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lundi 13 juillet 2026

L'auteur belge René Henoumont (1922-2009)

 


 Engagé dans la résistance durant la deuxième guerre mondiale, le journaliste et écrivain belge René Henoumont (1922-2009) a ensuite commencé sa carrière de journaliste et rédigeait toujours actuellement une chronique dans l'hebdomadaire "Le Soir Magazine". Il a également écrit de nombreux romans et essais. La bibliothèque d'Herstal (sa commune natale) porte son nom et dispose de toutes ses archives. Il s'est éteint chez lui à Steenkerque, un petit village entre Enghien et Soignies où il s'était retiré.

Afin de lui rendre hommage, "Le Soir Magazine" a eu la bonne idée de republier ses meilleures chroniques. 

"Le 7 septembre 1944, peu avant 15h, je traversais la rue Léopold à Liège, à hauteur de la maison natale de Simenon. Depuis la rive droite, des snipers allemands faisaient des cartons sur les passants circulant dans les rues perpendiculaires à la Meuse. Une volée de balles ricocha sur les façades, à deux pas du drapeau belge, ex-magasin de confection, local de la Légion Wallonie réquisitionné le jour même par le parti socialiste sorti de la clandestinité. Elles n'étaient pas pour moi, ces balles folles ; j'avais rendez-vous au drapeau belge. Je me retrouvais au cinquième étage, devant un homme jeune aux yeux bleus intimidants, un revolver 7.65 était posé sur la table près de feuillets couverts d'une petite écriture nette. Par les fenêtres, j'apercevais les pigeons de la place Saint-Lambert, tournoyants. J'entendais des hauts-parleurs diffuser le "Chant des Partisans", l' "Internationale" et la "Marseillaise". Le canon grondait encore quelque part. Une armée haïe était partie, une armée amie prenait possession de la ville. Une foule en délire se jetait au devant des tanks à l'étoile blanche, d'où des soldats rieurs distribuaient chocolats, cigarettes et chewing-gums comme du pain aux moineaux. L'homme aux yeux bleus leva la tête : "Camarade, il paraît que tu es fou de cinéma. Va faire un tour en ville, reviens, et en 30 lignes, dis-moi ce que les cinémas programment". Je titrais ma bafouille : "Le retour de Mickey". Disney avait appelé Oswald un lapin dont il rogna les oreilles et lui ajouta une longue et mince queue : une immense vedette était née, Mickey. Pour le reste, les exploitants avaient sorti des caves Popeye, Donald, Laurel et Hardy et un Charlot soldat. L'heure n'était plus au cinéma allemand mais américain. Un music-hall, le Walhala, changeait son enseigne, il devenait l'Eden. L'homme aux yeux bleus lut ma copie : "Je ne connaissais pas cette histoire de lapin, c'est une information. Je t'engage, tu assumeras entre autres la critique de cinéma dans le "Monde du Travail". Notre premier numéro tombe demain à 5h. Sois-là à 8h pour le suivant". Mon article (?) était signé R.H. sur papier-sachet bistre réquisitionné dans un grand magasin. C'est comme çà que je suis entré en journalisme...".

"Premier article le 7 septembre 1944. Le lendemain, je découvre le grand meccano de l'imprimerie, le temps du plomb. On me balade de la "clicherie" à la rotative, mais ce sont les grandes tables de marbre empreintes d'encre qui me fascinent. C'est là que le journal, ligne après ligne, caractères mobiles pour les titres, est mis en forme. La mise en page d'un journal est comme une robe de mariée. On part des escarpins pour arriver à la couronne de roses. J'assimile le vocabulaire de l'atelier. Me voilà bombardé rédacteur au marbre, responsable d'un quotidien mis en page la nuit. Ces mois d'initiation, malgré les bombes volantes et la fin d'une guerre qui revint nous frapper de plein fouet en Ardenne, furent décisifs. Reste l'écriture, le plus important. L'essentiel est de toujours raconter une histoire. Un fait divers en dix lignes est un bref roman. Difficile d'écrire court! L'école du fait divers est la meilleure. Je l'ai apprise dans des locaux de la police liégeoise où le décor n'avait pas changé depuis le passage du petit Sim de la "Gazette de Liège", parti à Paris en 1922 pour s'y faire un nom : Simenon. Dans un hebdo, il faut cinq ans pour imposer une nouvelle chronique, malgré un départ foudroyant. J'ai commencé l'homme à la pipe au "Pourquoi pas?", au début des années 70, la mutation de l'hebdo étant assurée, par la "télé, ce chewing-gum de l'oeil". Et la semaine suivante : A la case Kafka (Reyers), seules les toilettes étaient humaines!".

"C'est fou ce que le journalisme séduit les jeunes. Deux chroniques à ce propos et on me demande comment l'on devient journaliste. J'ai conté mes débuts à la Libération, période exceptionnellement ouverte où fleurissait une presse nouvelle et où bien des aînés étaient en prison pour collaboration. C'est une génération qui aura appris le métier à chaud, sur le terrain. Ce n'est plus possible aujourd'hui. L'intérêt porté à l'économique, l'investigation, une presse plus pragmatique imposent le passage par les écoles. Hélàs, les places sont rares dans la presse écrite. C'est du côté de la radio, de la télé, du cinéma qu'un débutant aura le plus de chance. Est-ce à dire que la presse écrite est plus exigeante? Sans doute que oui! Les nouveaux médias privilégient l'image et la langue parlée. Ecrire n'est pas donné sans un peu de magie ; écrire court, c'est le plus difficile. Ecrire juste demande une attention sans faille. Un gourou parisien assurait que le journalisme était le degré zéro de l'écriture. Faux! Je vous cite dix grands écrivains, de Simenon à Hemingway, qui ont appris à écrire en journalisme, dix autres, de Vandromme à d'Ormesson, qui le sont restés tout en produisant une oeuvre littéraire considérable. Tout d'abord, savoir pour qui on écrit. Ce grand patron avait dans son bureau une photo de l'homme de la rue. C'est pour lui qu'il fallait écrire, oui da, mais à condition de ne pas considérer le lecteur comme un idiot. Répondre à "Où, quand, comment, pourquoi?", on connaît la règle. Il faut y ajouter sa petite musique. Il pleut est un constat, il pleuvait est le début d'une histoire. Dans les années 60, j'ai été personnellement fasciné par ce journaliste américain qui, depuis sa cabane dans les Rocheuses où il pêchait, chassait, écrivait, rédigeait en plus un édito hebdomadaire d'un feuillet tiré à mille exemplaires sur une petite presse à pédales. Ses abonnés? Tout ce qui comptait en Amérique. On dit que les Kennedy durant la crise de Cuba ont tenu compte de ce solitaire. C'est un rêve américain. Il est en partie réalisable si vous parvenez à trouver un ton, de l'humeur, de l'humour, de l'émotion et un peu de tendresse, bordel! Je vous laisse... Le dernier cavaillon de l'été, accompagné de jambon corse, m'attend. C'est aussi très important".

"On m'a fait remarquer que je m'indigne contre la disparition de certaines espèces animales alors que je regrette les glorieuses ouvertures de la chasse aux perdreaux en août. Il n'y a pas contradiction sinon apparente. La disparition de certaines espèces n'est pas due à la chasse. Si le petit gibier, surtout en moyenne Belgique, est de plus en plus menacé, il faut imputer plusieurs raisons qui n'ont rien à voir avec la chasse. Pourquoi la chasse d'ailleurs? Parce que les lois ont privilégié les chasseurs nantis au détriment du chasseur paysan conservateur. L'élevage intensif du faisan et son abbatage au cours de battues tir à la pipe les reléguant au sort de poulets ont indigné les citadins venus s'installer à la campagne. Ce n'est pas, ce n'était pas cela la chasse. Manque de place pour traiter le sujet, mais je vais en trouver pour citer à la barre l'industrialisation de l'agriculture, la domestication des campagnes par les lotissements, les zonings et les autoroutes. L'utilisation massive des pesticides et des insecticides a été mortelle pour les oiseaux et les insectes, sans compter la flore. Les terres de culture réduites à l'état de Sahel ne produisent plus sans l'apport d'engrais, empoisonnant nos eaux. La banlieue galope au détriment des villages et les fusions de communes ont eu pour effet pervers l'utilisation de machines pour l'entretien des talus. Tout pour l'automobile! Tout pour produire...des surplus! Il suffit d'une infime quantité de "Gaucho", de "Régent" ou de "Temmik" pour foudroyer sur place un animal de cinq kilos (j'en ai été le témoin). Dites-moi, avez-vous déjà vu un chasseur poursuivre les hannetons en battue, traquer les abeilles, tirer les moineaux et les hirondelles? Le hanneton, ce bouffeur d'aubépine, a disparu, les abeilles sont menacées. Des lecteurs, photos à l'appui, me disent qu'il y a encore des hirondelles oui, mais autour des bâtiments de fermes. Pour le reste, terminé, plus de nids, plus rien à manger (insectes ou graines) ; alors où est le chasseur dans tout cela? Il y en a de moins en moins, le double permis Wallonie Flandre étant obligatoire. En cause aussi, la disparition du petit gibier massacré, broyé, déchiqueté par les machines lors des récoltes. Alors, plus facile de crier "chasseur assassin" que de montrer du doigt les lobbies agrochimiques. Eau, terre, air, notre vie est menacée. Et que fait le parti Ecolo? De la bicyclette. C'est toujours çà!".

"Bardot, je la revois un jour de 1955 dans tout l'éclat de sa juvénile beauté, pas encore star mais déjà Bardot. J'étais aux studios de Boulogne-Billancourt pour le tournage des "Grandes manoeuvres" de René Clair. J'en avais terminé lorsque je l'aperçus dans les coulisses, blottie dans une calèche, s'embêtant ferme. Le cinéma est une longue attente, surtout pour les seconds rôles. Je lui demandais quel était son écrivain préféré. Hemingway, me dit-elle du bout des lèvres. Quel roman? Silence. J'avais ma petite interview un peu vacharde. Planter là Bardot, idiot que j'ai été! Michèle Morgan, d'accord pour trois minutes d'interview. Elle tournait "Marie-Antoinette". D'avoir devant moi la Nelly du "Quai des Brumes", idole de ma génération, j'ai été nul. Elle daigna sourire et demanda une retouche à sa maquilleuse. Gabin, lui aussi, était au maquillage : "Sont chiants les journalistes", dit-il, "Qu'en penses-tu mon petit gars? (...) Eh ben voilà, on s'est tout dit!". Ce fut l'interview la plus courte. Du pur Gabin! En revanche, Louis de Funès, l'homme le plus triste et le plus inquiet au monde, m'accorda deux heures. Tchernia, le bonheur, toutes nos lectures enfantines, des "Pieds Nickelés" à Curwood. En télé, l'intervieweur est dominant. Ils veulent tous passer au petit écran. Goscinny fut génial, le prince Rainier d'une grande cordialité. C'est peut-être dans les "Mémoires d'enfance" pour le "Pourquoi pas?" que j'ai peaufiné l'interview de tout ce que la Belgique comptait de seniors. Je revois André Cools me ramenant chez lui pour déjeuner en famille : "M'man, c'est moi!". Armand Bachelier, que je connaissais depuis trente ans, me révéla qu'il haïssait son père et qu'il avait survécu durant l'Occupation grâce aux croûtes de fromage que sa mère recevait gratis dans les épiceries. Pierre Devos m'a dit d'entrée : "Mon père était un con!". Le plus dur, les sportifs : tel grand champion se souvenait d'un ballon de foot en papier mâché. C'était un peu mince! Desgraupes n'intervint pas alors que mon stylo pissait l'encre sur mes feuillets... Ah la vache!".
 
"Il pleuvinait, il ventait. Les grands sapins dans le bas du jardin étaient torchés comme de simples serpillières. Décembre était là, doux, doux, comme un oreiller. N'empêche, il était plus de minuit et j'ai trouvé plutôt embêtant lorsque mon gouvernement m'a demandé (sans appel) d'aller fermer la double porte du garage tout en bas de notre chemin sans issue. Puisque, me dit-elle, tu es nyctalope! Ce qui est vrai, comme les chats, je vois la nuit, mais tout de même, à cette heure et par ce temps! Bonnet de laine, veste de chasse et godillots, me voilà parti. Je me hâte de fermer la porte du garage que j'ai voulu loin de la maison parce que je n'aime pas voir des voitures me gâter le paysage. J'ai en plus l'ouïe fine pour ce qui est des bruits de la nuit, le jour je fais plutôt la sourde oreille en pareille circonstance... Une chouette hulule dans les sapins, elle n'est pas en chasse mais je suis certain que dans la prairie à flanc de coteau, un renard glapit. C'est un bref cri, sans cesse répété. C'est un mâle en amour trompé par la douceur de la nuit. La femelle ne doit pas être loin. C'est en février que les renards tombent en amour. Mais où sont-ils, je devine des ombres fuyantes... Comme le lièvre, le renard amoureux perd toute prudence et dans son rut pourrait vous passer à portée de fusil alors qu'il est le plus rusé de tous les animaux. Ils sont de plus en plus nombreux autour du village. Ma parole, il y a au moins deux ou trois mâles à courtiser la femelle qui ne cédera qu'après avoir fait son choix. Le renard se nourrit principalement de petits rongeurs (taupes, mulots, campagnols). Il ne s'attaque au gibier cet omnivore que par gel et neige et alors il n'hésitera pas à croquer un chat en vadrouille. J'ai tiré mon premier renard à Liège, quasiment en ville, sur le coteau de la citadelle où Goupil par un hiver rude mettait à mal les poules d'un éleveur qui nous appela au secours, mon père et moi. Ce soir, même si j'avais mon fusil, je ficherais la paix aux amoureux. Mais quel concert! La chouette du coup s'est tue et il n'y a plus que moi et les renards en amour. Allons, mes petits vieux, un de vous va prendre son pied. Bonne chance!".

"Je ne sais si, comme moi, à la veille de l'an neuf, vous tentez de vous souvenir des réveillons passés. Non, les réveillons d'aujourd'hui ne m'ont laissé aucun souvenir aussi précis que mon premier Nouvel An au village de mon père, il y a bien longtemps. La neige haute isolait le village et il faisait très froid. La grosse cuisinière de Louvain était rouge et la tante préparait les galettes (on dit "galets" chez nous) et, bien sûr, la pâte pour les "boukètes". Cet hiver si lointain, inoubliable sans doute parce que c'était la première fois que je passais Noël et Nouvel An à la campagne. Je ne la connaissais que durant le bonheur des grandes vacances. Café chaud et tartines sur le coup de quatre heures, mes cousines Jeanne et Madeleine sortent le traîneau, et nous voilà sous la lune montante dans un ciel clouté d'or glisser sur la grand-route dégringolant vers la vallée. Batailles de boules de neige, rires fous, le temps de l'innocence. On crie au loup et on y croit. On voit le grand loup gris se pourléchant les babines et claquant des dents, se régalant de mes cousines dodues tandis que je m'encours comme si j'avais le diable à mes trousses. Et je l'avais puisque je fus le premier rentré à la ferme, rouge de froid et blanc de neige. Les galets nous attendaient, encore tièdes, que l'on trempait dans le café, garnis de sirop. Miam Miam! Pour le coup de six heures, la tante servait les premières boukètes, et ce jusqu'à minuit, entre deux gouttes de pékèt. Je crois bien que c'est cet hiver-là que je fumai ma première pipe à l'invitation de l'oncle. Pour ceux qui voudraient - sait-on jamais? - remplacer le homard par les boukètes, voici la recette. Délayer la levure dans un peu d'eau tiède. Farine blanche (jadis pour moitié de sarrasin), un peu de sel. Verser lentement l'eau tiède et mélanger. Ajouter la levure en continuant à mêler. Après avoir laissé lever, mettre dans la poêle un mélange de beurre et de saindoux fondu. Y déposer une louche de pâte. Parsemer de corinthes. Je me souviens des cerises noires et sucrées auréolant la pâte de leur jus, de la première goutte de pékèt et de tout le bonheur d'un réveillon à la campagne. J'avais seize ans...".

"En feuilletant l'ouvrage "Terrils de l'or noir à l'or vert" par Françoise Raes et Emmanuel Bosteels (éditions Racine), j'ai revu les quatre terrils de la Petite et de la Grande Bacunure dominant Coronmeuse, le bois Musique et Bernalmont, la Préalle, enfin, où je suis né au pied de l'ancien vignoble, la gayette (débris de charbon) ayant remplacé le raisin. Nous jouions à la "riginette" (glissade) sur un bout de tôle ou de planche. Le soir, ma mère me plongeait dans un bain! Plus tard, sur les terrils, je recherchais les fougères fossiles et la trace de coquillages millénaires. Je n'ai pas revu la Préalle depuis vingt ans, mais je n'ai pas oublié l'odeur du charbon et des machines. Le charbonnage était en soi, un village où l'on trouvait tous les corps de métier. Mon père y travaillait ; mon grand-père maternel, gendarme à la retraite, y était garde du charbonnage, du beau parc de Bernalmont et du bois Musique. J'ai connu les chevaux de mine aux yeux morts, dans les vergers au pied des terrils. Comme je me suis toujours partagé entre le charbon et la rivière, un second beau livre, consacré aux moulins de l'Ourthe occidentale, "Des moulins et des hommes", par Jacky Adam, ne m'a pas moins ému. J'y ai retrouvé la source de l'Ourthe, le village d'Our, et puis tous ces noms de meuniers fleurant bon l'Ardenne. Le moulin et la forge étaient, dans mon enfance, nos deux endroits de prédilection. Le meunier était souvent un peu farce et le forgeron, l'homme fort en tablier de cuir râpant un sabot du gros cheval ardennais entravé dans le travail. Odeur et chaleur, bruits, farine, meules et dans le bief la première truite prise à la main au moulin de Néblon. Le meunier Burette était de ma parentèle, son fils René était le cousin de mon cousin. L'Ourthe que j'ai totémisée, où j'ai traîné mes bottes durant quarante ans, je l'appelais la rivière bonne odeur, la rivière bonheur. L'est-elle encore? Et dans les villages, il n'y a plus de meuniers ni de forgerons. Des charbonnages, il ne reste que de rares "belles-fleurs", mais les terrils sont là, impassibles témoins aujourd'hui verdoyants".

"La chasse aux fumeurs est ouverte. Traqué, relégué, complexé, condamné sans appel par des ayatollahs antitabac tout heureux d'un pouvoir d'exclusion, le fumeur est devenu maudit. Il faut les voir dans le local fumeur des grandes entreprises. Ils entrent la mine basse, ils tirent trois coups et ils se taillent. On dirait des enfants mis au coin par un maître atrabilaire. L'alcool et le tabac ont de tout temps partagé le privilège d'une consommation masive et d'une réprobation générale. Le pochard fait rire, le fumeur est excommunié. Rien de neuf. Jadis, sous le règne de Soliman II, on coupait le nez aux priseurs. La maréchaussée cassait à coups de bâton les pipes en terre dans les tabagies condamnées par l'Eglise pour qui le fumeur venait tout droit de l'Enfer. Je ne sais plus quel pape - il y en a eu tant! - faisait subtiliser durant le Saint-Office les tabatières aux priseurs, avec une préférence pour celles en or et en argent... Seul Jean Bart, le célèbre corsaire, pouvait fumer en présence du Roy. Durant la campagne des Flandres - comme disent les Français - le même Roy, Louis XIV, qui détestait le tabac, le fit distribuer à ses troupes, comme Napoléon. Et durant les deux grandes guerres mondiales, le tabac et l'alcool étaient jugés indispensables au moral du combattant. Le tabac eut son premier martyr en la personne de Sir Raleigh, gouverneur de Virginie et planteur, qui fut condamné à mort et décapité par le roi Jacques Ier, autre ennemi du tabac. C'est en fumant sa pipe indienne en bois d'érable que Raleigh monta à l'échafaud. Elle est conservée soigneusement dans la collection de Dunhill. Le tabac fut toujours taxé et le célèbre Mandrin, bandit d'honneur, s'attaqua de préférence aux fermiers du tabac chargés par le Roy de récolter la taxe sur le tabac. De nos jours, c'est le tabac qui augmente lorsque les finances de l'Etat vont mal. Les tenants des droits de l'homme, si sensibles en toutes circonstances, restent indifférents aux mesures abusives frappant les fumeurs. Je sais, je sais, le tabac tue. C'est la cigarette qui tue. Fumez la pipe, nom di hu! Et maudissez-moi!".

"C'était en octobre ou en novembre 1944, juste avant l'offensive des Ardennes, à la rédaction du "Monde du Travail", quotidien liégeois issu de la Résistance. Je me trouvais un matin devant un jeune rouquin plutôt costaud pour ses 16 ans. Il me dit s'appeler Raymond. C'était notre nouvelle "petite main" chargée entre autres des navettes entre l'atelier et la rédaction, et surtout des plis Belga enlevés trois fois par jour aux Messageries de la Presse. En ces jours-là, on ne disposait pas de téléscripteur et le téléphone venait à peine d'être rétabli pour les journaux, les Allemands dans leur retraite ayant fait sauter la régie. Justement, durant l'heure creuse de midi, le téléphone sonna et le jeune Raymond, seul à la rédaction, décrocha. Un correspondant bénévole signalait que les inspecteurs du ravitaillement entamaient une opération importante du côté de Ferrières sur les hauts de l'Ourthe. En fait, c'était le vicinal Manhay-Comblain-la-Tour, surnommé la "route de la patate" (au marché noir), qui était visé. Le jeune Raymond sauta sur son vélo et revint à la rédaction en fin d'après-midi avec un reportage sur le vif et près de 100 kilomètres dans les mollets. Je le relus, j'étais déjà un vétéran puisque j'avais quelques semaines de journalisme derrière moi. Ainsi entra dans un métier, qu'il ne quitta jamais, Raymond Arets. C'était mon camarade de Liège, un des derniers du temps de ma jeunesse. Il a lutté pendant cinq ans contre le cancer, sachant qu'il était programmé, arrachant six mois de plus à la grande ombre noire. L'étonnant est que durant ces cinq années de chimio, il n'a jamais cessé de rédiger son billet quotidien dans "La Dernière Heure". Il en a écrit plus de six mille, rejoignant ainsi le peloton des Caso et des d'Osta. Il faut être du métier pour juger de la performance. Maintenant, je vais vous conter la plus belle histoire de presse que je connaisse. Il en est peu dans un métier comme celui-là. Lorsque Raymond fut hospitalisé une première fois, la rédaction de la "DH" se mobilisa et, à tour de rôle, un rédacteur assuma le billet d'Arets. Quelques jours avant sa mort, au téléphone, il me disait : "J'en ai encore fait deux ou trois". Nous étions quelques-uns à le conforter durant ces cinq années. Jean-Marie Peterkenne, avec qui Raymond, alors à "La Meuse", lança le festival de jazz de Comblain-la-Tour, lui disait "Courage, camarade!". Raymond Arets fut ce camarade courage qui assuma son métier jusqu'au bout, fidèle entre les fidèles en amitié. J'avais un camarade...".

"La personnalité complexe de Romain Gary est mise en exergue dans une biographie de Myriam Anissimov, louée par les uns, contestée par d'autres. Nous avons lu "Les Racines du Ciel" (Goncourt 1956) dont on dit aujourd'hui qu'il est un roman prophétique, c'est-à-dire écologiste avant la lettre. Gary y prend la défense des éléphants d'Afrique et John Huston en tira un film en 1960. La critique, alors pâmée devant le "Nouveau Roman", ne fut pas très élogieuse : Gary en conçut une vive amertume. On connaît sa réplique : l'énorme mystification de "La vie devant soi" du soi-disant Emile Ajar, neveu et complice de Gary, qui décrocha un Goncourt, ce qui ne satisfit pas encore le plaisantin de génie. Il eut pourtant tout : combattant des forces françaises libres, compagnon de la Libération, diplomate, époux de Jean Seberg (tragiquement décédée). Gary, une vie pas comme les autres. Nous nous sommes trouvés un soir au coude-à-coude dans un bar : était-ce à Cannes lors d'un Festival ou à Paris après la première du film de John Huston? Je ne sais plus. Je le revois debout, éclusant des whiskies, ricanant, témoignant un mépris souverain pour la presse. Moi, j'aurais voulu lui dire combien j'avais aimé "Les Racines du Ciel", je n'osai, d'autant que les confrères français feignaient d'ignorer l'imposant personnage. J'ai souvent pensé à Romain Gary en lisant le gros ouvrage d'un de nos compatriotes, Jacques Verschuren, auteur du récent "Ma vie. Sauver la nature". Voilà un authentique héros du roman de Gary. Docteur en sciences, il part en mission, à 20 ans, au Congo belge et au Rwanda. Le coup de foudre pour l'Afrique : 4.000 nuits sous la tente, isolé dans des conditions précaires, le climat n'étant pas moins mortel que les braconniers chasseurs d'ivoire. Directeur général des parcs nationaux, il va consacrer sa vie à la défense du rhinocéros blanc, des éléphants et des gorilles. Il sera le seul fonctionnaire belge maintenu en poste par Mobutu et le seul Belge médaille d'or du WWF, le Fonds mondial pour la nature. Le héros des "Racines du Ciel" existait donc, et pas seulement au cinéma. Aujourd'hui, Jacques Verschuren consacre ses loisirs à la défense de la flore et de la faune de chez nous. Des éléphants aux moineaux, voilà une vie exemplaire et méconnue, comme celle de tout grand Belge".

"On ne remerciera jamais assez les éditeurs qui, contre vents et marées, dans l'indifférence des pouvoirs publics, ont sauvé du naufrage titanesque la Foire du Livre de Bruxelles, lorsqu'elle a dû quitter le Centre Rogier, idéalement situé. C'était en 1991. Inventée par le malin singe Jean-Jacques Schellens (qui nous manque), elle débuta timidement à la Galerie Louise. Ses années d'or furent 1980-1990, lorsque la ville était couverte d'affiches de vingt mètres carrés et que l'on compta jusqu'à 300.000 visiteurs en huit jours! Combien d'éditeurs belges disparus depuis et combien d'auteurs pionniers? Je n'ose les compter... Ce que je n'oublie pas, ce sont les tribulations de la Foire depuis tant d'années. Ah! l'Albertine où les auteurs et les exposants se calcinaient sous les néons dans la pénombre et une moiteur saharienne. On déménagea au Heysel, dans la solitude glacée de vastes palais loin du centre-ville. On revint à l'Albertine, dans le clair-obscur du parking, où l'on errait muni de lunettes à infrarouge. Les auteurs étaient comme des chouettes à l'oeil écarquillé... Nous revoilà place Rogier, aux Pyramides, où l'on contemple comme Bonaparte les siècles défunts à l'ombre des tours aveugles. Nous revoilà au parking et sous tente, comme pour un jamboree scout. J'y suis passé... J'ai éprouvé de la tendresse pour l'auteur, "cet être fragile", comme l'écrit Jean-Luc Outers. J'ai observé ce jeune homme ignoré du public, auteur d'un premier roman, tant de rêves... A deux pas, on se bousculait pour Amélie ou tel animateur de la RTBF, qui signait à poignets rompus. Ah, la télé, elle ferait vendre un vase de nuit parlant et chantant ou un roman écrit sur six cartons de bock! Mon jeune homme était ailleurs... Affreux! Ce qui est scandaleux, c'est que le pays de Simenon, de Brel, d'Hergé, et d'Amélie Nothomb depuis 1990, n'a pas édifié un local adéquat, alors que les chancres urbains et les terrains vagues sont là dans une ville taudissée. Chez nous, l'écrivain compte moins, infiniment moins qu'un joueur de foot ; avez-vous déjà vu un auteur célèbre sur une liste électorale? Pourtant, Bruxelles, qui se veut capitale de l'Europe, reste le meilleur vecteur de la culture et de la connaissance. Ah, misère!".

"Un vent du nord-est piquant, une pointe de bronchite. Râlant! Autant de bonnes raisons pour observer du fauteuil, devant la fenêtre, la cabane emplie de graines de tournesol. Questions : pourquoi les moineaux, disparus depuis longtemps, reviennent-ils? Ce n'est pas l'invasion, mais ils sont là, les moineaux des champs. Et pourquoi les mésanges sont-elles de plus en plus nombreuses? Chaque semaine, on apprend la disparition d'une espèce animale. De visu, je constate qu'il n'y a plus de vanneaux, plus de coucous, plus d'étourneaux, sans compter les hirondelles. Les abeilles sont menacées, si bien qu'en France on vient d'interdire deux insecticides dangereux, le Régent et le Gaucho, "nuisibles à la santé de l'homme et de l'animal". J'ai lu de savants articles sur la disparition des hirondelles et des moineaux. En cause : les pesticides et les insecticides, en bref l'agriculture industrielle mais aussi la diminution de l'habitat rural. Il est vrai que l'hirondelle bâtissait son nid dans les étables, mais les moineaux! Ils étaient des milliers dans nos villes, picorant le pavé et saluant le soleil levé. Alors, quoi? Ne me faites pas croire que les moineaux, et même les hirondelles de nos villes, étaient des navetteurs! On parle moins des insectes, sauf des abeilles. Il n'y a plus de sauterelles, de hannetons, de libellules et de papillons, sauf quelques rescapés dans nos jardins. Que pèsent ces insectes face aux grands groupes agrochimiques? Rien. J'entends à la radio qu'en 2080, il n'y aura plus de pôles, plus de glaces. 75 ans, une vie d'homme, et les pays industrialisés seront-ils d'autres Sahel? Il n'y a pas, hélàs, que la pollution des sols, mais celle de l'air et de l'eau. On montre du doigt le tabac : "Fumer tue". Respirer, manger et boire aussi, d'où la prolifération des cancers, des allergies et des insuffisances respiratoires chez les personnes âgées. Ne sortez plus de chez vous! Ne rêvons pas, il y aura toujours plus de voiture, plus de chimie, plus d'industries polluantes. Vous me trouvez pessimiste, qui ne le serait pas? Combien de stations d'épuration sur la Meuse et l'Escaut, sur nos rivières? La Hesbaye est un désert, faune et flore en voie d'extinction. Vus de mon fauteuil, il y a 20 ans, dans la prairie, les jeunes lièvres se chauffaient au soleil. Je n'ai plus vu de lièvre depuis quand? Le marais a été drainé, les haies de saules têtards tronçonnées, les bosquets servent de dépôts sauvages de détritus. Dans le jardin de Miette, des enfants jouent au ballon. Si je leur contais le monde de mon enfance, ils me traiteraient de vieux c...".

Son livre "Le jardin secret du Roi" :

Né à Herstal en 1922, le journaliste belge René Henoumont a commencé à être publié dans les années 70. Il a abordé tous les genres : romans, contes, essais et chroniques. Admis au sein de l'Association des Ecrivains Belges de langue française, il a reçu plusieurs distinctions, notamment le Prix Charles Plisnier 1994 et le Prix de la Pensée Wallonne 2001.

S'appuyant sur ses souvenirs de jeunesse et de journaliste, René Henoumont nous propose ses réflexions personnelles et pertinentes sur l'histoire de notre dynastie, la deuxième guerre mondiale, la Question Royale et le règne du roi Baudouin. Il dénonce l'importante et irrationnelle médiatisation de sa disparition en 1993 et l'homélie prononcée par le cardinal au cours de ses funérailles :    "Ce qui m'agaça un peu, dans les jours qui suivirent la semaine sainte, c'est qu'il m'apparut que l'appareil de l'Eglise, avec son opportunisme ostentatoire, avait récupéré à son profit, sans l'avoir suscitée, l'affection que les Belges portèrent à un roi qui avait surmonté des difficultés de toutes sortes :  familiales, politiques et de santé".

René Henoumont s'insurge également contre les liens trop étroits entre le Renouveau Charismatique et le couple royal, les tentatives de béatification du roi Baudouin et la publication en 1995 de ses carnets intimes, très imprégnés des valeurs chrétiennes. Malgré ces reproches, l'auteur écrit :    "Baudouin fut de toute manière un souverain hautement estimable, témoin et acteur de son temps, courageusement engagé dans des actions personnelles".

Cet ouvrage objectif et sans complaisance tranche avec la littérature hagiographique de 1993 et apporte un éclairage nouveau sur le cinquième roi des Belges. Mais René Henoumont souligne que tout n'a pas encore été dit :    "Ce que nous savons aujourd'hui de Baudouin, davantage depuis sa mort que de son vivant, n'est qu'une partie du jardin secret du Roi. De vastes pelouses, des massifs touffus et de larges allées nous sont encore inconnues".   Affaire à suivre...

lundi 19 janvier 2026

Les Blancs Moussis de Stavelot


Quelle est l'origine des Blancs Moussis de la ville de Stavelot (province de Liège) ?  Il faut remonter à 1493 lorsque le prince-abbé interdit à ses moines de prendre part au carnaval de la Laetare. Les Stavelotains, qui appréciaient la présence des moines à leur fête, tournent l'ordonnance du prince-abbé en dérision et se rendent au carnaval vêtus de la bure et du capuchon blancs des moines.

Ce déguisement est également interdit mais les Stavelotains, faisant appel à leur imagination, créent un costume blanc avec capuchon évoquant plus discrètement l'habit monacal. A ce premier déguisement, ils ajoutent ensuite un masque étrange et impersonnel avec un très long nez rouge et pointu. Les Blancs Moussis (tels que nous les connaissons aujourd'hui) parcourent les rues de Stavelot pour la première fois aux environs de l'année 1502. Durant la période française, la fête est interdite mais les Blancs Moussis réapparaissent en 1820. La tradition veut qu'il ne se démasque pas en public afin de garder son image mystérieuse. Une confrérie des Blancs Moussis est créée en 1946 après la deuxième guerre mondiale. 

 

lundi 13 octobre 2025

Le Cwarmê de Malmédy


Malmédy est une ville de la province de Liège, située non loin de la frontière allemande. Je vous ai déjà parlé de leur tradition de l'omelette géante le 15 août :    https://journalpetitbelge.blogspot.com/2022/09/les-25-ans-de-lomelette-geante-de.html

Ils ont une autre tradition beaucoup plus ancienne :  leur carnaval qu'ils appellent le Cwarmê en vieux wallon. Il est signalé pour la première fois en 1459 sous le nom de "quarmea". Aujourd'hui, l'ouverture du Cwarmê a lieu le samedi qui précède le Mercredi des Cendres. Ce jour-là, le Trouv'lê (Prince-Carnaval) est reçu à l'hôtel de ville où le bourgmestre lui transmet les pouvoirs suprêmes durant la durée du carnaval.

Le point d'orgue est le grand cortège du dimanche précédant le Mardi Gras. Il regroupe plus de 2.000 participants et de nombreuses sociétés. Parmi les déguisements, les plus célèbres sont les Longs Nez qui s'amusent à imiter le public. 

Le Cwarmê se termine le jour du Mardi Gras. Durant l'après-midi, toutes les sociétés se manifestent une dernière fois sur la place Albert Ier. Le soir, toute la population s'y retrouve pour le brûlage de la Haguette (un mannequin fixé à une perche sur un bûcher de 3m). 

Le Cwarmê est inscrit au patrimoine immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles. 

 

lundi 4 août 2025

Les Hautes Fagnes


La réserve naturelle des Hautes Fagnes est un vestige des quatre glaciations que nos contrées ont connues entre 2,5 millions d'années et 10.000 ans. La dernière glaciation fut la plus importante dans le processus de formation du paysage actuel. Pendant les dernières périodes froides de cette glaciation, la température annuelle moyenne dans les Hautes Fagnes oscillait entre -5 et +1. Quand le climat se réchauffa, les palses (buttes périglaciaires) s'effondrèrent mais leurs traces restèrent visibles dans le paysage. On peut ainsi rencontrer des dépressions de 7m à 8m de profondeur.

La réserve naturelle des Hautes Fagnes couvre les parties les plus élevées de la Belgique, mais il ne s'agit pas pour autant d'un paysage montagneux. On y trouve plutôt un haut plateau aux pentes douces, avec des tourbières, des landes de bruyères, des bas-marais. Il est conseillé de ne pas s'aventurer en dehors des sentiers de promenade. 

 

lundi 3 mars 2025

Le château de Reinhardstein


Le château de Reinhardstein se trouve dans le village d'Ovifat dans les Hautes Fagnes en province de Liège. Situé à une altitude de 500 mètres, c'est le château le plus élevé du pays. Ses origines remontent au 14ème siècle. Racheté en 1965 par le professeur Jean Overloop (aujourd'hui décédé), il a été restauré sur base de documents du 17ème siècle et est ouvert au public. Il jouit d'un environnement naturel exceptionnel : bois, rochers, petite cascade, vallée de la Warche, etc.

Cliquez ci-dessous sur "Liège" pour retrouver mes autres articles consacrés à cette province. 

 

jeudi 21 novembre 2024

Le signal de Botrange sous la neige

                    


Comme le montre cette photo, le signal de Botrange s'est retrouvé cette semaine sous la neige. C'est le point culminant de la Belgique et de tout le Benelux (Belgique-Nederland-Luxembourg) à une altitude de 694 mètres. Il abrite une station météo. Il est situé sur le plateau des Hautes Fagnes dans la province de Liège, non loin de la frontière allemande. A côté du signal, une petite bute avec un escalier permet d'atteindre "symboliquement" les 700 mètres. 


lundi 12 août 2024

Enquête sur l'ouverture de l'Eglise belge aux homosexuels

                                                      

(Article actualisé en juillet  2025)

Par rapport à d'autres pays, l'Eglise de Belgique est clairement parmi les plus progressistes et les plus ouvertes vis-à-vis de la communauté homosexuelle (sous l'impulsion des évêques de Liège et Anvers). L'heure n'est clairement plus aux propos homophobes du controversé Mgr Léonard (chef de l'Eglise belge de 2010 à 2015).  Mais il est sans doute dommage de ne pas avoir plus de concertation entre tous les diocèses qui n'avancent pas au même rythme sur le sujet. 

Fin 2023, le pape François autorise les bénédictions de couples homosexuels (mais pas le mariage)...et rejoint ainsi la position prise depuis quelques années par l'Eglise progressiste de Belgique. Mais lors de sa visite en Belgique en septembre 2024, il n'évoque pas ce sujet. 

La photo ci-dessus montre la rencontre entre Mgr Luc Terlinden (chef de l'Eglise belge depuis 2023) et Imran (Mister Gay Belgium 2024) autour de l'inclusion des catholiques homosexuels au sein de l'Eglise. 

Dans le diocèse de Liège

C'est l'évêque de Liège Aloys Jousten qui prend position le premier en 2011 en condamnant les violences homophobes de 2011 dans la Cité Ardente. 

Son successeur Mgr Delville est sur la même longueur d'onde. En 2015, une matinée de réflexion ouverte à tous est, pour la première fois, consacrée à l'homosexualité. Les suggestions sont ensuite étudiées par le Service diocésain des Couples et des Familles. Cela aboutit à la publication en 2021 d'une petite brochure pour accueillir et accompagner le projet de vie des catholiques homosexuels liégeois, sans les juger. Un temps de prière adapté est notamment proposé dans la brochure. Le prêtre ouvrier Germain Dufour ne cache pas à la presse qu'il bénit des couples homosexuels. 

En septembre 2023, le Service des Couples et des Familles du diocèse de Liège organise une matinée de réflexion. Des personnes homosexuelles ont témoigné de leurs difficultés (ou pas) dans l'accueil de leurs différences au sein de la communauté chrétienne. Ainsi que des parents découvrant l'homosexualité de leur enfant. La brochure "Accueillir, accompagner et porter dans la prière le projet de vie partagé par des personnes homosexuelles"  est (re)présentée, le tout étant suivi d'un temps d'échanges et de partages.

Dans le diocèse d'Anvers

Après la tenue d'un synode sur la famille à Rome en 2014, l'évêque d'Anvers Johan Bonny fait des déclarations dans les médias pour souhaiter que l'Eglise se mette en phase avec l'évolution de la société, et accepte l'homosexualité (ce qui lui vaudra ensuite un prix de l'association des organisations LGBT flamandes).

En 2021, alors qu'il assume le remplacement de Jozef De Kesel (en congé de maladie) à la tête de l'Eglise de Belgique, Johan Bonny s'excuse publiquement auprès de la communauté homosexuelle après avoir pris connaissance d'un nouveau texte de la Congrégation pour la doctrine de la foi considérant l'homosexualité comme un péché. Sa phrase "J'ai honte par procuration pour mon Eglise"  fait le tour des médias.

En 2022, les évêques flamands de Belgique nomment Willy Bombeek (laïc et homosexuel) comme coordinateur interdiocésain en charge de la pastorale des homosexuels, et publient un texte de trois pages avec des prières à destination des croyants homosexuels (vu que l'Eglise refuse de les marier). L'évêque Johan Bonny n'a pas été désavoué par le Vatican. 

En marge de la parade de l'Antwerp Pride en août 2023, un temps de recueillement oecuménique était organisé, pour la première fois, en la Sint-Norbertuskerk d'Anvers par les points de contacts "Foi et homosexualité". Près de 200 personnes ont participé à cette cérémonie alternant chants, moments de silence, témoignages et lecture de la Parole. En fin de célébration, les prêtres et pasteurs présents ont donné une bénédiction.

Willy Bombeek a expliqué à la presse :  "Tout le monde était heureux de ce moment. Ce n'étaient pas les prêtres ou les pasteurs qui dirigeaient la célébration, mais bien les croyants impliqués dans la communauté LGBTQIA+ . Je sais que certaines personnes ne sont pas d'accord avec cette démarche. Je les invite à simplement respecter ceci. Je suis tout prêt à discuter avec elles si elles sont dans le respect. Au-delà, mon but n'est pas de convertir. En revanche, j'aimerais tellement que certaines personnes qui se sont éloignées de l'Eglise puissent à nouveau se rapprocher". 

Dans la pastorale mise en place par les évêques flamands

Willy Bombeek (coordinateur du point de contact Homosexualité et et Foi) confie à la revue "Dimanche" :     "Personnellement, je me dis que si on peut bénir un cartable ou une moto, on doit aussi pouvoir bénir l'engagement d'un couple homosexuel. Après, je ne veux pas entrer dans une discussion théologique. Le texte des évêques est clairement un texte pastoral qui ne change rien à la doctrine. Il ouvre un chemin sur lequel nous devons avancer pas à pas. J'insiste en tout cas sur le fait que je ne veux pas entrer dans des polémiques. Je ne revendique rien. Je veux simplement, dans un esprit de loyauté au pape François, trouver un chemin qui permette aux couples homosexuels qui tiennent à l'Eglise d'y être acceptés. C'est vraiment le principal message que je veux faire passer. Et cela concerne les personnes homosexuelles mais aussi toutes les personnes LBGTQIA+. Personne ne doit se sentir exclu. Quel chef d'Etat répète aussi souvent que le pape François que tout le monde est le bienvenu ? "Todos" a-t-il encore dit aux JMJ de Lisbonne. L'Eglise, ce n'est pas la douane ! J'invite les gens à apprendre à se connaître et à faire preuve de respect. Les problèmes se trouvent souvent dans la tête des gens".

Un tel point de contact n'a pas été mis en place du côté francophone (sauf en province de Liège). 

A la fin de son épiscopat, Lode Van Hecke (évêque de Gand de 2020 à 2025) s'exprime à son tour sur le sujet :    "J'ai été marqué par les personnes qui avaient souffert  - ou souffraient - en Eglise. C'était l'époque où un document romain indiquait qu'on ne pouvait pas bénir les couples homosexuels. Moi, toutes les semaines, je rencontrais des parents de jeunes homosexuels qui venaient dire leur souffrance. Je comprenais évidemment les parents. En réalité, tous les évêques belges étaient d'accord, mais les francophones s'étaient lancés un peu plus tôt à Liège, et sans nécessairement s'attendre. Personnellement, à plusieurs reprises, j'ai invité des couples homosexuels à manger à l'évêché". 

Dans le diocès de Tournai (province de Hainaut)

Dans la revue mensuelle du diocèse de janvier 2023, l'évêque Guy Harpigny donne son point de vue nuancé :

"Les évêques flamands sont préoccupés de cette question depuis quatre ans. Le cardinal a reçu un groupe de personnes homosexuelles qui sont venues raconter leur désarroi face à l'attitude habituelle de l'Eglise. Mgr Bonny a pris position publiquement et la conférence épiscopale l'a soutenu. Il y a quelques semaines, un texte est sorti en néerlandais. Le porte-parole nommé pour ce sujet a tout de suite parlé d'une bénédiction qui n'était pas un mariage. Ses propos ont tout de suite été amplifiés dans la presse, si bien que le cardinal a dû réagir. L'évêque de Liège (diocèse qui a produit un texte sur le même sujet, soumis à la congrégation pour la doctrine de la foi) était très étonné de ne pas avoir été mis au courant. Le résultat est que désormais chaque évêque belge reçoit tous les documents des deux régimes linguistiques.

La deuxième chose à dire est qu'à chaque fois qu'on prend des positions nouvelles, il faut des justifications. Par rapport à la question de l'homosexualité, il y a du pour et du contre dans l'Ecriture. Quand on regarde à partir des réalités contemporaines, on doit accompagner pastoralement et théologiquement. Que faire ? Faut-il éviter le scandale ou prendre son courage à deux mains et avancer ? Il est évident que la doctrine de l'Eglise est stable, mais aussi qu'elle évolue dans la manière de présenter l'Evangile. Par exemple, à Vatican II, on a décidé que c'est l'évêque le ministre principal, alors qu'avant c'était le prêtre. Maintenant, on dit qu'on a trop donné à l'évêque et qu'il ne peut pas tout faire. On verra comment les choses évoluent.

Le Pape n'interviendra pas vis-à-vis des évêques flamands, car les pasteurs sont responsables de leur Eglise particulière. Mais cette histoire va évidemment influencer le nonce pour choisir l'archevêque et les évêques à remplacer.

Dans le diocèse de Tournai, des prêtres ont déjà fait un moment de prière pour des couples homosexuels et c'est très bien. Le Pape ne dit pas qu'il faut un moment de prière pour les couples homosexuels, mais il ne l'interdit pas non plus. Moi, je pense qu'il y a à apprécier l'évolution des mentalités et à voir ce qui, à un moment donné dans une société donnée, peut être amendé. Nous ne sommes qu'au début d'un long processus. Rappelons que ce n'est pas seulement l'homosexualité qui sort de la doctrine, mais toute relation sexuelle hormis le mariage hétérosexuel avec la volonté d'avoir des enfants. Donc beaucoup de situations qui nécessitent un accompagnement".

Deux ans plus tard, le service des Couples et Familles du diocèse de Tournai organise une première journée de rencontres sur l'accueil de l'homosexualité et de la transidentité au sein de l'Eglise, en présence d'une soixantaine de personnes.  

Dans le diocèse de Namur (provinces de Namur et Luxembourg)

Rien à signaler à ce sujet...  

lundi 4 décembre 2023

Un 16ème site belge sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco

Lors de sa réunion annuelle, le Comité du patrimoine mondial de l'Unesco a décidé d'inscrire 139 sites funéraires et mémoriels de la première guerre mondiale sur sa liste. Parmi ces lieux de mémoire, 96 sont situés en France, 27 en Flandre et 16 en Wallonie. L'objectif est de mieux préserver, pour les générations futures, le patrimoine dont la valeur est unique et universelle pour l'humanité. 

Parmi les sites funéraires et mémoriels belges de la première guerre mondiale, citons la Tour de l'Yser à Dixmude, le cimetière militaire britannique Tyne Cot à Zonnebeke, la porte de Menin à Ypres, l'Ireland Peace Tower à Messines, le cimetière militaire du Commonwealth à Saint-Symphorien, le Ploegsteert Memorial, l'Enclos des Fusillés à Tamines, les carrés militaires du cimetière de Robermont à Liège, le fort de Loncin, etc. 

Depuis 1998, la Belgique compte donc désormais 16 sites reconnus au patrimoine mondial de l'Unesco en Belgique :

1. Les 13 béguinages flamands

2. La grand-place de Bruxelles

3. Les 4 ascenseurs à bateaux du canal du Centre à La Louvière et Le Roeulx

4. Les 56 beffrois de Belgique et France

5. Le centre historique de Bruges

6. La cathédrale Notre-Dame de Tournai

7. Les 4 habitations Art Nouveau de l'architecte Victor Horta à Bruxelles

8. Les mines de silex néolithiques de Spiennes

9. L'imprimerie et le musée Plantin-Moretus à Anvers

10. Trois parcelles de hêtres anciens de la réserve forestière de la forêt de Soignes

11. Le palais Stoclet Art Déco de Bruxelles

12. Les 4 grands sites d'extraction de charbon en Wallonie (Grand-Hornu, Bois-du-Luc, Bois du Cazier et Blégny-Mine)

13. La Maison Guiette de l'architecte Le Corbusier à Anvers

14. Spa parmi 10 grandes villes d'eaux d'Europe

15. La colonie agricole de Wortel parmi les colonies de bienfaisance d'Europe

16. Les sites funéraires et mémoriels de la première guerre mondiale 

jeudi 17 août 2023

La Warche

 Avec ses 35 kilomètres, la Warche est le principal affluent de l'Amblève. Elle naît à une altitude d'environ 650 mètres de plusieurs sources disséminées dans les forêts. De là, elle dessine des centaines de petits méandres vers le nord-ouest à travers des prairies, puis par la localité plus importante de Büllingen. 

La Warche se heurte à un premier barrage près de la petite ville de Bütgenbach, elle forme un lac relativement grand qui s'étend jusque Büllingen. Au-delà du barrage, les méandres gagnent de l'ampleur, la Warche accueille quelques affluents, passe par les villages de Weywerts et Champagne avant de rencontrer un second barrage :  Robertville. Mais le lac de retenue est nettement plus petit que celui de Bütgenbach. 

Continuant sa route vers le sud-ouest, elle prend alors la direction de Malmedy, où elle reçoit les eaux de la Warchenne (petite Warche). Et elle se jette dans l'Amblève à l'est de Stavelot, près de l'autoroute E42. Le confluent se situe à une altitude de 300m. 

Il y a plein de belles promenades bien balisées à faire le long de la Warche, ou autour des lacs de Bütchenbach et Robertville (province de Liège). 

A lire aussi sur ce blog :

- l'omelette géante de Malmedy :   http://journalpetitbelge.blogspot.com/2022/09/les-25-ans-de-lomelette-geante-de.html

- la cascade de Coo :   https://journalpetitbelge.blogspot.com/2020/07/la-cascade-de-coo.html?showComment=1597834871618

- le Grand Curtius à Liège :    https://journalpetitbelge.blogspot.com/2017/02/le-grand-curtius-liege.html

lundi 5 septembre 2022

Les 25 ans de l'omelette géante de Malmedy

                   


Malmedy est une ville de la province de Liège, non loin de la frontière allemande. Cette année, ils ont fêté les 25 ans de la Confrérie de l'omelette géante. Cette tradition est donc assez récente et a lieu le 15 août. Elle est née par hasard suite à une rencontre entre un habitant de Malmedy et les organisateurs de l'omelette géante française de Bessières. Les autorités de la ville ont été intéréssées par le concept unique en Belgique, et ont décidé d'organiser l'événement. 10.000 oeufs sont nécessaires. 

Cliquez ci-dessous sur "Liège" pour retrouver d'autres articles sur la province de Liège.

lundi 8 août 2022

La tarte au riz de Verviers

Ingrédients :  4l de lait, 500g de riz, 600g de sucre cristallisé, 4 oeufs, du sucre cristallisé très fin, un peu d'eau

1. Faites bouillir le lait au bain-marie.

2. Ajoutez-y le riz et faites-le cuire pendant 30 à 35 minutes. Pendant la cuisson, remuez souvent le riz avec une cuillère en bois.

3. Ajoutez alors le sucre et laissez cuire pendant une vingtaine de minutes.

4. Laissez refroidir le récipient pendant une nuit.

5. Battez 3 oeufs et ajoutez-les au riz.

6. Garnissez de cette composition une ou plusieurs tourtières foncées d'une mince couche de sucre fin cristallisé.

7. Battez le dernier oeuf avec un peu d'eau et badigeonnez la surface des tartes.

8. Cuisez les tartes durant quelques minutes dans un four chauffé à environ 230 degrés.

Bon appétit ! 

jeudi 25 novembre 2021

Visite royale à Spa

         


Le Roi et la Reine viennent d'effectuer une visite officielle dans la ville de Spa (province de Liège) pour deux raisons. 

Premièrement, ils sont venus marquer le 100ème anniversaire de Spa Monopole, fournisseur breveté de la Cour. L'entreprise belge est liée à la famille royale, car l'eau minérale Spa Reine fait référence à la reine Marie-Henriette, deuxième reine des Belges, qui termina sa vie à Spa. 

Deuxièmement, le couple royal est venu féliciter les responsables de la cité qui vient d'être inscrite en 2021 avec d'autres Villes d'Eau sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. 

lundi 1 novembre 2021

La véritable recette du boulet à la liégeoise

Voici la recette de la Confrérie du Gay Boulet !

Ingrédients :   300 g de hachis de boeuf, 700 g de hachis de porc, un oignon finement haché, un peu de persil, 4 tranches de pain de mie imbibées de lait, 2 oeufs, un peu de chapelure, sel, poivre, muscade

Préparation :

1) Mélangez tous les ingrédients afin d'obtenir une préparation homogène.

2) Roulez les boulets, en trempant ses mains, de temps à autre, dans de l'eau tiède.

3) Placez les boulets dans une lèchefrite, préalablement beurrée. Laissez cuire au four (180°) durant environ 35 minutes.

4) Dans le jus de cuisson, faites revenir 3 à 4 oignons avec une pincée de thym, une feuille de laurier, deux clous de girofle et quelques baies de genévrier.

5) Ajoutez 4 cuillères à soupe de cassonade afin de former un caramel. Déglacez avec un peu de vinaigre de vin.

6) Mouillez à hauteur, soit avec de l'eau relevée d'un cube d'extrait de viande, soit avec du bouillon de viande. Salez, poivrez.

7) Ajoutez une ou deux cuillère(s) à soupe de vrai sirop de Liège.

8) Faites cuire dans une casserole durant 35 à 40 minutes.

9) Terminez la sauce en la liant avec du Maïzena ou du beurre manié.

10) Ajoutez quelques raisins de Corinthe.

11) Disposez enfin les boulets cuits dans la sauce et laissez frémir durant quelques minutes à feu très doux.

Bon appétit !!! Personnellement, c'est un de mes plats typiquement belges préférés.

lundi 6 juillet 2020

La cascade de Coo

                                 Afficher l’image source

Située en province de Liège, la cascade de Coo est la plus importante du pays. Au 17ème siècle, les moines de Stavelot percèrent la mince bande de terre formant l'isthme d'un méandre de l'Amblève. Depuis lors, l'eau tombe en deux torrents d'une hauteur de 15 mètres. A proximité se trouve l'ancien parc Télécoo et son télésiège, devenus aujourd'hui PlopsaCoo. La cascade est donc un phénomène plus touristique que naturel. Une centrale électrique a également été construite sur la rivière, et l'ancien méandre sert de bassin inférieur. Fermé par deux digues, il peut contenir huit millions de mètres cubes d'eau. Les deux bassins supérieurs se trouvent dans le village voisin de Brume.

jeudi 6 février 2020

La marque belge J&Joy

C'est à Waremme (province de Liège) que se trouve le siège de J&Joy, la seule marque de prêt-à-porter belge ayant un fonds philanthropique géré par la Fondation Roi Baudouin. Ils soutiennent les Petits Riens en Belgique, des projets en Inde en faveur de l'éducation des enfants, et l'association Objectif Ô de Jean-Denis Lejeune qui fait creuser des puits d'eau potable dans les zones défavorisées d'Afrique et d'Inde. Tous les vêtements de la marque sont fabriqués dans des usines pratiquant le commerce équitable, n'employant pas de travailleurs âgés de moins de 16 ans, et conformes aux chartes internationales du travail.

Pour découvrir leur catalogue :   www.jn-joy.com

jeudi 11 octobre 2018

Rachat de la Cristallerie du Val Saint-Lambert

Cet été, la célèbre Cristallerie du Val Saint-Lambert a été rachetée par Georges Forrest, un important industriel belge surtout connu pour ses projets au Congo. Il a répondu aux questions des quotidiens du groupe Vers l'Avenir :

"Pourquoi avez-vous décidé de racheter le Val Saint-Lambert?
- C'est une acquisition que j'ai faite à titre personnel. D'abord, parce que je connais l'ancien propriétaire du Val Saint-Lambert, Jacques Somville. Nous avions réalisé des opérations en Afrique et il m'a demandé si j'étais intéressé. Certains responsables du groupe ne souhaitaient pas l'opération, mais je me suis dit : pourquoi pas? Ma démarche a aussi pour ambition de ne pas laisser tomber ce fleuron dans les oubliettes. C'est un nom prestigieux pour la Belgique et en tant que citoyen belge, comme on a déjà sauvé deux ou trois sociétés, je me suis dit : pourquoi pas celle-là? C'est un vrai challenge et j'adore relever des défis.

- Quel est votre projet pour la cristallerie?
- Nous avons constitué une équipe et nommé un président en la personne de l'ancien secrétaire d'Etat Pierre Chevalier. Nous allons restructurer l'entreprise pour lui redonner son prestige du passé. Elle a beaucoup perdu au niveau commercial. Nous allons relancer les innovations grâce à deux ou trois designers, afin de moderniser la gamme et la diversifier. La Chine est un grand marché. Nous voulons aussi développer de nouveaux produits accessibles à la classe moyenne, des jeunes de 30-45 ans qui aiment les belles choses, mais qui n'ont pas nécessairement les moyens de s'acheter du Val Saint-Lambert. Nous voulons faire comme d'autres marques (Baccarat, Hermès, p.ex.), mais en gardant la qualité et la beauté. Nous avons aussi pris des contacts avec d'autres cristalleries pour avoir une certaine synergie et collaboration. Ils sont tout à fait preneurs.

- Quel est le montant des investissements prévus?
- Il y en aura certainement, mais ils ne sont pas encore totalement chiffrés. Nous allons d'abord revoir la structure et l'informatique pour lancer des ventes en ligne qui n'existent pas pour l'instant. D'ici fin de l'année, nous aurons une bonne vue de ce que nous voulons faire et comment développer la cristallerie.

- Quid de la marque Val Saint-Lambert?
- Nous avons des droits sur la marque, sinon ce sera difficile de développer l'entreprise. Il y a des gens qui ont utilisé la marque, mais on leur a dit gentiment d'arrêter sans faire de procès. Mon ambition aussi est de faire du Val Saint-Lambert un centre de dialogue entre différentes cultures (africaine, européenne, américaine, etc.). La cristallerie a fait de belles choses, mais elle reste dans le même moule. Il faut lui donner une autre impulsion. Ce dialogue passera aussi par l'intégration des produits du Val Saint-Lambert dans des expositions d'art africain. Mélanger l'art africain, Picasso et des fabrications de la cristallerie apporterait un plus à la cristallerie et à Liège".

Même si je ne suis pas convaincu que les nouvelles générations sont intéressées par de tels produits, je leur souhaite de réussir ce pari et de donner une nouvelle vie à la cristallerie qui est un des fleurons de la région de Liège.

lundi 4 décembre 2017

Les 250 ans du Royal Hôtel-Restaurant Bonhomme

Le Royal Hôtel-Restaurant Bonhomme à Remouchamps s'apprête à fêter ses 250 ans d'existence. Fondé en 1768, cet ancien relais de malle-poste est toujours géré par la même famille depuis huit générations. Ils gardent un équilibre entre garder le cachet du lieu et l'adapter à l'époque contemporaine. L'hôtel a été réquisitionné par les Allemands durant la première guerre mondiale. Le plus illustre visiteur fut le roi Albert Ier qui avait sympathisé avec le patron de l'époque et accepta de donner le qualificatif "Royal". D'autres célébrités y sont venues :  Fernandel, Mistinguett, Douglas Fairbanks, le comte et la comtesse de Paris. A noter que l'hôtel est étiqueté "Bib Gourmand" par le guide Michelin. Plus d'infos :   www.hotelbonhomme.be

Bernard Daussaint, le gérant du Royal Hôtel-Restaurant Bonhomme, a répondu aux questions des quotidiens du groupe Vers l'Avenir :

"Un établissement qui existe depuis 1768 et qui appartient toujours à la même famille : en voilà une sacré prouesse!
- Tout à fait, c'est rare de nos jours. C'est même unique. Nous sommes aujourd'hui le plus ancien hôtel-restaurant de Belgique. Il faut croire que l'on a cela dans le sang. Ce qui est chouette, c'est que chaque génération a apporté sa petite touche. Au départ, l'établissement était un relais de malle-poste. Les gens venaient souvent de Liège et laissaient leurs chevaux dans les écuries qui se trouvaient à l'époque derrière la maison. C'est ensuite devenu une taverne-restaurant puis un hôtel-restaurant.

- Désormais, c'est votre fille Stéphanie qui a pris le relais derrière les fourneaux. Etait-ce difficile de la convaincre de reprendre l'affaire?
- Pas du tout. C'est elle qui a demandé à le faire. Elle a fait l'école hôtelière de Spa, moi celle de Namur, et mon grand-père celle de Liège. On a toujours été dans ce milieu, ça coulait donc de source. Puis, il n'y a rien à faire : on est attaché à ces murs, à cette maison. De ce fait, j'ai même demandé à pouvoir changer de nom et à reprendre celui de ma mère, Bonhomme, comme l'hôtel. C'est elle qui avait poursuivi l'activité suite au décès accidentel de mon oncle et j'aimerais vraiment faire perdurer ce nom : cette démarche n'a rien de commercial, au contraire, c'est sentimental.

- Contrairement à d'autres endroits, où l'on tente de recréer une ambiance, votre hôtel-restaurant possède une atmosphère toute particulière, comme hors du temps. C'est une volonté?
- Oui, nous tenions à conserver le caractère authentique de l'endroit, comme à l'époque. On a gardé la toile tendue sur les murs, les boiseries, les lambris. La verrière a également été rénovée à l'ancienne. Dans la salle de restaurant, on n'allume pas de lumière le soir, tout se fait à la lueur des bougies. Sur les tables, on retrouve toujours de l'argenterie, de la porcelaine et des fleurs fraîches. Nous avons vraiment envie de replonger les gens dans les belles années. Et cela fait son effet, même sur les jeunes générations.

- Qu'avez-vous prévu pour célébrer ces 250 ans d'existence?
- Nous avons décidé d'étaler les festivités sur toute l'année 2018. Pour l'instant, et depuis deux mois, je réalise des recherches sur l'histoire de l'établissement. J'ai également récupéré tout un tas de photographies d'époque. Certaines m'ont notamment été fournies par des collectionneurs de la région. Je compte exposer ces archives dans le couloir qui mène à la salle du restaurant. Ensuite, nous proposerons un menu d'époque différent tous les mois. Puis, nous organiserons aussi une soirée piano-bar tous les premiers vendredis du mois. Et en septembre, il y aura un grand feu d'artifice.

- Avez-vous des projets pour les années à venir?
- Pour l'instant, nous possédons douze chambres qui ont, elles aussi, conservé leur charme d'autrefois, mais nous avons prévu de construire prochainement une extension de part et d'autre du bâtiment. Nous espérons commencer les travaux l'année prochaine. Cela nous permettrait notamment d'avoir cinq chambres supplémentaires. Toutefois, nous ne souhaitons pas agrandir davantage l'établissement : on tient à ce que cela reste un endroit convivial et familial".

jeudi 30 novembre 2017

L'asbl Objectif Ô de Jean-Denis Lejeune

Après avoir perdu sa fille Julie, Jean-Denis Lejeune s'est lancé dans le domaine social :  d'abord, en travaillant au centre Child Focus pour la recherche des enfants disparus et auprès du délégué général aux droits de l'enfant, puis en tant que bénévole pour l'Objectif Ô qu'il a créé en 2008 grâce au don d'une dame. L'homme ne laisse pas indifférent :  certains vantent son engagement social, d'autres lui reprochent de rester une personnalité médiatique (contrairement aux autres parents d'enfants disparus qui sont retournés à une vie anonyme) ou/et de s'être présenté aux élections sur une liste du CDH.

L'association Objectif Ô a financé des projets dans huit pays :  Bénin, Haïti, Nicaragua, Sénégal, Côte d'Ivoire, Congo, Inde, Népal.

Jean-Denis Lejeune vient d'accorder une interview aux quotidiens du groupe Sud Presse :

"D'où vous est venue cette idée d'apporter l'eau potable à des populations déshéritées?
- Quand je travaillais aux droits de l'enfant, j'accompagnais des jeunes Wallons en difficulté qui partaient construire des puits au Bénin. J'ai vu des femmes qui faisaient deux fois 12km à pied tous les jours pour amener 20 litres d'eau à leur famille. J'en ai parlé en Belgique et, touchée comme moi, une dame m'a offert les 400.000 euros de la vente d'une de ses maisons en me faisant promettre de les consacrer à fournir de l'eau potable en Afrique. C'est le début d'Objectif Ô.

- Comment trouvez-vous les projets à financer?
- Je travaille toujours en partenariat avec des associations de la région car il faut que le projet soit accepté par la population. Il faut toujours tenir compte de la culture et des traditions locales. Eux me proposent les projets et en assurent le suivi. Moi, je m'occupe de trouver les fonds et de vérifier que chaque euro soit bien utilisé. A chaque puits creusé, je me dis que c'est une petite bataille de gagnée. Et je suis encore plus motivée à trouver des fonds pour en construire de nouveaux.

- Et qu'est-ce que ça vous apporte personnellement?
- Dans nos pays, les gens ont toujours 1.001 raisons de se plaindre, pour tout et pour rien. Ici, on remet les vraies valeurs à leur place. C'est aussi un objectif que je me suis fixé après tout ce qui m'est arrivé. Pour positiver, aller de l'avant. Je le fais aussi pour Julie. Et ce qui me fait le plus plaisir, c'est quand on me dit que, là où elle est, elle doit être fière de son papa.

- Quelle sera la suite de votre action?
- Essayer de trouver plus de partenaires (comme la Compagnie Liégeoise des Eaux) ou de dons pour assurer le plus de projets possible.

- N'êtes-vous pas parfois découragé devant l'ampleur de la tâche? Une goutte d'eau dans l'océan?
- Non, jamais. Ce qui est fait est fait. Si on n'avait rien financé, ce sont 400.000 personnes qui n'auraient pas toujours d'accès à l'eau potable et des centaines de vies qu'on n'aurait pas pu sauver. 

- Et à ceux qui vous reprochent de vous occuper de la misère dans le monde alors qu'il y en a déjà en Belgique?
- Personne en Belgique ne sait ce que c'est de ne pas avoir d'eau potable. On n'imagine pas la chance qu'on a tous d'en avoir en tournant simplement un robinet. Il faut souvent forer jusqu'à 200m ou 300m pour aller chercher les nappes aquifères et parce que la terre proche du sol contient de l'uranium à l'état naturel. En Belgique, il y a suffisamment d'organisations qui s'occupent de la pauvreté. Moi, j'ai fait le choix de m'occuper de l'eau en fonction de ma promesse à ma première donatrice. Je pourrais faire autre chose, mais je n'ai pas du tout envie d'arrêter".