lundi 13 juillet 2026

L'auteur belge René Henoumont (1922-2009)

 


 Engagé dans la résistance durant la deuxième guerre mondiale, le journaliste et écrivain belge René Henoumont (1922-2009) a ensuite commencé sa carrière de journaliste et rédigeait toujours actuellement une chronique dans l'hebdomadaire "Le Soir Magazine". Il a également écrit de nombreux romans et essais. La bibliothèque d'Herstal (sa commune natale) porte son nom et dispose de toutes ses archives. Il s'est éteint chez lui à Steenkerque, un petit village entre Enghien et Soignies où il s'était retiré.

Afin de lui rendre hommage, "Le Soir Magazine" a eu la bonne idée de republier ses meilleures chroniques. 

"Le 7 septembre 1944, peu avant 15h, je traversais la rue Léopold à Liège, à hauteur de la maison natale de Simenon. Depuis la rive droite, des snipers allemands faisaient des cartons sur les passants circulant dans les rues perpendiculaires à la Meuse. Une volée de balles ricocha sur les façades, à deux pas du drapeau belge, ex-magasin de confection, local de la Légion Wallonie réquisitionné le jour même par le parti socialiste sorti de la clandestinité. Elles n'étaient pas pour moi, ces balles folles ; j'avais rendez-vous au drapeau belge. Je me retrouvais au cinquième étage, devant un homme jeune aux yeux bleus intimidants, un revolver 7.65 était posé sur la table près de feuillets couverts d'une petite écriture nette. Par les fenêtres, j'apercevais les pigeons de la place Saint-Lambert, tournoyants. J'entendais des hauts-parleurs diffuser le "Chant des Partisans", l' "Internationale" et la "Marseillaise". Le canon grondait encore quelque part. Une armée haïe était partie, une armée amie prenait possession de la ville. Une foule en délire se jetait au devant des tanks à l'étoile blanche, d'où des soldats rieurs distribuaient chocolats, cigarettes et chewing-gums comme du pain aux moineaux. L'homme aux yeux bleus leva la tête : "Camarade, il paraît que tu es fou de cinéma. Va faire un tour en ville, reviens, et en 30 lignes, dis-moi ce que les cinémas programment". Je titrais ma bafouille : "Le retour de Mickey". Disney avait appelé Oswald un lapin dont il rogna les oreilles et lui ajouta une longue et mince queue : une immense vedette était née, Mickey. Pour le reste, les exploitants avaient sorti des caves Popeye, Donald, Laurel et Hardy et un Charlot soldat. L'heure n'était plus au cinéma allemand mais américain. Un music-hall, le Walhala, changeait son enseigne, il devenait l'Eden. L'homme aux yeux bleus lut ma copie : "Je ne connaissais pas cette histoire de lapin, c'est une information. Je t'engage, tu assumeras entre autres la critique de cinéma dans le "Monde du Travail". Notre premier numéro tombe demain à 5h. Sois-là à 8h pour le suivant". Mon article (?) était signé R.H. sur papier-sachet bistre réquisitionné dans un grand magasin. C'est comme çà que je suis entré en journalisme...".

"Premier article le 7 septembre 1944. Le lendemain, je découvre le grand meccano de l'imprimerie, le temps du plomb. On me balade de la "clicherie" à la rotative, mais ce sont les grandes tables de marbre empreintes d'encre qui me fascinent. C'est là que le journal, ligne après ligne, caractères mobiles pour les titres, est mis en forme. La mise en page d'un journal est comme une robe de mariée. On part des escarpins pour arriver à la couronne de roses. J'assimile le vocabulaire de l'atelier. Me voilà bombardé rédacteur au marbre, responsable d'un quotidien mis en page la nuit. Ces mois d'initiation, malgré les bombes volantes et la fin d'une guerre qui revint nous frapper de plein fouet en Ardenne, furent décisifs. Reste l'écriture, le plus important. L'essentiel est de toujours raconter une histoire. Un fait divers en dix lignes est un bref roman. Difficile d'écrire court! L'école du fait divers est la meilleure. Je l'ai apprise dans des locaux de la police liégeoise où le décor n'avait pas changé depuis le passage du petit Sim de la "Gazette de Liège", parti à Paris en 1922 pour s'y faire un nom : Simenon. Dans un hebdo, il faut cinq ans pour imposer une nouvelle chronique, malgré un départ foudroyant. J'ai commencé l'homme à la pipe au "Pourquoi pas?", au début des années 70, la mutation de l'hebdo étant assurée, par la "télé, ce chewing-gum de l'oeil". Et la semaine suivante : A la case Kafka (Reyers), seules les toilettes étaient humaines!".

"C'est fou ce que le journalisme séduit les jeunes. Deux chroniques à ce propos et on me demande comment l'on devient journaliste. J'ai conté mes débuts à la Libération, période exceptionnellement ouverte où fleurissait une presse nouvelle et où bien des aînés étaient en prison pour collaboration. C'est une génération qui aura appris le métier à chaud, sur le terrain. Ce n'est plus possible aujourd'hui. L'intérêt porté à l'économique, l'investigation, une presse plus pragmatique imposent le passage par les écoles. Hélàs, les places sont rares dans la presse écrite. C'est du côté de la radio, de la télé, du cinéma qu'un débutant aura le plus de chance. Est-ce à dire que la presse écrite est plus exigeante? Sans doute que oui! Les nouveaux médias privilégient l'image et la langue parlée. Ecrire n'est pas donné sans un peu de magie ; écrire court, c'est le plus difficile. Ecrire juste demande une attention sans faille. Un gourou parisien assurait que le journalisme était le degré zéro de l'écriture. Faux! Je vous cite dix grands écrivains, de Simenon à Hemingway, qui ont appris à écrire en journalisme, dix autres, de Vandromme à d'Ormesson, qui le sont restés tout en produisant une oeuvre littéraire considérable. Tout d'abord, savoir pour qui on écrit. Ce grand patron avait dans son bureau une photo de l'homme de la rue. C'est pour lui qu'il fallait écrire, oui da, mais à condition de ne pas considérer le lecteur comme un idiot. Répondre à "Où, quand, comment, pourquoi?", on connaît la règle. Il faut y ajouter sa petite musique. Il pleut est un constat, il pleuvait est le début d'une histoire. Dans les années 60, j'ai été personnellement fasciné par ce journaliste américain qui, depuis sa cabane dans les Rocheuses où il pêchait, chassait, écrivait, rédigeait en plus un édito hebdomadaire d'un feuillet tiré à mille exemplaires sur une petite presse à pédales. Ses abonnés? Tout ce qui comptait en Amérique. On dit que les Kennedy durant la crise de Cuba ont tenu compte de ce solitaire. C'est un rêve américain. Il est en partie réalisable si vous parvenez à trouver un ton, de l'humeur, de l'humour, de l'émotion et un peu de tendresse, bordel! Je vous laisse... Le dernier cavaillon de l'été, accompagné de jambon corse, m'attend. C'est aussi très important".

"On m'a fait remarquer que je m'indigne contre la disparition de certaines espèces animales alors que je regrette les glorieuses ouvertures de la chasse aux perdreaux en août. Il n'y a pas contradiction sinon apparente. La disparition de certaines espèces n'est pas due à la chasse. Si le petit gibier, surtout en moyenne Belgique, est de plus en plus menacé, il faut imputer plusieurs raisons qui n'ont rien à voir avec la chasse. Pourquoi la chasse d'ailleurs? Parce que les lois ont privilégié les chasseurs nantis au détriment du chasseur paysan conservateur. L'élevage intensif du faisan et son abbatage au cours de battues tir à la pipe les reléguant au sort de poulets ont indigné les citadins venus s'installer à la campagne. Ce n'est pas, ce n'était pas cela la chasse. Manque de place pour traiter le sujet, mais je vais en trouver pour citer à la barre l'industrialisation de l'agriculture, la domestication des campagnes par les lotissements, les zonings et les autoroutes. L'utilisation massive des pesticides et des insecticides a été mortelle pour les oiseaux et les insectes, sans compter la flore. Les terres de culture réduites à l'état de Sahel ne produisent plus sans l'apport d'engrais, empoisonnant nos eaux. La banlieue galope au détriment des villages et les fusions de communes ont eu pour effet pervers l'utilisation de machines pour l'entretien des talus. Tout pour l'automobile! Tout pour produire...des surplus! Il suffit d'une infime quantité de "Gaucho", de "Régent" ou de "Temmik" pour foudroyer sur place un animal de cinq kilos (j'en ai été le témoin). Dites-moi, avez-vous déjà vu un chasseur poursuivre les hannetons en battue, traquer les abeilles, tirer les moineaux et les hirondelles? Le hanneton, ce bouffeur d'aubépine, a disparu, les abeilles sont menacées. Des lecteurs, photos à l'appui, me disent qu'il y a encore des hirondelles oui, mais autour des bâtiments de fermes. Pour le reste, terminé, plus de nids, plus rien à manger (insectes ou graines) ; alors où est le chasseur dans tout cela? Il y en a de moins en moins, le double permis Wallonie Flandre étant obligatoire. En cause aussi, la disparition du petit gibier massacré, broyé, déchiqueté par les machines lors des récoltes. Alors, plus facile de crier "chasseur assassin" que de montrer du doigt les lobbies agrochimiques. Eau, terre, air, notre vie est menacée. Et que fait le parti Ecolo? De la bicyclette. C'est toujours çà!".

"Bardot, je la revois un jour de 1955 dans tout l'éclat de sa juvénile beauté, pas encore star mais déjà Bardot. J'étais aux studios de Boulogne-Billancourt pour le tournage des "Grandes manoeuvres" de René Clair. J'en avais terminé lorsque je l'aperçus dans les coulisses, blottie dans une calèche, s'embêtant ferme. Le cinéma est une longue attente, surtout pour les seconds rôles. Je lui demandais quel était son écrivain préféré. Hemingway, me dit-elle du bout des lèvres. Quel roman? Silence. J'avais ma petite interview un peu vacharde. Planter là Bardot, idiot que j'ai été! Michèle Morgan, d'accord pour trois minutes d'interview. Elle tournait "Marie-Antoinette". D'avoir devant moi la Nelly du "Quai des Brumes", idole de ma génération, j'ai été nul. Elle daigna sourire et demanda une retouche à sa maquilleuse. Gabin, lui aussi, était au maquillage : "Sont chiants les journalistes", dit-il, "Qu'en penses-tu mon petit gars? (...) Eh ben voilà, on s'est tout dit!". Ce fut l'interview la plus courte. Du pur Gabin! En revanche, Louis de Funès, l'homme le plus triste et le plus inquiet au monde, m'accorda deux heures. Tchernia, le bonheur, toutes nos lectures enfantines, des "Pieds Nickelés" à Curwood. En télé, l'intervieweur est dominant. Ils veulent tous passer au petit écran. Goscinny fut génial, le prince Rainier d'une grande cordialité. C'est peut-être dans les "Mémoires d'enfance" pour le "Pourquoi pas?" que j'ai peaufiné l'interview de tout ce que la Belgique comptait de seniors. Je revois André Cools me ramenant chez lui pour déjeuner en famille : "M'man, c'est moi!". Armand Bachelier, que je connaissais depuis trente ans, me révéla qu'il haïssait son père et qu'il avait survécu durant l'Occupation grâce aux croûtes de fromage que sa mère recevait gratis dans les épiceries. Pierre Devos m'a dit d'entrée : "Mon père était un con!". Le plus dur, les sportifs : tel grand champion se souvenait d'un ballon de foot en papier mâché. C'était un peu mince! Desgraupes n'intervint pas alors que mon stylo pissait l'encre sur mes feuillets... Ah la vache!".
 
"Il pleuvinait, il ventait. Les grands sapins dans le bas du jardin étaient torchés comme de simples serpillières. Décembre était là, doux, doux, comme un oreiller. N'empêche, il était plus de minuit et j'ai trouvé plutôt embêtant lorsque mon gouvernement m'a demandé (sans appel) d'aller fermer la double porte du garage tout en bas de notre chemin sans issue. Puisque, me dit-elle, tu es nyctalope! Ce qui est vrai, comme les chats, je vois la nuit, mais tout de même, à cette heure et par ce temps! Bonnet de laine, veste de chasse et godillots, me voilà parti. Je me hâte de fermer la porte du garage que j'ai voulu loin de la maison parce que je n'aime pas voir des voitures me gâter le paysage. J'ai en plus l'ouïe fine pour ce qui est des bruits de la nuit, le jour je fais plutôt la sourde oreille en pareille circonstance... Une chouette hulule dans les sapins, elle n'est pas en chasse mais je suis certain que dans la prairie à flanc de coteau, un renard glapit. C'est un bref cri, sans cesse répété. C'est un mâle en amour trompé par la douceur de la nuit. La femelle ne doit pas être loin. C'est en février que les renards tombent en amour. Mais où sont-ils, je devine des ombres fuyantes... Comme le lièvre, le renard amoureux perd toute prudence et dans son rut pourrait vous passer à portée de fusil alors qu'il est le plus rusé de tous les animaux. Ils sont de plus en plus nombreux autour du village. Ma parole, il y a au moins deux ou trois mâles à courtiser la femelle qui ne cédera qu'après avoir fait son choix. Le renard se nourrit principalement de petits rongeurs (taupes, mulots, campagnols). Il ne s'attaque au gibier cet omnivore que par gel et neige et alors il n'hésitera pas à croquer un chat en vadrouille. J'ai tiré mon premier renard à Liège, quasiment en ville, sur le coteau de la citadelle où Goupil par un hiver rude mettait à mal les poules d'un éleveur qui nous appela au secours, mon père et moi. Ce soir, même si j'avais mon fusil, je ficherais la paix aux amoureux. Mais quel concert! La chouette du coup s'est tue et il n'y a plus que moi et les renards en amour. Allons, mes petits vieux, un de vous va prendre son pied. Bonne chance!".

"Je ne sais si, comme moi, à la veille de l'an neuf, vous tentez de vous souvenir des réveillons passés. Non, les réveillons d'aujourd'hui ne m'ont laissé aucun souvenir aussi précis que mon premier Nouvel An au village de mon père, il y a bien longtemps. La neige haute isolait le village et il faisait très froid. La grosse cuisinière de Louvain était rouge et la tante préparait les galettes (on dit "galets" chez nous) et, bien sûr, la pâte pour les "boukètes". Cet hiver si lointain, inoubliable sans doute parce que c'était la première fois que je passais Noël et Nouvel An à la campagne. Je ne la connaissais que durant le bonheur des grandes vacances. Café chaud et tartines sur le coup de quatre heures, mes cousines Jeanne et Madeleine sortent le traîneau, et nous voilà sous la lune montante dans un ciel clouté d'or glisser sur la grand-route dégringolant vers la vallée. Batailles de boules de neige, rires fous, le temps de l'innocence. On crie au loup et on y croit. On voit le grand loup gris se pourléchant les babines et claquant des dents, se régalant de mes cousines dodues tandis que je m'encours comme si j'avais le diable à mes trousses. Et je l'avais puisque je fus le premier rentré à la ferme, rouge de froid et blanc de neige. Les galets nous attendaient, encore tièdes, que l'on trempait dans le café, garnis de sirop. Miam Miam! Pour le coup de six heures, la tante servait les premières boukètes, et ce jusqu'à minuit, entre deux gouttes de pékèt. Je crois bien que c'est cet hiver-là que je fumai ma première pipe à l'invitation de l'oncle. Pour ceux qui voudraient - sait-on jamais? - remplacer le homard par les boukètes, voici la recette. Délayer la levure dans un peu d'eau tiède. Farine blanche (jadis pour moitié de sarrasin), un peu de sel. Verser lentement l'eau tiède et mélanger. Ajouter la levure en continuant à mêler. Après avoir laissé lever, mettre dans la poêle un mélange de beurre et de saindoux fondu. Y déposer une louche de pâte. Parsemer de corinthes. Je me souviens des cerises noires et sucrées auréolant la pâte de leur jus, de la première goutte de pékèt et de tout le bonheur d'un réveillon à la campagne. J'avais seize ans...".

"En feuilletant l'ouvrage "Terrils de l'or noir à l'or vert" par Françoise Raes et Emmanuel Bosteels (éditions Racine), j'ai revu les quatre terrils de la Petite et de la Grande Bacunure dominant Coronmeuse, le bois Musique et Bernalmont, la Préalle, enfin, où je suis né au pied de l'ancien vignoble, la gayette (débris de charbon) ayant remplacé le raisin. Nous jouions à la "riginette" (glissade) sur un bout de tôle ou de planche. Le soir, ma mère me plongeait dans un bain! Plus tard, sur les terrils, je recherchais les fougères fossiles et la trace de coquillages millénaires. Je n'ai pas revu la Préalle depuis vingt ans, mais je n'ai pas oublié l'odeur du charbon et des machines. Le charbonnage était en soi, un village où l'on trouvait tous les corps de métier. Mon père y travaillait ; mon grand-père maternel, gendarme à la retraite, y était garde du charbonnage, du beau parc de Bernalmont et du bois Musique. J'ai connu les chevaux de mine aux yeux morts, dans les vergers au pied des terrils. Comme je me suis toujours partagé entre le charbon et la rivière, un second beau livre, consacré aux moulins de l'Ourthe occidentale, "Des moulins et des hommes", par Jacky Adam, ne m'a pas moins ému. J'y ai retrouvé la source de l'Ourthe, le village d'Our, et puis tous ces noms de meuniers fleurant bon l'Ardenne. Le moulin et la forge étaient, dans mon enfance, nos deux endroits de prédilection. Le meunier était souvent un peu farce et le forgeron, l'homme fort en tablier de cuir râpant un sabot du gros cheval ardennais entravé dans le travail. Odeur et chaleur, bruits, farine, meules et dans le bief la première truite prise à la main au moulin de Néblon. Le meunier Burette était de ma parentèle, son fils René était le cousin de mon cousin. L'Ourthe que j'ai totémisée, où j'ai traîné mes bottes durant quarante ans, je l'appelais la rivière bonne odeur, la rivière bonheur. L'est-elle encore? Et dans les villages, il n'y a plus de meuniers ni de forgerons. Des charbonnages, il ne reste que de rares "belles-fleurs", mais les terrils sont là, impassibles témoins aujourd'hui verdoyants".

"La chasse aux fumeurs est ouverte. Traqué, relégué, complexé, condamné sans appel par des ayatollahs antitabac tout heureux d'un pouvoir d'exclusion, le fumeur est devenu maudit. Il faut les voir dans le local fumeur des grandes entreprises. Ils entrent la mine basse, ils tirent trois coups et ils se taillent. On dirait des enfants mis au coin par un maître atrabilaire. L'alcool et le tabac ont de tout temps partagé le privilège d'une consommation masive et d'une réprobation générale. Le pochard fait rire, le fumeur est excommunié. Rien de neuf. Jadis, sous le règne de Soliman II, on coupait le nez aux priseurs. La maréchaussée cassait à coups de bâton les pipes en terre dans les tabagies condamnées par l'Eglise pour qui le fumeur venait tout droit de l'Enfer. Je ne sais plus quel pape - il y en a eu tant! - faisait subtiliser durant le Saint-Office les tabatières aux priseurs, avec une préférence pour celles en or et en argent... Seul Jean Bart, le célèbre corsaire, pouvait fumer en présence du Roy. Durant la campagne des Flandres - comme disent les Français - le même Roy, Louis XIV, qui détestait le tabac, le fit distribuer à ses troupes, comme Napoléon. Et durant les deux grandes guerres mondiales, le tabac et l'alcool étaient jugés indispensables au moral du combattant. Le tabac eut son premier martyr en la personne de Sir Raleigh, gouverneur de Virginie et planteur, qui fut condamné à mort et décapité par le roi Jacques Ier, autre ennemi du tabac. C'est en fumant sa pipe indienne en bois d'érable que Raleigh monta à l'échafaud. Elle est conservée soigneusement dans la collection de Dunhill. Le tabac fut toujours taxé et le célèbre Mandrin, bandit d'honneur, s'attaqua de préférence aux fermiers du tabac chargés par le Roy de récolter la taxe sur le tabac. De nos jours, c'est le tabac qui augmente lorsque les finances de l'Etat vont mal. Les tenants des droits de l'homme, si sensibles en toutes circonstances, restent indifférents aux mesures abusives frappant les fumeurs. Je sais, je sais, le tabac tue. C'est la cigarette qui tue. Fumez la pipe, nom di hu! Et maudissez-moi!".

"C'était en octobre ou en novembre 1944, juste avant l'offensive des Ardennes, à la rédaction du "Monde du Travail", quotidien liégeois issu de la Résistance. Je me trouvais un matin devant un jeune rouquin plutôt costaud pour ses 16 ans. Il me dit s'appeler Raymond. C'était notre nouvelle "petite main" chargée entre autres des navettes entre l'atelier et la rédaction, et surtout des plis Belga enlevés trois fois par jour aux Messageries de la Presse. En ces jours-là, on ne disposait pas de téléscripteur et le téléphone venait à peine d'être rétabli pour les journaux, les Allemands dans leur retraite ayant fait sauter la régie. Justement, durant l'heure creuse de midi, le téléphone sonna et le jeune Raymond, seul à la rédaction, décrocha. Un correspondant bénévole signalait que les inspecteurs du ravitaillement entamaient une opération importante du côté de Ferrières sur les hauts de l'Ourthe. En fait, c'était le vicinal Manhay-Comblain-la-Tour, surnommé la "route de la patate" (au marché noir), qui était visé. Le jeune Raymond sauta sur son vélo et revint à la rédaction en fin d'après-midi avec un reportage sur le vif et près de 100 kilomètres dans les mollets. Je le relus, j'étais déjà un vétéran puisque j'avais quelques semaines de journalisme derrière moi. Ainsi entra dans un métier, qu'il ne quitta jamais, Raymond Arets. C'était mon camarade de Liège, un des derniers du temps de ma jeunesse. Il a lutté pendant cinq ans contre le cancer, sachant qu'il était programmé, arrachant six mois de plus à la grande ombre noire. L'étonnant est que durant ces cinq années de chimio, il n'a jamais cessé de rédiger son billet quotidien dans "La Dernière Heure". Il en a écrit plus de six mille, rejoignant ainsi le peloton des Caso et des d'Osta. Il faut être du métier pour juger de la performance. Maintenant, je vais vous conter la plus belle histoire de presse que je connaisse. Il en est peu dans un métier comme celui-là. Lorsque Raymond fut hospitalisé une première fois, la rédaction de la "DH" se mobilisa et, à tour de rôle, un rédacteur assuma le billet d'Arets. Quelques jours avant sa mort, au téléphone, il me disait : "J'en ai encore fait deux ou trois". Nous étions quelques-uns à le conforter durant ces cinq années. Jean-Marie Peterkenne, avec qui Raymond, alors à "La Meuse", lança le festival de jazz de Comblain-la-Tour, lui disait "Courage, camarade!". Raymond Arets fut ce camarade courage qui assuma son métier jusqu'au bout, fidèle entre les fidèles en amitié. J'avais un camarade...".

"La personnalité complexe de Romain Gary est mise en exergue dans une biographie de Myriam Anissimov, louée par les uns, contestée par d'autres. Nous avons lu "Les Racines du Ciel" (Goncourt 1956) dont on dit aujourd'hui qu'il est un roman prophétique, c'est-à-dire écologiste avant la lettre. Gary y prend la défense des éléphants d'Afrique et John Huston en tira un film en 1960. La critique, alors pâmée devant le "Nouveau Roman", ne fut pas très élogieuse : Gary en conçut une vive amertume. On connaît sa réplique : l'énorme mystification de "La vie devant soi" du soi-disant Emile Ajar, neveu et complice de Gary, qui décrocha un Goncourt, ce qui ne satisfit pas encore le plaisantin de génie. Il eut pourtant tout : combattant des forces françaises libres, compagnon de la Libération, diplomate, époux de Jean Seberg (tragiquement décédée). Gary, une vie pas comme les autres. Nous nous sommes trouvés un soir au coude-à-coude dans un bar : était-ce à Cannes lors d'un Festival ou à Paris après la première du film de John Huston? Je ne sais plus. Je le revois debout, éclusant des whiskies, ricanant, témoignant un mépris souverain pour la presse. Moi, j'aurais voulu lui dire combien j'avais aimé "Les Racines du Ciel", je n'osai, d'autant que les confrères français feignaient d'ignorer l'imposant personnage. J'ai souvent pensé à Romain Gary en lisant le gros ouvrage d'un de nos compatriotes, Jacques Verschuren, auteur du récent "Ma vie. Sauver la nature". Voilà un authentique héros du roman de Gary. Docteur en sciences, il part en mission, à 20 ans, au Congo belge et au Rwanda. Le coup de foudre pour l'Afrique : 4.000 nuits sous la tente, isolé dans des conditions précaires, le climat n'étant pas moins mortel que les braconniers chasseurs d'ivoire. Directeur général des parcs nationaux, il va consacrer sa vie à la défense du rhinocéros blanc, des éléphants et des gorilles. Il sera le seul fonctionnaire belge maintenu en poste par Mobutu et le seul Belge médaille d'or du WWF, le Fonds mondial pour la nature. Le héros des "Racines du Ciel" existait donc, et pas seulement au cinéma. Aujourd'hui, Jacques Verschuren consacre ses loisirs à la défense de la flore et de la faune de chez nous. Des éléphants aux moineaux, voilà une vie exemplaire et méconnue, comme celle de tout grand Belge".

"On ne remerciera jamais assez les éditeurs qui, contre vents et marées, dans l'indifférence des pouvoirs publics, ont sauvé du naufrage titanesque la Foire du Livre de Bruxelles, lorsqu'elle a dû quitter le Centre Rogier, idéalement situé. C'était en 1991. Inventée par le malin singe Jean-Jacques Schellens (qui nous manque), elle débuta timidement à la Galerie Louise. Ses années d'or furent 1980-1990, lorsque la ville était couverte d'affiches de vingt mètres carrés et que l'on compta jusqu'à 300.000 visiteurs en huit jours! Combien d'éditeurs belges disparus depuis et combien d'auteurs pionniers? Je n'ose les compter... Ce que je n'oublie pas, ce sont les tribulations de la Foire depuis tant d'années. Ah! l'Albertine où les auteurs et les exposants se calcinaient sous les néons dans la pénombre et une moiteur saharienne. On déménagea au Heysel, dans la solitude glacée de vastes palais loin du centre-ville. On revint à l'Albertine, dans le clair-obscur du parking, où l'on errait muni de lunettes à infrarouge. Les auteurs étaient comme des chouettes à l'oeil écarquillé... Nous revoilà place Rogier, aux Pyramides, où l'on contemple comme Bonaparte les siècles défunts à l'ombre des tours aveugles. Nous revoilà au parking et sous tente, comme pour un jamboree scout. J'y suis passé... J'ai éprouvé de la tendresse pour l'auteur, "cet être fragile", comme l'écrit Jean-Luc Outers. J'ai observé ce jeune homme ignoré du public, auteur d'un premier roman, tant de rêves... A deux pas, on se bousculait pour Amélie ou tel animateur de la RTBF, qui signait à poignets rompus. Ah, la télé, elle ferait vendre un vase de nuit parlant et chantant ou un roman écrit sur six cartons de bock! Mon jeune homme était ailleurs... Affreux! Ce qui est scandaleux, c'est que le pays de Simenon, de Brel, d'Hergé, et d'Amélie Nothomb depuis 1990, n'a pas édifié un local adéquat, alors que les chancres urbains et les terrains vagues sont là dans une ville taudissée. Chez nous, l'écrivain compte moins, infiniment moins qu'un joueur de foot ; avez-vous déjà vu un auteur célèbre sur une liste électorale? Pourtant, Bruxelles, qui se veut capitale de l'Europe, reste le meilleur vecteur de la culture et de la connaissance. Ah, misère!".

"Un vent du nord-est piquant, une pointe de bronchite. Râlant! Autant de bonnes raisons pour observer du fauteuil, devant la fenêtre, la cabane emplie de graines de tournesol. Questions : pourquoi les moineaux, disparus depuis longtemps, reviennent-ils? Ce n'est pas l'invasion, mais ils sont là, les moineaux des champs. Et pourquoi les mésanges sont-elles de plus en plus nombreuses? Chaque semaine, on apprend la disparition d'une espèce animale. De visu, je constate qu'il n'y a plus de vanneaux, plus de coucous, plus d'étourneaux, sans compter les hirondelles. Les abeilles sont menacées, si bien qu'en France on vient d'interdire deux insecticides dangereux, le Régent et le Gaucho, "nuisibles à la santé de l'homme et de l'animal". J'ai lu de savants articles sur la disparition des hirondelles et des moineaux. En cause : les pesticides et les insecticides, en bref l'agriculture industrielle mais aussi la diminution de l'habitat rural. Il est vrai que l'hirondelle bâtissait son nid dans les étables, mais les moineaux! Ils étaient des milliers dans nos villes, picorant le pavé et saluant le soleil levé. Alors, quoi? Ne me faites pas croire que les moineaux, et même les hirondelles de nos villes, étaient des navetteurs! On parle moins des insectes, sauf des abeilles. Il n'y a plus de sauterelles, de hannetons, de libellules et de papillons, sauf quelques rescapés dans nos jardins. Que pèsent ces insectes face aux grands groupes agrochimiques? Rien. J'entends à la radio qu'en 2080, il n'y aura plus de pôles, plus de glaces. 75 ans, une vie d'homme, et les pays industrialisés seront-ils d'autres Sahel? Il n'y a pas, hélàs, que la pollution des sols, mais celle de l'air et de l'eau. On montre du doigt le tabac : "Fumer tue". Respirer, manger et boire aussi, d'où la prolifération des cancers, des allergies et des insuffisances respiratoires chez les personnes âgées. Ne sortez plus de chez vous! Ne rêvons pas, il y aura toujours plus de voiture, plus de chimie, plus d'industries polluantes. Vous me trouvez pessimiste, qui ne le serait pas? Combien de stations d'épuration sur la Meuse et l'Escaut, sur nos rivières? La Hesbaye est un désert, faune et flore en voie d'extinction. Vus de mon fauteuil, il y a 20 ans, dans la prairie, les jeunes lièvres se chauffaient au soleil. Je n'ai plus vu de lièvre depuis quand? Le marais a été drainé, les haies de saules têtards tronçonnées, les bosquets servent de dépôts sauvages de détritus. Dans le jardin de Miette, des enfants jouent au ballon. Si je leur contais le monde de mon enfance, ils me traiteraient de vieux c...".

Son livre "Le jardin secret du Roi" :

Né à Herstal en 1922, le journaliste belge René Henoumont a commencé à être publié dans les années 70. Il a abordé tous les genres : romans, contes, essais et chroniques. Admis au sein de l'Association des Ecrivains Belges de langue française, il a reçu plusieurs distinctions, notamment le Prix Charles Plisnier 1994 et le Prix de la Pensée Wallonne 2001.

S'appuyant sur ses souvenirs de jeunesse et de journaliste, René Henoumont nous propose ses réflexions personnelles et pertinentes sur l'histoire de notre dynastie, la deuxième guerre mondiale, la Question Royale et le règne du roi Baudouin. Il dénonce l'importante et irrationnelle médiatisation de sa disparition en 1993 et l'homélie prononcée par le cardinal au cours de ses funérailles :    "Ce qui m'agaça un peu, dans les jours qui suivirent la semaine sainte, c'est qu'il m'apparut que l'appareil de l'Eglise, avec son opportunisme ostentatoire, avait récupéré à son profit, sans l'avoir suscitée, l'affection que les Belges portèrent à un roi qui avait surmonté des difficultés de toutes sortes :  familiales, politiques et de santé".

René Henoumont s'insurge également contre les liens trop étroits entre le Renouveau Charismatique et le couple royal, les tentatives de béatification du roi Baudouin et la publication en 1995 de ses carnets intimes, très imprégnés des valeurs chrétiennes. Malgré ces reproches, l'auteur écrit :    "Baudouin fut de toute manière un souverain hautement estimable, témoin et acteur de son temps, courageusement engagé dans des actions personnelles".

Cet ouvrage objectif et sans complaisance tranche avec la littérature hagiographique de 1993 et apporte un éclairage nouveau sur le cinquième roi des Belges. Mais René Henoumont souligne que tout n'a pas encore été dit :    "Ce que nous savons aujourd'hui de Baudouin, davantage depuis sa mort que de son vivant, n'est qu'une partie du jardin secret du Roi. De vastes pelouses, des massifs touffus et de larges allées nous sont encore inconnues".   Affaire à suivre...

lundi 29 juin 2026

Les princes de Ligne à Baudour


Malgré l'abattage des arbres qui l'entouraient, une tombe retient l'attention au sein du cimetière de Baudour (province du Hainaut). Toutes proportions gardées, on y voit une ressemblance avec le tombeau de Napoléon à Paris. Mais de qui s'agit-il ?  C'est la tombe de la princesse Elisabeth de La Rochefoucauld (1865-1946), divorcée de Louis, 9ème prince de Ligne et propriétaire du château de Beloeil.

Pourquoi la princesse repose-t-elle au cimetière de Baudour ?

Sous l'Ancien Régime, Baudour est l'une des pairies du Hainaut et appartient aux princes de Ligne à partir de 1655. Ils viennent chasser dans le bois de Baudour et y disposent d'un château aujourd'hui disparu, mais des traces sont encore visibles dans l'actuel parc communal. Baudour et les princes de Ligne vont être liés pendant trois siècles.

A la suite du décès de son grand-père en 1880, le jeune Louis (né à Paris en 1854) devient le 9ème prince de Ligne et le chef de la Maison. Il sera diplomate, tuteur de l'impératrice Charlotte du Mexique et président de la Croix-Rouge de Belgique. C'est lui qui devra faire face à l'incendie du château de Beloeil en 1900, et qui le fait reconstruire par l'architecte Ernest Sanson et enrichit la bibliothèque.

Le prince Louis épouse sa cousine Elisabeth de La Rochefoucauld (fille d'un prince de Ligne) avec qui il a une fille unique la princesse Marie. Le couple princier divorce avant la première guerre mondiale. Louis reste au château de Beloeil, tandis qu'Elisabeth s'installe au plus modeste château de Baudour. Le prince Louis refuse de livrer aux Allemands les fonds de la Croix-Rouge de Belgique dont il est le président. Arrêté par l'occupant, il en reçoit l'ordre de ne pas quitter Beloeil où il décède en 1918.

Afin que le domaine de Beloeil reste aux mains de la Maison de Ligne, il lègue le château, le parc, la bibliothèque et les archives à son neveu le prince Eugène II de Ligne, et le reste de sa fortune et ses hectares de forêt à sa fille la princesse Marie (1885-1971), mariée avec Alexandre della Torre e Tasso. Le titre de prince de Ligne passe à son frère Ernest, 10ème prince de Ligne.

Au début du 20ème siècle, deux galeries parallèles souterraines sont creusées à flanc de coteau dans le bois de Baudour :  ces sources d'eau chaude vont contribuer à la renommée de Baudour. L'eau qui y jaillit à une température de 53 degrés a des qualités thérapeutiques. La princesse Elisabeth de La Rochefoucauld fait aménager des chambres dans son château dans l'actuel parc communal, et crée en 1914 le Radio Institut, un centre thermal ouvert toute l'année pour le traitement des rhumatismes.

Décédée en 1946, la princesse Elisabeth de La Rochefoucauld repose au cimetière de Baudour. Son château est racheté par les autorités communales qui le raseront et en feront l'actuel parc communal. La société Source thermale de Baudour est créée en 1957 pour la mise en bouteille et la commercialisation de l'eau, et fonctionne jusqu'en 1992.

En 1991, la Région Wallonne, la province du Hainaut, l'IDEA et la ville de Saint-Ghislain achètent en indivision 615 hectares du bois de Baudour à la famille de Ligne. C'est la fin de trois siècles du lien entre Baudour et la Maison de Ligne qui y est rappelé par cette tombe au sein du cimetière de Baudour...

Mes autres articles consacrés à la Maison de Ligne :

- Sur Eugène et Philippine de Ligne, Justes parmi les Nations :   https://journalpetitbelge.blogspot.com/2018/12/eugene-et-philippine-de-ligne-justes.html


lundi 15 juin 2026

Les librairies Club / Standaard Boekhandel


Chers amis lecteurs, n'enrichissez pas Amazon et privilégiez pour vos achats de livres les magasins de seconde main, les librairies indépendantes ou le groupe belge Club / Standaard Boekhandel. Les premières librairies néerlandophones Standaard Boekhandel ont été créées il y a un siècle par les mêmes fondateurs que le quotidien Standaard. Au sud du pays, la première librairie francophone Club a été ouverte en 1975 dans le centre-ville de Mons. 


Depuis 2014, les librairies francophones Club et les librairies néerlandophones Standaard Boekhandel ont fusionné pour former un même groupe tout en gardant son propre nom. Le groupe compte aujourd'hui une centaine de librairies à travers la Belgique. Elles ont le même logo reprenant un hibou curieux et un livre. 

lundi 1 juin 2026

"Tant mieux" (Amélie Nothomb)


L'auteure belge Amélie Nothomb a répondu aux questions de Nicky Depasse pour le magazine "L'Eventail" à l'occasion de la sortie de son roman en 2025 :

"Quel a été l'élément déclencheur de l'écriture de ce roman qui parle de votre mère ?
- Je n'avais jamais pensé écrire sur ma mère. Mais elle m'a fait la mauvaise plaisanterie de mourir. Et quand je suis face à une terrible souffrance, je ne peux m'en sortir qu'en en faisant un livre. Ecrire un livre est toujours un danger, le plus grand étant de le rater. Je me suis dit :  tu ne peux pas rater ta mère, ce n'est pas permis !  Et puis, aussi longtemps que j'écrivais ce livre, Maman était vivante. C'est la raison pour laquelle il est plus long que les autres. Heureusement, lorsque je l'ai eu terminé, j'ai réalisé que Maman était toujours là.

- Vous dévoilez beaucoup de choses au sujet de votre famille, mais qu'avez-vous hérité de votre mère ?
- J'ai hérité du caractère de mon père, je lui ressemble naturellement. Pour ma mère, j'ai dû fournir des efforts. Par exemple, elle avait un maintien magnifique alors que moi, je tiens plutôt volontiers comme Gaston Lagaffe. Donc si vous me voyez me tenir droite, c'est que je pense à ma mère. Ce livre est une déclaration d'amour. J'ai été très troublée que beaucoup de lecteurs pensent que ma mère devait être une horrible femme à cause des personnages de mères monstrueuses dans mes livres. Cela m'a fait de la peine. J'avais envie de crier :  "Ces personnages sont issus de mon imagination, pas de mon passé!". Ma mère était une femme merveilleuse. La plus extraordinaire que l'on puisse imaginer, et aussi la mère qu'il me fallait. Ma nature me prédisposait à devenir une grande dépressive. Ma mère m'a créé un bouclier contre cela. Et comme je suis heureuse de ne pas être devenue une grande dépressive :  merci Maman ! 

- C'était facile pour vous de lui dire je t'aime ?
- Oui, je le lui ai dit énormément. Avec elle, c'était facile parce qu'elle le disait facilement. Avec mon père, c'était beaucoup plus compliqué :  il était merveilleux mais distant.

- Vous écrivez "Armel offrit à Adrienne un cadeau étourdissant, il lui dit je t'aime". 
- C'était un cadeau d'autant plus grand que la pudeur de mon père rendait ce genre de déclaration très difficile. Il n'y a rien de plus beau qu'un cadeau de mots. Surtout ces mots-là ! Les cadeaux auxquels je suis le plus sensible, ce sont les mots. Quand on me demande ce que je souhaite pour mon anniversaire, je réponds :   écrivez-moi une lettre avec des mots que vous aurez choisis pour moi.

- Quel est le mot qui définissait le mieux votre mère ?
- La vie. La vie et la positivité". 

 

lundi 18 mai 2026

Les fêtes de Simpelourd à Soignies


Si la fête de Simpelourd a une origine religieuse presque certaine, elle a subi au cours des siècles de nombreuses modifications, et est devenue une fête populaire. Un savetier sonégien était trompé et battu par sa femme. Accablé de chagrin, il commence à boire et on se moque de lui en l'appelant "l'homme simple et lourd" (devenu ensuite Simpelourd). 

Le savetier décide de se venger en invitant ses "amis" à un souper au jambon fumé mais le jambon n'était qu'un morceau de bois peint. Il voulait prouver qu'il était moins idiot qu'on ne le pensait. Ses convives fabriquent ensuite un mannequin représentant le savetier, le promènent dans la ville et le brûlent sur la place publique. C'est cette histoire qui est commémorée le troisième week-end d'octobre. 

Grimmé et costumé, Simpelourd traverse la ville vers 20h et entre au café "Au Coq Wallon", où il apparait à la fenêtre du premier étage. La fanfare joue "Les Cayoteux" et "Vive Soignies, Simpelourd est descendu". Par la fenêtre, il lance des poignées de caribibis (bonbons locaux du genre babelute) avant de disparaître à l'intérieur. Il est remplacé par un mannequin vêtu comme lui jusqu'au mardi, jour de clôture. 

Le mardi soir, le mannequin est décroché de la fenêtre et emmené vers la grand-place où il est brûlé.  

 

lundi 4 mai 2026

L'auteur belge Jérôme Colin

                                           

Né à Flawinne en 1974, le journaliste et animateur belge Jérôme Colin se partage entre la radio (La Première) et la télévision (l'émission "Hep Taxi" sur La Deux). En 2015, il a sorti son premier roman, "Eviter les péages", où il abordait la crise de la quarantaine. La crise d'adolescence est le thème de son deuxième et de son troisième romans.

Son deuxième roman :  "Le champ de bataille"

Un sujet qu'il connaît en tant que papa de trois ados :  "Voir grandir des ados, ça me fascine :  les voir se transformer, trouver leur identité... Et en même temps, il y a quelque chose en moi qui n'aime pas ce moment, parce qu'en fait, ils partent petit à petit, ils se détachent de moi. Je me suis rendu compte que j'étais en deuil. J'ai adoré avoir des petits bouts : ça m'a passionné, ça m'a bouleversé. Et je crois que c'est le deuil de ne plus avoir de petits bébés qui m'a fait commencer ce livre-là. Cette espèce d'amour absolu qu'il y avait entre eux et moi, n'existe plus. On s'aime évidemment, mais ce n'est plus cet amour-là". 

Les enfants signifient-ils la mort du couple?   "C'était cela l'idée de départ, le postulat de mon personnage en tout cas. C'est un mec qui pense que si son couple est en train de mourir, c'est parce qu'il a eu des enfants et que ses enfants ont pris tellement de place qu'en fait, il n'a plus le temps d'aimer sa femme et que sa femme, dans cet espace-là, n'a plus le temps de l'aimer. C'est en tout cas ce qu'il croit, et il le dit :  "Quand on a torché leur cul, quand on a raconté des histoires, quand on les a lavés, quand on a préparé le souper, quand on a fait la vaisselle, quel temps reste-t-il pour s'aimer dans tout ça?". C'est juste une question de point de vue. Je pense que c'est vrai que si on veut s'aimer, avoir des enfants, ce n'est pas la meilleure solution. Je pense qu'une plage et un bungalow, c'est vachement mieux! Les enfants, y a rien à faire, ça met un couple en difficulté. Tu es crevé, tu vas te coucher, et tu ne fais plus l'amour. L'emploi à temps plein, c'est les enfants. Toute ton énergie est sur ta famille, et plus sur ton conjoint. Le soir, on n'a plus qu'une envie :  c'est se coucher parce que demain, il y a la guerre qui recommence".

Continuer à admirer ses ados, est-ce important?  "Avoir de l'émerveillement pour son petit enfant, c'est facile :  il nous aime tellement, d'un amour absolu, et moi, j'ai été bouleversé par cet amour absolu quand j'ai été père. Mais puis, j'ai été bouleversé par ce désamour-là. C'est-à-dire qu'à un moment, il ne t'admire plus, tu n'es plus un dieu, tu es quelqu'un qui est sur leur chemin pour les empêcher d'être heureux, en gros. Et donc, mon personnage, il doit faire le deuil d'être émerveillé par ses enfants, et que ses enfants soient émerveillés par lui. Et le moment où tout va changer, c'est quand enfin il réalise qu'il peut dire à son enfant, enfin :  "je suis fier de toi, je t'admire, tu es quelqu'un de bien"."

Est-ce une réaction plus masculine que féminine?   "Je pense que la panique familiale est en effet masculine, en tout cas chez moi. Je suis plus dans un état de panique alors que ma femme est plus sereine, plus confiante, plus posée. Et je pense que dans ce qu'on vit maintenant, dans ce féminisme, la position de l'homme a aussi changé. Il fait maintenant ce que font les femmes, on s'occupe des enfants comme elle, mais c'est nouveau. Je crois que c'est moins inscrit dans nos gènes, on est des parents en apprentissage et on doit encore apprivoiser ces difficultés-là".

Bilan de sa paternité?   "J'étais, je pense, trop protecteur. Ca m'a appris qu'ils sont devenus grands. Arrête de croire qu'ils sont incapables, arrête de croire qu'ils ne sont pas prêts, pas assez forts....et donc arrête de croire que tu es indispensable. Je pense que c'est ce que le livre m'a appris : un peu de laisser-aller. Quand tu te retrouves comme ça dans une famille close avec trois ados et que c'est compliqué, tu crois que tu es seul au monde, perdu. Et en fait, non, tu n'es pas seul, et ça, tu l'apprends dans les livres. Et ça m'a aidé. Savoir qu'on partage tout ça, ça m'a rassuré parce que je me suis dit que c'est normal. Les romans ont une capacité d'empathie de dingue. Autant avec des passages difficiles dans nos vies que des questionnements très importants, comme c'est quoi la vie avec les ados, vu du côté des parents aujourd'hui. Ca a beau être pénible, on n'est pas tout seul. Et moi, c'est ce qui m'intéresse dans l'écriture".

Son troisième roman :  "Les dragons"                                       

Après "Eviter les péages" et "Le champ de Bataille",  l'auteur belge Jérôme Colin sort un troisième roman consacré à l'adolescence et publié par les éditions Allary. A cette occasion, il a accordé une interview aux quotidiens du groupe L'Avenir :

"C'est une fiction et en même temps, le héros a le même prénom que vous. Vous n'avez pas peur qu'on vous psychanalyse ?
Ce n'est pas ma vie. Que les gens puissent le croire, je n'en ai rien à faire. Il n'y a aucune honte à parler de santé mentale, il n'y a rien de honteux à craquer, rien de honteux à dire qu'on a besoin des autres.

- Mais pourquoi c'était le moment ?
- Le Covid a empiré les choses. Il a coupé les jeunes du monde dans un moment où ils avaient un besoin vital des autres. Les dégâts sont immenses et très mal évalués. Un tiers des 12-18 ans déclarent avoir des troubles anxieux. Un sur dix a déjà pensé au suicide. Ca veut dire que sur une classe de 30 ados, trois ont déjà eu envie de mourir ! C'est effrayant ! Et depuis le Covid, les tentatives de suicide ont augmenté de 50% chez les filles, les automutilations aussi. On ne peut reprendre vie qu'avec les autres. On entend souvent :  "Prends soin de toi". Je n' y crois pas. Il n'y a que l'échange qui guérit. On devrait plutôt dire "Qu'est-ce qu'on peut s'apporter l'un l'autre?".

- Vous avez passé du temps dans un centre pour ados ?
- Je voulais raconter une histoire d'amour entre ados. Je savais dans les grandes lignes ce que je voulais raconter. Mais je devais rencontrer des encadrants, des enfants, les entendre pour essayer de comprendre pourquoi ils vont si mal et raconter leur quotidien. Je me suis présenté, j'ai expliqué ce que j'écrivais, un roman. J'ai dit que je serais là et qu'ils pouvaient venir me voir. Je suis resté trois jours seul à ma table. Ils me disaient bonjour mais aucun ne s'est assis. Et puis dès qu'un a osé venir me parler, ils sont tous venus.

- Qu'est-ce qu'ils ont en commun ?
- Ils sont très différents. Quelles que soient les raisons pour lesquelles ils sont là, ils souffrent tous.

- Comment on rentre de journées comme ça ?
- En pleurant ! Il y avait des jours très joyeux aussi, mais je rentrais toujours bouleversé. J'ai été soufflé de leur honnêteté, je me demandais comment c'est possible d'être si jeune et d'avoir traversé tant de choses....

- Ils ont lu le livre ?
- J'ai envoyé le manuscrit au psychiatre du centre avant que cela parte à l'impression. C'est une fiction : je suis libre d'écrire ce que je veux, mais je ne voulais pas raconter de bêtises. Et surtout, c'était important de donner une image juste de ce qu'il s'y passe. C'est mon métier de journaliste qui ressort".

lundi 20 avril 2026

Le Festin à Lessines


Au 16ème siècle, la ville de Lessines (province du Hainaut) est assiégée par la Porte d'Ogy. Les Lessinois se défendent avec acharnement sous le commandement de Sébastien de Tramasure, un homme de 23 ans issu d'une des bonnes familles de la cité. Pendant le siège, les femmes, les enfants et les personnes âgées vont prier la statue de Notre Dame à la Porte d'Ogy. 

Sébastien de Tramasure et les Lessinois ont l'idée de prendre l'ennemi à revers. Surpris, les assaillants abandonnent la lutte et se retirent. Cette victoire est attribuée par les habitants à l'intervention de la Vierge et, en signe de reconnaissance, Sébastien de Tramasure va déposer son épée aux pieds de la statue de Notre-Dame à la Porte d'Ogy.

Chaque année, cette libération de Lessines est célébrée le premier week-end de septembre lors du Festin. Le dimanche matin, la statue de Notre-Dame est portée depuis la Porte d'Ogy jusqu'à la collégiale Saint-Pierre, où est célébrée une messe avec les autorités du 16ème siècle lessinois, les dames nobles et Sébastien de Tramasure. L'après-midi, le cortège et la procession historiques parcourent le centre de la ville avec la musique, la danse et les chants du 16ème siècle espagnols.

A l'arrivée du cortège à la Porte d'Ogy, à l'endroit même où s'élevaient les remparts, Sébastien de Tramasure renouvelle chaque année le geste de son personnage en déposant son épée au pied de la statue de Notre-Dame (voir photo). 

 

lundi 30 mars 2026

Les 100 ans de l'église dominicaine du Zoute


Né en 1992 près de Malines, le frère Anton-Marie Milh est membre des équipes pastorales de l'église des Dominicains à Knokke-le-Zoute, et aumônier des étudiants de l'Université d'Anvers. Il a écrit un livre bilingue,  "Les frères prêcheurs à la plage. Les Dominicains, un siècle de présence à Knokke-le-Zoute.

Le frère Anton-Marie Milh a répondu aux questions de Cathobel :

"Comment les dominicains sont-ils arrivés au Zoute ?
- Les dominicains y sont arrivés en 1925 à la demande de la Compagnie du Zoute, une compagnie immobilière qui venait de construire une église de style néo-roman, mais sans avoir la permission de l'évêque. Et du coup, l'évêque de Bruges ne voulait pas y envoyer un prêtre. Par conséquent, la Compagnie du Zoute est allée à la recherche d'un prêtre, qu'ils ont trouvé en la personne du père dominicain Rutten.

- La construction d'une nouvelle église répondait à une nécessité liée au développement d'une nouvelle station balnéaire ?
- Le développement du Zoute s'est déroulé relativement tard, en comparaison d'autres endroits. Ostende, par exemple, était déjà une ville balnéaire au 19ème siècle. La Compagnie du Zoute a d'abord voulu attirer des Anglais. Ces derniers connaissaient déjà bien ce phénomène du tourisme, qui est né au 19ème siècle. On a tout d'abord construit une église anglicane. Mais très vite, on a constaté qu'il y avait aussi pas mal de touristes catholiques et luthériens. A cause de la première guerre mondiale, on n'a jamais construit une église luthérienne, mais ce projet d'église catholique est demeuré. 

- Et derrière cette construction, on peut mettre en valeur le rôle de l'épouse d'un certain Lippens ?
- Les deux fondateurs de la Compagnie du Zoute sont les cousins Maurice et Raymond Lippens. Maurice était un franc-maçon qui, entre autres, est devenu gouverneur général du Congo belge pendant les années 1920. Et il y avait aussi Raymond et son épouse Ghislaine de Béthune. C'est elle qui s'est vraiment investie corps et âme dans la construction de l'église. Elle a fait du porte-à-porte pour trouver de l'argent. Elle a aussi demandé aux familles de donner des chasubles. Et elle a rencontré des propriétaires d'hôtels pour leur demander d'investir un peu d'argent dans ce projet.

- Votre livre est bilingue. Est-ce important d'affirmer ce bilinguisme ?
- Oui, puisque l'histoire des dominicains au Zoute est vraiment une histoire belge ! Il y a des franc-maçons, des catholiques, une compagnie immobilière. Il y a donc de l'argent d'un côté, et un ordre mendiant de l'autre côté. La station balnéaire est bilingue. Et le livre est en deux langues, pour avoir un rayonnement aussi large que possible.

- La question linguistique a quelque fois placé les frères dominicains au milieu de ces conflits ?
- Avant le Concile Vatican II (1962-1965),  la liturgie était en latin. Chaque dimanche, il y avait huit messes, et seule la prédication des deux premières messes se déroulait en néerlandais puisqu'elles étaient pour le personnel, alors que les six autres étaient prêchées en français. Ce fait nous raconte l'histoire sociale du pays !  Après le Concile Vatican II, l'utilisation de la langue vernaculaire est encouragée pour la liturgie. L'évêque de Bruges décide alors, de manière assez radicale et soudaine, que toute la liturgie se déroulera en néerlandais dans son diocèse. Cela a provoqué beaucoup de réactions. Au Zoute, nous avons eu quelques pères bien flamingants, qui ont vraiment insisté pour que ce soit en néerlandais.

- Y a-t-il encore une communauté qui vit sur place ?
- Non, mais quatre frères y assurent un tour de rôle et forment une équipe pastorale. Chaque week-end, les trois messes sont célébrées par un des frères. Ceux-ci viennent de différents couvents de notre province :  Leuven, Anvers, Liège et Bruxelles. Au Zoute, les gens viennent vers nous :  l'église a un très grand rayonnement et elle attire beaucoup de monde.  A Anvers, les gens ne viennent plus nécessairement à l'église ou au couvent". 

 

lundi 16 mars 2026

Le Tour de la Madeleine à Jumet


D'abord, parlons un peu de Jumet. Située dans la province de Hainaut, Jumet compte environ 20.000 habitants et son histoire est liée aux industries de l'acier et du verre. Depuis la fusion des communes de 1977, elle fait partie des quinze sections qui forment la commune de Charleroi. 

Chaque année, le dimanche le plus proche de la fête de la Sainte-Madeleine (22 juillet), les Jumétois maintiennent la tradition du Tour de la Madeleine qui existe depuis plus de 700 ans et est inscrit au patrimoine immatériel de l'Unesco comme les autres marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse. Il existe plusieurs hypothèses sur son origine.

Le départ de la marche a lieu à 5h du matin de la chapelle romane de Heigne qui date de la fin du 12ème siècle. C'est d'abord un cortège religieux avec la croix processionnelle, les statues de Sainte-Madeleine, Saint-Roch et Notre-Dame, et les bannières. Puis, ce sont les compagnies militaires et sociétés avec plus de 2.000 figurants :  les Jockeys de Roux, les Archers de Heigne, les Chasseurs Alpins, les Tirailleurs Sénégalais, les Zouaves, les Coloniaux, le 2ème Régiment des Guides, la Marine Belge, les Grenadiers à cheval, le 2ème Régiment des Chasseurs à pied, etc.

Parti de Heigne, le cortège passe à Roux, Courcelles, Viesville, Thiméon, Gosselies et revient à Jumet vers midi après un périple de plus de 20 kilomètres. 

lundi 16 février 2026

Le carillon du Mont des Arts


Le carillon du Mont des Arts à Bruxelles se compose de 24 cloches accompagnées de 12 figurines. Chaque heure, un air musical différent est joué, accompagné de l'apparition du personnage correspondant à l'heure dans sa niche (exemple : le personnage de Pierre-Paul Rubens sort à 6h et le personnage du comte d'Egmont sort à 7h). A midi, les douze personnages entament une chorégraphie sonore et visuelle. 

Au sommet, le Jacquemart est un automate de bronze de 2,80 mètres de haut qui pèse plus de 1750 kg.

Qu'est-ce que le quartier du Mont des Arts ?

Il y a bien longtemps, cette colline du Coudenberg était un dédale de ruelles populaires. Les autorités décident de les remplacer par un jardin public. Elles font appel à l'architecte parisien Jules Vacherot qui profite du terrain en pente pour aménager des belvédères, esplanades, volées d'escaliers et fontaines. Cet endroit fait le bonheur des Bruxellois pendant 45 ans avant d'être remplacé par l'actuel Mont des Arts. Ce complexe urbanistique qui relie le haut et le bas de la ville sera achevé en 1969. On trouve les Archives générales du royaume et la Bibliothèque Royale d'un côté, et le palais des Congrès de l'autre côté. Au centre, un jardin suspendu aux parterres géométriques a été dessiné par René Pechère. Une rampe mène à la cour intérieure des Musées Royaux des Beaux-Arts et du palais de Charles de Lorraine.