'était le monde des années 20, qu'on a nommé "les années folles", la respiration, le soulagement de l'après-guerre. J'habitais Bruxelles mais j'allais à Paris où vivaient mes tantes. Le plaisir... Pourtant, ce plaisir ne me satisfait pas vraiment". Elle raconte ensuite son attirance pour les garçons et ses doutes avant de devenir religieuse.

En 1931, elle prononce ses voeux dans la congrégation Notre-Dame-de-Sion. Soeur Emmanuelle enseigne les lettres de 1932 à 1971 en Turquie, en Tunisie et en Egypte. Elle obtient une licence de lettres à la Sorbonne en 1963. A l'âge de la retraite, elle réalise un voeu profond : vivre parmi les chiffonniers et construire avec eux dispensaires, jardins d'enfants et écoles. Elle prend sa retraite en 1993 en France et donne conférences et interviews pour susciter des dons en faveur de son association.

Voici quelques citations du livre que j'ai appréciées :

"Décider d'une vie de privation, de souffrance pour le bonheur des autres, non. Le véritable amour, solide, durable, est celui qui cherche le bonheur des autres en même temps que son propre bonheur".

"Il faut éviter que l'habitude du don fasse de celui qui reçoit un mendiant toujours prêt à demander. Alors que l'on doit aider à faire par lui-même. Pour sa dignité".

"Un bon modèle, c'est quelqu'un qui accepte la différence, qui se bat pour l'égalité, l'équité et la justice, et surtout c'est quelqu'un qui prouve sa capacité à aimer, à partager! C'est quelqu'un de joyeux, de positif, d'optimiste. Il faut apprendre aux enfants la confiance, à avoir confiance".

"L'Histoire est capitale, l'enseignement de l'Histoire et des racines de chacun est essentiel. Mais attention, les enfants ne sont pas responsables du passé! On parle beaucoup de mémoire ces temps-ci, mais attention, il ne faut pas charger les enfants de notre culpabilité et de notre responsabilité! Ils ne doivent pas, non plus, mettre obligatoirement leurs pas dans ceux de leurs parents. Ils doivent, riches de notre expérience, faire différemment, essayer d'autres voies! Il faut leur donner les moyens de décrypter les discours, de rester critiques et lucides. Et surtout, il faut leur laisser leur enfance. Ne pas en faire de petits adultes avant l'heure".

"Notre monde est triste parce qu'il est trop axé sur le matériel, l'argent, le clinquant. Moi, ce que je leur souhaite aux jeunes, ce sont de belles rencontres humaines. J'ai eu cette chance. Etre adulte, c'est être seul, le savoir et l'accepter. C'est admettre qu'on est responsable de sa vie, de ses actes, de ses choix. Ne pas incriminer les autres, le destin, la chance ou la malchance. Même s'ils existent. On dit que grandir, c'est renoncer. Grandir, c'est être capable de chercher des solutions. C'est ce que les jeunes attendent de l'adulte, qu'il sache aussi les aider à faire face. Le véritable adulte est un passeur pour les jeunes".

Avec son franc-parler légendaire, Soeur Emmanuelle s'inquiète de la montée de l'islamisme (mais défend la religion musulmane), propose d'envoyer les jeunes en stage dans une ONG avant l'obtention de leur diplôme, se prononce pour le mariage des prêtres et la contraception. Elle nous parle aussi du travail de l'Association Soeur Emmanuelle qui mène des projets d'éducation et de santé (3,8 millions d'euros de budget en 2007) en Egypte, au Soudan, au Liban, aux Philippines, au Burkina-Faso, en Inde, à Madagascar, mais aussi en France.

1 commentaire:

Edmée De Xhavée a dit…

Quelle sagesse et quelle joie! C'est certainement édifiant, de comprendre qu'elle n'avait pas l'intention de devenir une sainte, mais juste celle de se sentir en accord avec elle-même!

Un de mes cousines est devenue religieuse, et on ne comprenait pas: elle était jolie "comme un coeur" et avait bien du succès auprès des garçons. Elle sortait, allait danser, était coquette. Elle est maintenant une religieuse très dynamique, toujours souriante, affairée, avec un sens de l'humour toujours intact (Je me souviens qu'au mariage de mon jeune frère, elle faisait couple avec son oncle, et on leur avait confié la poussette de ma nièce qui avait un an. La photo de la sortie de l'église avait donc une saveur vraiment trop comique, avec une religieuse, un monsieur âgé et un bébé...!)

Bravo pour le choix de ce billet!