Affichage des articles dont le libellé est Histoire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Histoire. Afficher tous les articles

lundi 7 septembre 2026

Les 196 ans de la révolution belge

                                     

Historique de la révolution belge :
Suite au congrès de Vienne de 1815, l'actuel Benelux (Belgique, Pays-Bas et grand-duché de Luxembourg) est réuni en un royaume des Pays-Bas dirigé par Guillaume d'Orange. Mais il ne tiendra guère longtemps :  la Belgique deviendra indépendante en 1830 et le grand-duché de Luxembourg en 1890.

Le 25 août 1830, à l'occasion des 59 ans de Guillaume d'Orange, a lieu au théâtre de la Monnaie à Bruxelles la représentation de "La Muette de Portici", un opéra en cinq actes qui exalte les sentiments patriotiques en racontant la révolte du peuple de Naples contre la domination espagnole au 17ème siècle. L'enthousiasme monte dès le deuxième acte lors de cette chanson :   "Amour sacré de la Patrie, rends-nous l'audace et la fierté. A mon pays, je dois la vie. Il me devra la liberté". Les spectateurs sortent du théâtre en criant "Aux armes" et "Au National". Une émeute éclate, la foule saccage l'imprimerie du "National", journal officieux du gouvernement, et les maisons de plusieurs agents ministériels.

Devant l'inaction des autorités, quelques hommes résolus organisent le lendemain une garde bourgeoise et choisissent pour chef Emmanuel van der Linden d'Hoogvorst. Ils forment des compagnies de volontaires et prennent comme signe de ralliement les couleurs de la révolution brabançonne (le noir, le jaune et le rouge). Le 26 et le 27, l'émeute se déplace vers les faubourgs de Bruxelles et tourne à la révolte sociale. La destruction de machines et les vols décident les bourgeois à renforcer la garde bourgeoise qui ouvre le feu sur les pillards. Les premiers morts de la révolution belge sont des Belges tués par d'autres Belges.

Pendant ce temps, à La Haye, Guillaume d'Orange (informé seulement le 27 des événements bruxellois!) envoie en Belgique une armée de 6.000 hommes commandés par ses deux fils et reçoit les catholiques Frédéric de Merode, François de Sécus et Emmanuel d'Hooghvorst, et les libéraux Alexandre Gendebien et Joseph Palmaert. Le 30 août, l'arrivée des Hollandais à Vilvorde énerve les Bruxellois qui prennent les armes et élèvent des barricades. Le fils aîné du Roi renonce à un coup de force et fait son entrée dans la ville le 1er septembre avec quelques officiers sous la protection de la garde bourgeoise. Après quelques jours de négociations, il repart aux Pays-Bas pour montrer à son père le projet de séparation administrative suggéré par les notables bruxellois. Le prince fait reculer ses troupes des portes de Bruxelles à Anvers.

Mais des émeutes éclatent dans les villes. Des bandes de volontaires s'y organisent et se préparent à rejoindre les patriotes de la capitale (par exemple : un groupe de volontaires part le 4 septembre de Liège, menés par Rogier et accompagnés du célèbre Charlier à la jambe de bois). Le 3 septembre, le Roi signe la démission de son ministre impopulaire Van Maanen. Les députés belges sont convoqués à La Haye le 8 septembre.

Profitant du désarmement de la garde bourgeoise les 19 et 20 septembre, le roi Guillaume ordonne à son fils Frédéric de marcher sur Bruxelles pour rétablir l'ordre. Cette décision enflamme le patriotisme et galvanise la foule. Les renforts arrivent d'un peu partout. Les Hollandais pénètrent dans la ville le 23 septembre et se heurtent à des barricades, au feu nourri des volontaires et à la colère de la population. Le lendemain, les volontaires nomment Juan Van Halen commandant en chef des patriotes.

Le 26 septembre, la commission administrative devient le gouvernement provisoire composé d'Alexandre Gendebien, du général baron van der Linden d'Hoogvorst, du baron André Jolly, du comte Félix de Merode, de Charles Rogier et de Sylvain van de Weyer, rejoints deux jours plus tard par Louis De Potter. Le gouvernement provisoire s'attribue tous les pouvoirs jusqu'à la convocation d'une assemblée constitutante. Après quatre jours de combat, les Hollandais quittent le parc de Bruxelles dans la nuit du 26 au 27 septembre. La victoire des insurgés provoque l'arrivée des patriotes dans la capitale. Revenu d'exil, Louis De Potter est accueilli en héros le 28 sur la Grand-Place de Bruxelles. Le 4 octobre, le gouvernement provisoire proclame l'indépendance des provinces belges.

Le 4 novembre, les représentants de l'Angleterre, l'Autriche, la France, la Prusse et la Russie réunis à Londres impose aux Hollandais et aux Belges l'évacuation mutuelle de leurs territoires respectifs. Le 10 novembre, le Congrès National vote trois décrets importants :  l'indépendance du peuple belge, la monarchie héréditaire et la déchéance de la famille d'Orange-Nassau. Il rédige ensuite la nouvelle constitution belge.

Le Congrès National propose la couronne de Belgique au duc de Nemours, fils du roi Louis-Philippe, mais son père refuse car il craint l'hostilité de l'Angleterre. Le Congrès National est donc contraint d'instaurer, en février 1831, une régence en la personne du baron Surlet de Chokier. Le 4 juin, ils proposent au prince Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha, veuf de la princesse Charlotte d'Angleterre, de devenir le premier roi des Belges. Il accepte et prête serment le 21 juillet 1831 sur la place Royale à Bruxelles.

Historique de la place des Martyrs (Bruxelles) :
La crypte située au centre de la place des Martyrs (autrefois place Saint-Michel) à Bruxelles accueille les corps de 446 volontaires morts lors des combats de septembre 1830 pour l'indépendance de la Belgique. Par un décret du 25 septembre 1830, la commission administrative décide de les inhumer au centre de la place Saint-Michel. Les inhumations commencent dès le soir du 27 septembre. Les corps sont déposés dans une fosse creusée par des ouvriers de la ville de Bruxelles. La place est rebaptisée place des Martyrs de la Liberté. Une grande croix est plantée et ornée d'un texte d'Hypolyte Jenneval, l'auteur de la Brabançonne, inhumé avec ses compagnons d'armes le 24 octobre. A la demande de Léopold Ier, la construction d'un monument débute en 1831, grâce notamment à un don de 16.000 florins du comte Félix de Merode qui les avait reçus pour sa participation au gouvernement provisoire.

Dessiné conjointement par l'architecte Roelandt et l'artiste Guillaume Geefs, le monument Patria est une dame représentant une statue de la Liberté. Elle trône sur le piédestal central et grave avec un stylet sur une plaque de marbre les combats de septembre 1830. A ses pieds un lion aux chaînes brisées symbolise la Belgique libre. Le second niveau en pierre bleue et en forme de sarcophage est flanqué de quatre génies représentant la prière, le combat, la victoire et la sépulture. Au dernier niveau, les quatre faces du monument comportent des bas-reliefs en marbre de Carrare illustrant des scènes de 1830. Il est entouré d'une crypte à ciel ouvert dont la galerie est ornée de 27 panneaux de marbre noir où sont gravés les 446 volontaires tués lors des combats de septembre 1830. L'inauguration a eu lieu le 24 septembre 1838.

En 1849, Guillaume Geefs termine son œuvre par le placement du dernier des quatre bas-reliefs auxquels il travaillait depuis plusieurs années. Que peut-on y voir? Côté sud, le comte Félix de Merode tient le drapeau brabançon et reçoit le serment des patriotes devant l'hôtel de ville de Bruxelles. Côté nord, sous la conduite de Jean Van Haelen, les troupes belges (sarrau de toile bleue, ceinture de cuir et bonnet noir) s'élancent à l'assaut du parc. Côté est, la consécration de cette nécropole par le doyen de Sainte-Gudule. Côté ouest, le symbole de la Belgique libre et indépendante, couronnant de lauriers ses valeureux fondateurs.

Chaque année fin septembre, la Ville de Bruxelles, l'asbl Pro Belgica (www.probelgica.be) et les Volontaires 1830 co-organisent un défilé historique dans les rues de la capitale, et une commémoration bilingue à la place des Martyrs qui est entourée de bâtiments de style néo-classique datant de l'époque des Pays-Bas autrichiens et est aujourd'hui classée. Et Manneken Piss porte le costume des Volontaires 1830!

lundi 20 avril 2026

Le Festin à Lessines


Au 16ème siècle, la ville de Lessines (province du Hainaut) est assiégée par la Porte d'Ogy. Les Lessinois se défendent avec acharnement sous le commandement de Sébastien de Tramasure, un homme de 23 ans issu d'une des bonnes familles de la cité. Pendant le siège, les femmes, les enfants et les personnes âgées vont prier la statue de Notre Dame à la Porte d'Ogy. 

Sébastien de Tramasure et les Lessinois ont l'idée de prendre l'ennemi à revers. Surpris, les assaillants abandonnent la lutte et se retirent. Cette victoire est attribuée par les habitants à l'intervention de la Vierge et, en signe de reconnaissance, Sébastien de Tramasure va déposer son épée aux pieds de la statue de Notre-Dame à la Porte d'Ogy.

Chaque année, cette libération de Lessines est célébrée le premier week-end de septembre lors du Festin. Le dimanche matin, la statue de Notre-Dame est portée depuis la Porte d'Ogy jusqu'à la collégiale Saint-Pierre, où est célébrée une messe avec les autorités du 16ème siècle lessinois, les dames nobles et Sébastien de Tramasure. L'après-midi, le cortège et la procession historiques parcourent le centre de la ville avec la musique, la danse et les chants du 16ème siècle espagnols.

A l'arrivée du cortège à la Porte d'Ogy, à l'endroit même où s'élevaient les remparts, Sébastien de Tramasure renouvelle chaque année le geste de son personnage en déposant son épée au pied de la statue de Notre-Dame (voir photo). 

 

lundi 14 juillet 2025

La Porte de Menin à Ypres


Inaugurée en 1927, la Porte de Menin se trouve dans la ville d'Ypres (province de Flandre Occidentale). Il remplace une ancienne porte de la cité. C'est un monument commémoratif en mémoire des soldats britanniques tombés pendant la première guerre mondiale et n'ayant pu être enterrés décemment. Les noms de plus de 50.000 soldats y sont gravés. Chaque soir à 20h, on y joue le Last Post. 

En face de la Porte de Menin se trouve le centre de documentation de la CWGC (Commonwealth War Graves Commission), où les visiteurs peuvent en apprendre davantage sur la première guerre mondiale et le travail de mémoire de l'organisation. Ne manquez pas aussi le musée belge "In Flanders Fields" sur la grand-place d'Ypres. 

A lire aussi :

lundi 30 juin 2025

La procession du Saint-Sang à Bruges

   


L'origine de la procession du Saint-Sang remonte aux Croisades. En récompense de ses exploits lors de la deuxième croisade,  Thierry d'Alsace, comte de Flandre, reçoit du patriarche de Jérusalem une relique précieuse :  quelques gouttes de sang du Christ qu'il ramène à Bruges en 1150. 

Depuis des siècles, la ville commémore cet événement historique à travers la procession du Saint-Sang le jeudi de l'Ascension. Groupes et chars évoquent dans une première partie l'histoire de la faute et du rachat depuis Adam et Eve. Une seconde phase retrace les principaux événements de la vie de Jésus. Et on assiste ensuite au transfert de la relique sacrée, escortée par les Croisés et les membres des corporations. 

Cliquez ci-dessous sur "Flandre occidentale" pour retrouver d'autres articles sur cette province. 

lundi 19 mai 2025

Bande dessinée sur Godefroid de Bouillon

                               


Retrouvailles en 2005 à Bruxelles entre Benoît et Mady, deux anciens amis d'école de Bouillon. Ils se souviennent de la pièce de théâtre sur Godefroid de Bouillon à laquelle ils ont participé dans les années 1960. A travers leur histoire, la bande dessinée nous raconte la vie du chevalier et les Croisades pour délivrer le tombeau du Christ à Jérusalem. 

L'auteur-dessinateur fait aussi une réflexion pertinente sur la vision mythique de Godefroid de Bouillon dans les années 1960 (mis en avant après l'indépendance de la jeune Belgique en 1830) et son image plus objective et plus nuancée au 21ème siècle.

Bravo à Jean-Claude Servais pour ses dessins réalistes et sensibles, son talent de conteur bien documenté qu'il utilise pour mettre en avant sa jolie région de Gaume (il a également réalisé une bande dessinée sur l'histoire de l'abbaye d'Orval) ! 

lundi 23 septembre 2024

194ème anniversaire de la révolution belge de 1830

 


Je vous propose de (re)lire mon article consacré à l'histoire de la révolution belge de 1830 et à cette place des Martyrs à Bruxelles :     https://journalpetitbelge.blogspot.com/2013/09/183eme-anniversaire-de-la-revolution.html

lundi 17 octobre 2022

Les 100 ans de la princesse Maria de Ligne La Trémoïlle

                           


Voilà l'une des doyennes de la noblesse belge :  la princesse Maria de Ligne La Trémoïlle a fêté ses 100 ans en famille lors d'une réception au château d'Antoing dans la province du Hainaut. 

Maria del Rosario de Lambertye-Gerbéviller est née le 14 octobre 1922 à Paris. Son père le marquis de Lambertye-Gerbéviller appartient à la noblesse de Lorraine, et a entrepris de sauver le château de Gerbéviller qui a été incendié par les troupes bavaroises en 1914. Il décide d'amputer le bâtiment de ses étages. La mère du marquis, Maria de las Virtudes Martinez de Irujo des ducs de Sotomayor, appartient à la haute noblesse espagnole. C'est ce qui explique pourquoi sa petite-fille reçoit le prénom de Maria del Rosario (surnommée aussi "Yayo"). Elle a deux soeurs Gabrielle (future princesse d'Arenberg) et Léontine (qui épousera le prince Albert-Edouard de Ligne). 

A l'âge de 20 ans, Maria épouse à Paris le prince Jean-Charles Lamoral de Ligne-La Trémoïlle. Elle entre dans la branche cadette de la Maison de Ligne qui se partage Paris et ses châteaux d'Antoing et Serrant. Par décision du Conseil d'Etat français, il a pu ajouter à son titre le beau nom maternel de "la Trémoïlle". En effet, sa mère la princesse Charlotte de La Trémoïlle était la soeur du dernier duc de ce nom, mort accidentellement en 1933 dans un incendie en Angleterre. 

Au début des années 1950, Jean-Charles et Maria sont un jeune couple en vue de la capitale française. Trois enfants naissent de cet union :  Hedwige en 1943, Charles-Antoine en 1946 et Nathalie en 1948. Ils auront l'honneur de recevoir dans leur château de Serrant Queen Mum lors de son séjour en Anjou en 1980. Le prince Jean-Charles décède en 2005.

Que sont devenus les enfants de cette discrète princesse centenaire ?   Hedwige a épousé le prince Charles-Guillaume de Merode et vit au château de Serrant en France. Charles-Antoine est devenu le nouveau chef de famille de la Maison de Ligne La Trémoïlle. Nathalie était mariée au prince Alain de Polignac, mais est malheureusement décédée en 1992.

Parmi ses six petits-enfants, la princesse Maria est la grand-mère notamment du prince Emmanuel de Merode (connu pour son travail au sein du parc national des Virunga au Congo), de Diane de Polignac (qui dirige une galerie d'art à Paris) et du prince Edouard de Ligne La Trémoïlle (qui a lancé le concept "Your Nature" à Antoing qui vient d'être inauguré en 2022). Elle est plusieurs fois arrière-grand-mère. 

La princesse Maria se partage désormais entre Paris et le château d'Antoing, où elle a fêté son 100ème anniversaire. On l'a encore vue en 2019 aux funérailles de la princesse Alix de Ligne à Beloeil. Depuis plusieurs années, elle est aussi présente sur les réseaux sociaux grâce à la princesse Isabella de Ligne La Trémoïlle (épouse de son petit-fils Edouard) qui donne régulièrement de ses nouvelles et publie des photos. C'est avec eux qu'elle a passé le confinement à Antoing au printemps 2020. 

Bon anniversaire Madame !  

Photo :  page Facebook de Samuel Vincent-Martinez

jeudi 28 octobre 2021

Sortie du tome 6 de "Derniers domiciles connus"

En cette période de Toussaint, Thierry Luthers sort le 6ème et dernier tome de "Derniers domiciles connus : guide des tombes de personnalités belges". Après avoir arpenté les provinces du sud de la Belgique, ce sixième tome est consacré à la Flandre et au reste du monde. 

A l'occasion de la sortie de ce 6ème tome paru aux éditions Luc Pire, Thierry Luthers a répondu aux questions des journaux du groupe Sud Presse :

"La tombe la plus célèbre mais la moins visitée est évidemment celle de Jacques Brel aux lointaines îles Marquises ?

- Oui. En 1998, vingt ans après sa mort, Miche Brel (son épouse dont il n'avait jamais divorcé et qui est décédée l'an dernier) avait fait enlever la plaque le représentant avec sa dernière compagne, l'ex-Clodette Maddly Bamy. Mais après un procès, celle-ci avait obtenu qu'on l'y remette !

- Annie Cordy est à Cannes où elle s'était retirée.

- J'ai été surpris de découvrir qu'elle n'est enterrée ni à Bruxelles, ni à Paris (où se trouve son mari et impresario François-Henri Bruno). Mais elle avait de la famille des trois côtés.

- Eric Geboers (5 fois champion du monde de motocross) est à Mol-Wezel et son histoire est particulière.

- Il est décédé en 2018, à 55 ans en sautant à l'eau pour sauver son chien. Ils y sont malheureusement restés tous les deux. Le petit cimetière de Mol-Wezel est magnifique, tout en sable...

- Certaines de vos longues recherches ont été vaines ?

- Ce qui me désole, c'est quand il ne reste aucune trace visible d'une grande personnalité. La famille de Maurice Maeterlinck (Prix Nobel de littérature en 1911) a repris l'urne. Les cendres de Georges Simenon ont été dispersés dans son jardin de Lausanne, et celles de Franquin ont subi le même sort.

- Jean-Michel Folon, lui, repose à Monaco où il vivait.

- Oui, tout près de Léo Ferré ! C'est un cimetière magnifique où l'on trouve aussi le Spadois Léon Jehin, qui fut chef d'orchestre de l'opéra de Monaco. Il fait partie des "inconnus célèbres" pour lesquels j'ai une tendresse particulière.

- Il y en a d'autres ?

- Beaucoup ! Comme Léo Bakeland, enterré à New York, qui a inventé la bakélite. Ou encore Anne Buydens, la femme de Kirk Douglas, qui était belge et est enterrée à ses côtés à Los Angeles. Kirk parlait parfaitement français grâce à elle, mais était doublé à cause de son accent très prononcé.

- Anne Buydens a été naturalisée américaine, comme d'autres "anciens Belges" repris dans votre livre.

- Le Dinantais Adolphe Sax, inventeur du saxophone et enterré à Montmartre, est devenu citoyen français. Tout comme Zénobe Gramme, l'inventeur de la dynamo, enterré au Père Lachaise à Paris. Ou le vulcanologue Haroun Tazieff, inhumé à Passy.

- La plus belle tombe ?

- Celle monumentale de Zénobe Gramme, qui figure en couverture du livre. Et celle de Georges Rodenbach, poète et romancier, qui donne l'impression de sortir de sa tombe au Père Lachaise.

- La plus visitée ?

- Celle du grand poète Emile Verhaeren, qui est en forme de bateau et trône le long de l'Escaut à Saint-Amand, dans la province d'Anvers. Une merveille.

- Avec ce sixième livre, la boucle est bouclée ?

- Oui. En tout, j'ai répertorié 10.000 tombes !  Mais un coffret à tirage limité contenant les six livres va bientôt sortir. Et je donne quelques conférences sur le sujet.

- Vous avez déjà choisi votre tombe ?

- Je vais finir par y penser ! J'ai déjà choisi le cimetière : ce sera à Robermont (Liège) dans sa partie boisée. Sur ma tombe, je demanderai qu'on écrive "Journaliste et artiste". 

jeudi 15 juillet 2021

Patrimoine et femmes : Marie-José de la Barre d'Erquelinnes

                    


En septembre prochain, les Journées du Patrimoine en région wallonne auront pour thème "Patrimoine et femmes". La commune de Jurbise (province de Hainaut) va attirer l'attention sur une statue de femme surplombant le monument aux morts de Jurbise, et symbolisant la Mère-Patrie. D'un côté, elle tient un bouclier frappé du lion belge. Et de l'autre, une épée, prête au combat. A partir de ce monument, la commune mettra à l'honneur trois Jurbisiennes ayant été actives dans la résistance :  Hermine Waneukem (durant la première guerre mondiale), Marie-José de la Barre d'Erquelinnes et Louisette Carlier (durant la deuxième guerre mondiale). Elles seront faites citoyennes d'honneur de la commune à titre posthume.

La plus connue des trois est Marie-José de la Barre d'Erquelinnes, car elle est la fille du comte Henri de la Barre d'Erquelinnes, bourgmestre de Jurbise, sénateur et ministre de l'Agriculture dans le gouvernement Pirlot d'après-guerre. Née en 1916 en Grande-Bretagne durant la première guerre mondiale, elle grandit ensuite dans le château familial des Viviers à Jurbise. 

Marie-José fait partie du premier réseau de renseignements dans lequel l'apport des nobles est important :  "les amis de Charles". Il est constitué d'amis de Charles Woeste (petit-fils du ministre d'Etat du même nom qui reçut une concession de noblesse héréditaire). Après sa libération en juin 1940, Charles Woeste retrouve son emploi de secrétaire à l'Office des pensions et invalidité à Bruxelles. En septembre 1940, il rencontre Georges Hansoul, un des cofondateurs du réseau de renseignements Zéro. Deux amis d'étude (le baron Albert Kervyn de Lettenhove et le comte Jean d'Ursel) le rejoignent dans la collecte des informations sur la situation militaire et économique en Belgique). Albert Kervyn de Lettenhove est chargé de surveiller les champs d'aviation. C'est lui qui va recruter Marie-José de la Barre d'Erquelinnes en octobre 1940. Elle vit au château familial des Viviers à Jurbise, non loin de l'aérodrome de Chièvres. 

Suite à l'arrestation accidentelle d'un membre du réseau, l'organigramme de ce dernier est revu et corrigé dès juin 1941 :  Marie-José de la Barre d'Erquelinnes s'occupe dès lors de l'aviation. Elle échappe de justesse en 1942 à une arrestation par la Gestapo. En passant par l'Espagne et le Portugal, elle a le temps de fuir en Angleterre. 

En 1946, Marie-José de la Barre d'Erquelinnes épouse Charles Villiers, un citoyen britannique veuf, père d'un garçon. Elle se lie d'amitié avec la reine mère Elisabeth (Queen Mum), et écrit ses mémoires ("Granny was a spy"). Elle est décédée à Ascot en 2015.

jeudi 18 mars 2021

Saint-Joseph, saint patron de la Belgique

Le 18 mars, c'est la Saint-Joseph, mais savez-vous que c'est le saint-patron de la Belgique (ainsi que d'autres pays comme l'Autriche, le Canada ou le Mexique) ? 

Je me suis demandé l'origine de ce patronnage...et la réponse remonte à 1679 !  Le pape de l'époque proclame Saint-Joseph patron de tous les territoires relevant de la Couronne d'Espagne (dont l'actuelle Belgique). Et c'est toujours le cas plus de trois siècles plus tard. 

Au 19ème siècle, les pères des Sacré-Coeurs de Louvain instaurent les pélérinages à Saint-Joseph pour répandre la dévotion au saint-patron de la nouvelle Belgique indépendante. Au même moment, une nouvelle église Saint-Joseph est construite au square Frère Orban à Bruxelles. Elle est destinée à devenir le sanctuaire national dédié à Saint-Joseph.

lundi 21 décembre 2020

Les mégalithes de Wéris (1.500ème article de ce blog)

 Partons en province du Luxembourg !  Grâce à notre ami bloggeur PhilippeD, nous allons découvrir Wéris, repris dans la liste des Plus Beaux Villages de Wallonie. Situé non loin de Durbuy, il est surtout connu pour être l'endroit de Belgique ayant le plus de dolmens et menhirs. 

Cliquez ci-contre sur le reportage de PhilippeD :   http://cdubelge.eklablog.com/weris-a204454506

jeudi 24 septembre 2020

Les 190 ans de la révolution belge de 1830

 C'est ce samedi qu'aura lieu la cérémonie officielle (en comité réduit, vu la situation sanitaire) commémorant les 190 ans de la révolution belge. Elle aura lieu autour de la crypte de la place des Martyrs à Bruxelles, où reposent des Belges morts lors des combats de 1830.

Voici quelques anciens articles autour de la révolution belge que je vous propose de (re)lire :

- La Belgique est-elle un Etat artificiel ? :   http://journalpetitbelge.blogspot.com/2010/03/la-belgique-est-elle-un-etat-artificiel.html

- Rappel général de la révolution de 1830 :  http://journalpetitbelge.blogspot.com/2016/09/186eme-anniversaire-de-la-revolution.html

- La révolution belge dans la région d'Ath :   http://journalpetitbelge.blogspot.com/2011/05/la-revolution-belge-dans-la-region-dath.html

- Les grands personnages de l'histoire de Belgique racontés aux enfants :   http://journalpetitbelge.blogspot.com/2013/02/les-grands-personnages-de-lhistoire-de.html

- Le général van Halen et la révolution belge :   http://journalpetitbelge.blogspot.com/2014/05/le-general-van-halen-et-la-revolution.html

- Louis de Potter, révolutionnaire belge :   http://journalpetitbelge.blogspot.com/2012/03/louis-de-potter-revolutionnaire-belge.html

Bonne lecture ! 

lundi 11 mai 2020

La FNAPG

Ce 8 mai, on commémorait le 75ème anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale, mais les cérémonies privées ont eu lieu en très petit comité en raison du coronavirus.

Les quotidiens du groupe "L'Avenir" ont eu la bonne idée de donner la parole à Michel Flament :

"A 67 ans, vous êtes le président national de la Fédération Nationale des Anciens Prisonniers de Guerre (FNAPG). Qu'est-ce qui vous a amené à cette fonction?
- Fils de prisonnier de guerre, je suis tombé dans le chaudron très tôt. Mon père était secrétaire de la section locale de Flénu et chargé de l'envoi des journaux. Je participais à la vente des Myosotis, à la collecte de vieux papiers, et j'étais à ses côtés lors des cérémonies patriotiques. Mon oncle, voisin, était porte-drapeau et je l'accompagnais fièrement. D'autres connaissances de mes parents étaient également des anciens prisonniers de guerre.

- Puis, vous avez embrayé?
- Dès l'âge de 20 ans, j'ai proposé mes services au comité local. Je suis devenu secrétaire-trésorier de la section de Flénu-Jemappes, puis président du Groupement Régional de Mons-Borinage en 2001. J'ai ensuite été trésorier national adjoint de la FNAPG de 2014 à 2018. Et depuis le 27 avril 2018, j'en suis le président national.

- Cela représente une charge?
- Plus qu'une charge, il y a pour moi le devoir de perpétuer la mémoire du sacrifice des anciens prisonniers de guerre, de soutenir leurs épouses et veuves, et de manifester une reconnaissance aux membres sympathisants qui nous sont d'une grande aide pour perpétuer, par exemple, les cérémonies de commémoration.

- Combien reste-t-il d'anciens prisonniers de guerre?
- A la date du 8 février 2020, on dénombrait 75 anciens prisonniers de guerre, quelques 2.000 veuves d'anciens prisonniers, et environ 4.400 membres sympathisants.

- Les anciens prisonniers de guerre ont souffert de la captivité.
- Elle a privé les prisonniers de guerre (pour la plupart âgés de 20 à 25 ans) de conditions normales de vie :  isolement, sous-alimentation, manque d'hygiène et de soins de santé. D'où des maladies chroniques et de lourdes pathologies (affections pulmonaires et respiratoires, problèmes digestifs, dentaires et oculaires,...). Il y a eu des drames sociaux, économiques ou familiaux lors des retours de captivité. Au début des années 1980, le traitement des pathologies lourdes n'était pas celui d'aujourd'hui, et de nombreux prisonniers de guerre sont décédés à cette époque. Il faut enfin rappeler qu'en 1945, un ancien prisonnier de guerre sur quatre était handicapé, un sur cinq tuberculeux.

- D'où l'action sociale que la FNAPG a développée?
- Rapidement, le Fonds Nachez (du nom du premier président national, Raoul Nachez) est créé. Aujourd'hui appelé Fonds des Barbelés, il a veillé à l'approvisionnement en streptomycine et son dérivé, l'auréomycine. A Montana en Suisse, le Sana Belgica a été créé. En 1952, ses 120 lits ont accueilli 4.000 malades. L'institution a quitté la Suisse en 1960, et le centre hospitalier de Sainte-Ode en Ardenne a pris le relais pour soigner les anciens prisonniers de guerre souffrant de diverses maladies graves".

A noter que les prisonniers de guerre étaient répartis entre Stalags (Stammlager, camp de base) pour hommes de troupe et sous-officiers,  et Oflags (Offizierlager) pour les officiers. Les officiers ne pouvaient pas être mis au travail. Les prisonniers des Stalags ont été obligés de travailler pour l'agriculture ou l'industrie. On estime que 225.000 soldats belges ont été faits prisonniers lors de la reddition de l'armée le 28 mai 1940.

lundi 9 septembre 2019

La pâquerette belge

C'est durant la première guerre mondiale que le coquelicot, le bleuet et la pâquerette deviennent des fleurs commémoratives. Les Britanniques adoptent le coquelicot comme fleur de mémoire, les Français font de même avec le bleuet, et les Belges choisissent la pâquerette en raison de sa couleur blanche, évocatrice de la paix.

Dans les années 1930, le Fonds de la Pâquerette de l'Ancien Combattant de l'Yser vend des pâquerettes le 21 juillet et le 11 novembre pour venir en aide aux anciens combattants. La vente s'arrête dans les années 1950. Le coquelicot se répand dans les cimetières du Commonwealth, et s'impose dans les autres pays.

Lors des commémorations du centenaire de la première guerre mondiale de 2014 à 2018, le souvenir de la pâquerette belge est évoqué. Et c'est la raison pour laquelle l'asbl Pro Belgica a décidé de proposer le pin's pâquerette/drapeau belge comme nouvel article de sa boutique. Plus d'infos :  http://fr.probelgica.be/produit/pins-paquerette/

lundi 1 avril 2019

L'Africa Museum à Tervuren

Situé à Tervuren en province de Brabant flamand, l'ancien Musée Royal d'Afrique centrale (que j'avais visité dans les années 1990) a été complètement rénové pour faire place à l'Africa Museum. 

Notre amie bloggeuse Tania s'y est rendue et nous en a fait un compte-rendu détaillé :   http://textespretextes.blogspirit.com/archive/2019/03/04/africa-museum-3134805.html

De mon côté, je viens de lire ce livre publié par les éditions Racine : 

"Léopold II, potentat congolais : l'action royale face à la violence coloniale"  (Pierre-Luc Plasman)

Cet ouvrage intéressant, bien documenté et objectif est l'adaptation d'une thèse de doctorat en histoire présentée à l'Université Catholique de Louvain en 2015. Ce n'est pas une biographie du roi Léopold II, mais une étude du fonctionnement de l'Etat Indépendant du Congo.

Pierre-Luc Plasman commence par retracer le rêve colonial du souverain qui aboutit lors de la conférence de Berlin de 1885 par la création de l'Etat Indépendant du Congo. Il nous explique ensuite comment travaille le gouvernement congolais à Bruxelles, le rôle des secrétaires généraux, les rivalités et les oppositions entre les uns et les autres, les différents canaux d'information du Roi. Il fait de même avec l'administration léopoldienne au Congo. Pierre-Luc Plasman revient aussi sur les atrocités commises que plus personne ne peut nier aujourd'hui. 

Après nous avoir expliqué concrètement le fonctionnement de l'Etat Indépendant du Congo, l'auteur détaille les critiques et dénonciations contre les violences, les campagnes de presse anticongolaise qui aboutissent à la création d'une commission d'enquête. Léopold II décède en 1909 et lègue le Congo à la Belgique. 

Quelle est la conclusion de Pierre-Luc Plasman sur ces violences?

"Les massacres ne sont pas ordonnés par le gouvernement léopoldien, mais ils se produisent dans un contexte d'incitation permanente à accroître la production tout en laissant le champ libre aux acteurs sur place. Hauts fonctionnaires territoriaux et directeurs de sociétés abusent largement de leurs prérogatives, tandis qu'agents subalternes et sentinelles africaines intègrent la bestialisation de leur comportement dans leur cadre de travail. Les violences ne se limitent pas aux régies de l'Etat. Elles se déchaînent même avec plus de brutalité dans les concessions, où la productivité permet toutes les exactions. Aussi horribles soient-elles, ces violences de masse ne peuvent pas être qualifiées de génocidaires. De même, la moitié de la population congolaise n'a pas été exterminée. Il existe cependant bel et bien un déclin démographique, dans lequel la terreur et la violence jouent un rôle primordial à côté d'autres facteurs, comme la dénatalité vénérienne".

Sur le rôle de Léopold II,  l'auteur fait remarquer son manque d'objectivité : 

"Avec l'âge, l'esprit et l'intelligence du monarque sont devenus rigides et teintés de misanthropie. A plusieurs reprises, il dénie l'existence des abus et il distingue dans la campagne anticongolaise l'expression d'une frustration de l'impérialisme anglais. Plus généralement, le Roi ne perçoit pas que la source des abus réside dans le système d'exploitation. Dès lors, son appréciation place la responsabilité sur des acteurs collectifs, à savoir les sentinelles africaines, les compagnies commerciales et la force publique. Léopold II se place dans une position défensive et offensive à l'égard des critiques et ne cherche plus dans les dernières années qu'à maintenir sans profonde modification le régime léopoldien. L'appareil étatique n'est pas non plus une pyramide sur laquelle le Roi règne sans partage, mais ressemble plus à une matriochka. Sentant le fil des jours s'écouler, Léopold II désire mettre une touche finale au programme de son règne :  il veut une Belgique plus grande, plus forte et plus belle. Léopold II n'a donc pas cherché à s'enrichir personnellement, même si son train de vie est devenu - quoique tardivement - plus luxueux".

Bref, après avoir lu cet ouvrage, on ne peut plus parler ni de génocide, ni d'œuvre civilisatrice. La vérité historique est plus nuancée et est à mi-chemin entre ces deux extrêmes. Les responsabilités sont nombreuses. Et il faut aussi remettre les faits dans le contexte de l'époque.

jeudi 7 février 2019

Renouvellement du Gravensteen à Gand

                                  Image illustrative de l’article Château des comtes de Flandre

Gravensteen, le château des comtes de Flandre, est l'attraction phare de la ville de Gand avec l' "Agneau Mystique". Les autorités ont cependant décidé de ne pas se reposer sur leurs lauriers, mais de mener plusieurs opérations de renouvellement (pas question évidemment de travaux de restauration, vu que c'est un site classé). Depuis septembre 2018, il est déjà possible de découvrir le château autrement grâce à un audio-guide en cinq langues (néerlandais, français, allemand, anglais ou espagnol) du comédien Wouter Deprez. Ce "Comedy audiotour" nous emmène avec humour sur les traces de Philippe d'Alsace, maître d'œuvre du château, des comtes itinérants, des joutes, de la sorcellerie, du système juridique de l'époque, et même des sanitaires.

D'autres opérations de renouvellement son prévues :  nouvel espace d'accueil plus spacieux, nouveaux sanitaires, vestiaire, auditoire, magasin et plusieurs interventions pour une meilleure accessibilité. Bref, on ne touche pas au château proprement dit, mais on améliore l'accueil des touristes. La Ville de Gand a prévu un budget de 3.800.000 euros, complété par un subside de 4.700.000 euros du Ministre flamand du Tourisme.

lundi 17 décembre 2018

Eugène et Philippine de Ligne, Justes parmi les Nations

                                Afficher l’image source

Durant la deuxième guerre mondiale, le prince Eugène et la princesse Philippine de Ligne créent les Foyers Léopold III, des centres d'accueil et de refuge pour enfants. Le plus grand d'entre eux se trouvait à Beloeil, où on a hébergé en permanence entre 800 et 3.000 enfants dans le château et les dépendances. Une partie du parc est transformée en champ de pommes de terre et de légumes. Certains enfants apprennent à nager dans les bassins.

Suite à la raffle de Bruxelles en septembre 1942, des familles juives choisissent la clandestinité. Le prince Eugène et la princesse Philippine décident d'accueillir en secret à Beloeil des enfants juifs auxquels ils procurent de faux papiers chrétiens, c'est-à-dire des certificats de baptême. Il s'agissait de les noyer dans la masse et de les faire passer pour catholiques, dans le seul but de leur sauver la vie. Les historiens estiment qu'environ 160 enfants juifs ont trouvé refuge à Beloeil entre 1942 et 1945.

Parmi eux, Avraham Kaputka a confié plus tard à la presse :   "Nous étions seuls, la séparation d'avec nos parents était difficile. Nous ne savions pas si, ni quand, nous pourrions les revoir. Notre acclimatation, au moins au début, n'a pas été facile, mais à la fin, nous nous sommes mêlés à notre environnement. Nous étions dans un endroit sûr et calme, tandis que la guerre faisait rage tout autour de nous".

Efraim Alkichen a écrit au prince Michel :   "Au moment où des enfants comme moi étaient poursuivis, battus, affamés à mort, asphyxiés au gaz et brûlés au crématoire, j'étais abrité sur votre domaine comme dans une oasis dans le désert, tenu propre, bien habillé et nourri, faisant la sieste au soleil, nageant dans le beau lac en été et glissant sur sa glace en hiver, mené en promenade dans le magnifique parc du château. Alors que le mal, la cruauté et l'orgueil régnaient en Europe,  le prince Eugène II de Ligne, animé d'une admirable noblesse d'âme, ouvrit son domaine au règne de la bonté en y abritant près de mille enfants rendus malheureux pendant la guerre, et parmi eux des dizaines d'enfants juifs menacés de mort. Le prince savait qu'il s'exposait ainsi lui-même, sa famille et son équipe du château, au danger de châtiment des Allemands. Mais comme l'a dit sa fille Mme Yolande : "J'ai fait ce que je devais faire".  Ils ont écouté la voix de leur conscience".

Après la guerre, le couple renoue avec leur vie de diplomate. Le prince Eugène est nommé ambassadeur de Belgique en Inde (de 1947 à 1951) et en Espagne (de 1951 à 1958). Il décède en 1960.

En 1975, le prince Eugène et la princesse Philippine reçoivent le titre de Justes parmi les Nations, la plus haute distinction civile octroyée par l'Etat d'Israël. Leur nom est gravé dans la pierre au Mémorial de l'Holocauste, sur la colline de Yad Vashem à Jérusalem. Veuve, la princesse est émue, mais elle ne fait pas la publicité de cette distinction et ne se rend pas en Israël pour planter le traditionnel olivier.

Il faut attendre 2016 (voir photo ci-dessus) pour que Michel, devenu le 14ème prince de Ligne, y emmène une trentaine de petits-enfants et arrières-petits-enfants du couple princier (princes de Ligne et d'Auersperg, archiducs d'Autriche, comtes de Nicolaï, marquis de Villalobar, etc.). Ils sont reçus par le président israélien Reuven Rivlin, en présence de six des anciens réfugiés juifs de Beloeil. Et ils plantent un olivier dans la forêt des Justes.

Pour plus d'infos sur le sujet, Hélène Rustin a consacré son mémoire de fin d'études d'histoire aux enfants juifs cachés à Beloeil durant la deuxième guerre mondiale.

lundi 3 décembre 2018

Exposition sur les Arenberg à Louvain

                          

Le M Museum de Louvain (province de Brabant flamand) propose en ce moment une exposition sur les anciennes collections des princes d'Arenberg, que la reine Mathilde a visitée dernièrement en compagnie du prince Léopold d'Arenberg, 13ème duc du même nom. S'il vit à Lausanne avec son épouse la comtesse Isabel zu Stolberg-Stolberg et leurs enfants,  il a choisi d'organiser cette exposition à Louvain, car ses ancêtres ont vécu dans le château voisin d'Heverlee, hérité des ducs de Croÿ.

Le duc Léopold d'Arenberg a répondu aux questions du magazine français "Point de Vue" :

"Pourquoi cette exposition?
- Pour mettre notre mémoire, ces objets que les ducs d'Arenberg collectionnent depuis cinq siècles (tableaux, documents d'archive, tapisseries, œuvres religieuses) au service de la culture et des pays d'Europe. Permettre au public de découvrir cette recherche de la beauté, de l'humanisme. Nous autres, Européens, devons réapprendre à parler de nous, de notre culture exceptionnelle. Notre riche passé doit nous aider à préparer l'avenir, et c'est ce que nous nous employons à faire depuis quarante ans au sein de notre fondation.

- Et pourquoi maintenant?
- La réalisation d'un projet de ce type demande des années. Et nous sommes enfin prêts. Une grande partie des collections a été dispersée, mais le travail de recherche s'est révélé passionnant. Certaines œuvres viennent du Metropolitan de New York, d'autres de la collection des princes de Liechtenstein, du British Museum, des Beaux-Arts de Bruxelles. Jusqu'à la première guerre mondiale, la collection était accessible au public au palais d'Arenberg à Bruxelles. Nous nous sommes efforcés de recréer cette atmosphère.

- Qui a créé la fondation?
- Je suis le modeste successeur de mon père qui a initié ces démarches culturelles en 1970. Nous avons repris le flambeau avec mes frères, le prince Henri et le prince Etienne. Nos vieilles familles ont une véritable mission à remplir :   rapprocher les gens de leur histoire, de leur culture, pour apprendre à réfléchir à nouveau par nous-mêmes et de manière indépendante, sereine, impertinente. Comme nous avons vécu un peu partout, nous pouvons rassembler les communautés en Allemagne, en France, en Hollande, au Luxembourg, en Autriche, qui sont intéressées, au nom d'un passé commun, à faire l'Europe d'en bas, celle des gens, appelée de ses vœux par la classe politique, mais pas toujours facile à réaliser. Pour cela, il faut s'engager. Je l'ai toujours été, je suis un entrepreneur culturel, un activiste social, un agitateur d'idées.

- Comment la Maison d'Arenberg s'inscrit-elle dans l'histoire européenne?
- Dans nos régions, les ducs d'Arenberg et les ducs de Croÿ partagent cette histoire de "familles de frontière". Un espace qui s'étendait entre le royaume de France et le Saint-Empire romain germanique. Nous avons été bourguignons, espagnols, autrichiens, français, hollandais et maintenant belges. Les Arenberg régnaient sur leur petit duché, au sud de Cologne, jusqu'à ce que la France occupe la rive gauche du Rhin en 1794. Nous avons reçu un nouveau duché souverain, plus grand que l'actuel Luxembourg, mais nous l'avons perdu au Congrès de Vienne en 1815. Ce sont les aléas de cette situation géographique. Du mauvais côté, vous passez à la caisse, victimes de séquestres ou de pertes de souveraineté. En 1298, nous avions déjà des ennuis avec le prince-évêque de Cologne, puis avec les protestants hollandais en 1572 pendant la guerre de Quatre-Vingt Ans, et la Révolution française dès 1794. Enfin les Prussiens et les Hanovriens en 1815...sans parler de ce qui nous est arrivé pendant le premier conflit mondial. Et pourtant, nous sommes toujours là, peut-être doués de neuf vies, comme les chats.

- La vocation européenne de la famille d'Arenberg vient-elle de là?
- A cheval entre plusieurs langues et cultures, il faut apprendre à ménager les autres et cela nous enseigne la modestie. Je ne peux pas concevoir notre avenir sans une Europe fédérale. Cela ne veut pas dire qu'il faille tout centraliser, au contraire. Les cultures régionales et nationales doivent être scrupuleusement respectées. La France et le Portugal ont mille ans d'histoire. Ce passé est impossible à gommer, et ce n'est pas souhaitable. Vive la différence! En revanche, et c'est une conviction, nous devons créer l'Europe de la défense, de la politique étrangère, de la monnaie. Dans ce monde multipolaire dont les gros joueurs sont les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l'Inde et le Brésil,  notre message, si nous ne nous unissons pas, n'intéressera bientôt plus personne.

- Rêver d'un Etat fédéral, n'est-ce pas une utopie à l'heure du réveil des nationalismes?
- Ce que nous avons accompli est déjà remarquable. Aucun autre continent n'y est parvenu. Bien sur, c'est compliqué d'avoir 27 ou 28 élèves dans une même classe. Mais en dépit de toutes les critiques que l'on peut formuler, c'est positif. Je suis optimiste de nature et je pense que nous allons corriger le tir en écoutant davantage à l'avenir les justes revendications de gens qui ne se retrouvent plus dans de trop lointaines constructions administratives. Nous devons nous réengager dans le processus européen, c'est à cela que travaille notre fondation. 

- C'est une Europe géographique ou culturelle? Jusqu'où s'étend-elle?
- Elle ne s'arrête pas au milieu de l'Oural, mais va bien de Lisbonne à Vladivostok. La première tentative de paix à l'échelle européenne est venue du tsar Alexandre Ier de Russie. Tsar vient de César, les Russes se veulent héritiers de l'Empire byzantin, lui-même héritier de l'Empire romain. L'Europe est une communauté de destins basée sur une volonté de faire les choses ensemble. Et imprégnée de christianisme. Comment gommer deux mille ans d'histoire?

- Avez-vous transmis la flamme à vos enfants?
- J'essaie de ne pas trop imposer mon point de vue. Nous avons une fille et deux fils. Natasha, l'aînée, étudie le management hôtelier à Londres, Philippe-Léopold est en biologie à Bristol, et le cadet Alexandre toujours en internat. Les jeunes doivent faire leurs propres armes, vivre leurs expériences. J'aimerais qu'un jour ou l'autre, ils s'intéressent à ce combat pour la culture dans un esprit européen. Mais surtout, sans les forcer. Si ce n'est pas eux, d'autres viendront. L'essentiel est de trouver et d'aider ceux qui feront bouger les choses". 

jeudi 22 novembre 2018

"Léopold II, potentat congolais : l'action royale face à la violence coloniale" (Pierre-Luc Plasman)

                                                   

Cet ouvrage intéressant, bien documenté et objectif est l'adaptation d'une thèse de doctorat en histoire présentée à l'Université Catholique de Louvain en 2015. Ce n'est pas une biographie du roi Léopold II, mais une étude du fonctionnement de l'Etat Indépendant du Congo.

Pierre-Luc Plasman commence par retracer le rêve colonial du souverain qui aboutit lors de la conférence de Berlin de 1885 par la création de l'Etat Indépendant du Congo. Il nous explique ensuite comment travaille le gouvernement congolais à Bruxelles, le rôle des secrétaires généraux, les rivalités et oppositions entre les uns et les autres, les différents canaux d'information du Roi. Il fait de même avec l'administration léopoldienne au Congo. Pierre-Luc Plasman revient aussi sur les atrocités commises que plus personne ne peut nier aujourd'hui.

Après nous avoir expliqué concrètement le fonctionnement de l'Etat Indépendant du Congo, l'auteur détaille les critiques et dénonciations contre les violences, les campagnes de presse anticongolaise qui aboutissent à la création d'une commission d'enquête.  Léopold II décède en 1909 et lègue le Congo à la Belgique.

Quelle est la conclusion de Pierre-Luc Plasman sur ces violences?

"Les massacres ne sont pas ordonnés par le gouvernement léopoldien, mais ils se produisent dans un contexte d'incitation permanente à accroître la production tout en laissant le champ libre aux acteurs sur place. Hauts fonctionnaires territoriaux et directeurs de sociétés abusent largement de leurs prérogatives, tandis qu'agents subalternes et sentinelles africaines intègrent la bestialisation de leur comportement dans leur cadre de travail. Les violences ne se limitent pas aux régies de l'Etat. Elles se déchaînent même avec plus de brutalité dans les concessions, où la productivité permet toutes les exactions. Aussi horribles soient-elles, ces violences de masse ne peuvent pas être qualifiées de génocidaires. De même, la moitié de la population congolaise n'a pas été exterminée. Il existe cependant bel et bien un déclin démographique, dans lequel la terreur et la violence jouent un rôle primordial à côté d'autres facteurs, comme la dénatalité vénérienne".

Sur le rôle de Léopold II, l'auteur fait remarquer son manque d'objectivité : 

"Avec l'âge,  l'esprit et l'intelligence du monarque sont devenus rigides et teintés de misanthropie. A plusieurs reprises, il dénie l'existence des abus et il distingue dans la campagne anticongolaise l'expression d'une frustration de l'impérialisme anglais. Plus généralement, le Roi ne perçoit pas que la source des abus réside dans le système d'exploitation. Dès lors, son appréciation place la responsabilité sur des acteurs collectifs, à savoir les sentinelles africaines, les compagnies commerciales et la force publique. Léopold II se place dans une position défensive et offensive à l'égard des critiques et ne cherche plus dans les dernières années qu'à maintenir sans profonde modification le régime léopoldien. L'appareil étatique n'est pas non plus une pyramide sur laquelle le Roi règne sans partage, mais ressemble plus à une matriochka. Sentant le fil des jours s'écouler, Léopold II désire mettre une touche finale au programme de son règne :  il veut une Belgique plus grande, plus forte et plus belle. Léopold II n'a donc pas cherché à s'enrichir personnellement, même si son train de vie est devenu - quoique tardivement - plus luxueux".

Bref, après avoir lu cet ouvrage, on ne peut plus parler ni de génocide, ni d'œuvre civilisatrice. La vérité historique est plus nuancée et est à mi-chemin entre ces deux extrêmes. Les responsabilités sont nombreuses. Et il faut aussi remettre les faits dans le contexte de l'époque.

lundi 22 octobre 2018

Les Belges à Rome

Un article sur l'église Saint-Julien des Flamands :   http://probelgica-hainaut.blogspot.com/2017/08/carte-postale-de-rome.html

Un article sur l'ambassade belge auprès du Vatican (où notre roi Albert et notre reine Paola se sont rencontrés) :   http://probelgica-hainaut.blogspot.com/2014/04/l-belge-au-vatican.html

Le site Internet de l'Academia Belgica :  www.academiabelgica.it

Et je vous rappelle qu'il est possible de visiter Rome avec la guide belge Blanche Bauchau :   http://journalpetitbelge.blogspot.com/2015/09/visiter-rome-avec-une-guide-belge.html

Bonne visite !