vendredi 23 septembre 2016

186ème anniversaire de la révolution belge

Ce samedi après-midi, la Ville de Bruxelles, l'asbl Pro Belgica et les Volontaires 1830 de Bruxelles co-organisent le 186ème anniversaire de la révolution belge (programme complet :  http://probelgica-hainaut.blogspot.be/2016/08/agenda-186eme-anniversaire-de-l-belge.html)

Petit rappel historique...

Suite au Congrès de Vienne de 1815, le Benelux actuel (Belgique, Pays-Bas et grand-duché de Luxembourg) est réuni pour former un seul pays :  le royaume des Pays-Bas sur lequel règne Guillaume d'Orange.

Le 25 août 1830, à l'occasion des 59 ans de Guillaume d'Orange, a lieu au théâtre de la Monnaie à Bruxelles la représentation de "La Muette de Portici", un opéra en cinq actes qui exalte les sentiments patriotiques en racontant la révolte du peuple de Naples contre la domination espagnole au 17ème siècle. L'enthousiasme monte dès le deuxième acte lors de cette chanson : "Amour sacré de la Patrie, rends-nous l'audace et la fierté. A mon pays, je dois la vie. Il me devra la liberté". Les spectateurs sortent du théâtre en criant "Aux armes" et "Au National". Une émeute éclate, la foule saccage l'imprimerie du "National", journal officieux du gouvernement, et les maisons de plusieurs agents ministériels.

Devant l'inaction des autorités, quelques hommes résolus organisent le lendemain une garde bourgeoise avec Emmanuel van der Linden d'Hoogvorst comme chef. Ils forment des compagnies de volontaires et prennent comme signe de ralliement les couleurs de la révolution brabançonne (le noir, le jaune et le rouge). Le 26 et le 27 août, l'émeute se déplace vers les faubourgs de Bruxelles et tourne à la révolte sociale. La destruction de machines et les vols décident les bourgeois à renforcer la garde bourgeoise qui ouvre le feu sur les pillards. Les premiers morts de la révolution de 1830 sont des Belges tués par d'autres Belges...

Pendant ce temps,  Guillaume d'Orange (informé seulement le 27 des événements!) envoie en Belgique une armée de 6.000 hommes commandés par ses deux fils, et reçoit à La Haye les catholiques Frédéric de Merode, François de Sécus et Emmanuel d'Hooghvorst, et les libéraux Alexandre Gendebien et Joseph Palmaert. Le 30 août, l'arrivée des Hollandais à Vilvorde énerve les Bruxellois qui prennent les armes et élèvent des barricades. Le fils aîné du Roi renonce à un coup de force et fait son entrée dans la ville le 1er septembre avec quelques officiers sous la protection de la garde bourgeoise. Après deux jours de négociations, il repart aux Pays-Bas pour montrer à son père le projet de séparation administrative suggéré par les notables bruxellois. Le prince fait reculer ses troupes des portes de Bruxelles à Anvers.

Mais des émeutes éclatent dans les villes. Des bandes de volontaires s'y organisent et se préparent à rejoindre les patriotes de la capitale (par exemple : un groupe de volontaires part le 4 septembre de Liège, menés par Rogier et accompagnés du célèbre Charlier à la jambe de bois). Le 3 septembre, le Roi signe la démission de son ministre impopulaire Van Maanen. Les députés belges sont convoqués à La Haye le 8 septembre.

Profitant du désarmement de la garde bourgeoise les 19 et 20 septembre, le roi Guillaume ordonne à son fils Frédéric de marcher sur Bruxelles pour rétablir l'ordre. Cette décision enflamme le patriotisme et galvanise la foule. Les renforts arrivent d'un peu partout. Les Hollandais pénètrent dans la ville le 23 septembre et se heurtent à des barricades, au feu nourri des volontaires et à la colère de la population. Le lendemain, les volontaires nomment Juan Van Halen, commandant en chef des patriotes.

Le 26 septembre, la commission administrative devient le gouvernement provisoire, composé d'Alexandre Gendebien, du général baron van der Linden d'Hoogvorst, du baron André Jolly, du comte Félix de Merode, de Charles Rogier et de Sylvain van de Weyer, rejoints deux jours plus tard par Louis De Potter. Le gouvernement provisoire s'attribue tous les pouvoirs jusqu'à la convocation d'une assemblée constituante. Après quatre jours de combat, les Hollandais quittent le parc de Bruxelles dans la nuit du 26 au 27 septembre. La victoire des insurgés provoque l'arrivée des patriotes dans la capitale. Revenu d'exil, Louis De Potter est accueilli en héros le 28 sur la grand-place de Bruxelles. Le 4 octobre, le gouvernement provisoire proclame l'indépendance des provinces belges.

Le 4 novembre, les représentants de l'Angleterre, l'Autriche, la France, la Prusse et la Russie réunis à Londres impose aux Hollandais et aux Belges l'évacuation mutuelle de leurs territoires. Le 10 novembre, le Congrès National vote trois décrets importants :  l'indépendance du peuple belge, la monarchie héréditaire et la déchéance de la famille d'Orange-Nassau. Il rédige ensuite la nouvelle constitution belge.

Le Congrès National propose la couronne de Belgique au duc de Nemours, fils du roi Louis-Philippe, mais son père refuse car il craint l'hostilité de l'Angleterre. Le Congrès National est donc contraint d'instaurer, en février 1831, une régence en la personne du baron Surlet de Chokier. Le 4 juin, ils proposent au prince Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha, veuf de la princesse Charlotte d'Angleterre, de devenir le premier roi des Belges. Il accepte et prête serment le 21 juillet 1831 sur la place Royale à Bruxelles.

38 commentaires:

Carine-Laure Desguin a dit…

Merci pour cette mise au point historique.

edmeedexhavee a dit…

Et les cérémonies m'ont valu le plaisir de te rencontrer à Bruxelles dans notre belle gare centrale, attendant chacun notre train pour rentrer au bercail après une magnifique journée (pas la même :) )... Merci pour toutes ces explications...

L'Optimiste a dit…

il est parfois nécessaire de rafraîchir les mémoires ! Merci à toi, Petit Belge.

youri a dit…

Ce que Petit Belge omet d'écrire, c'est que le Congrès de Vienne s'est tenu à l'initiative des Prussiens et des Anglais afin de créer un État tampon aux frontières de la France quand Napoléon fut défait à Waterloo.
État créé à des fins géopolitiques,état artificiel et contre nature qui regroupait les Pays-Bas de religion protestante et les provinces belges catholiques.
Cette union contre nature ne pouvait qu'engendrer les troubles de 1830 qui debouchèrent sur la naissance d'un autre état contre nature regroupant cette fois deux ethnies certes catholiques mais de culture différente.
On à voulu et on essaie encore de nous faire croire à la grandeur et la richesse d'un tel pays. Quelle tromperie quand on voit comment la Belgïe-que n'en finit pas d'agoniser à coups de coûteuses réformes de l'État qui se succèdent l'une après l'autre alors que la précédente n'a pas finit d'être organisée.
Quand les Flamands auront fini de piller le pays à leur avantage (AVV, alles voor Vlaanderen, AVEVE, tout pour la Flandre) ils passeront à l'étape suivante qui s'appelera confédération, mot pudique pour dire scission.
Il n'y a plus que les belgicains pour refuser de s'apercevoir que le pays est pourri de par sa structure même.
Même la presse francophone commence à comprendre.
Il serait temps qu'on en finisse. Toute année qui passe est une année de perdue.

Un petit Belge a dit…

Youri, quelle est votre définition d'un "Etat artificiel" ? En Europe, selon vos critères, quels sont les "Etats artificiels" et les "Etats non artificiels"?

youri a dit…

Un état artificiel est un État créé de toutes pièces par décision d'autres pour diverses raisons géopolitiques, géostratégiques. Il y avait la Yougoslavie, la Tchecoslovaquie par exemple.
Les autres états se sont constitués au cours de l'Histoire par les unions des puissants ou par annexion suite à un conflit. Ces états sont devenus nations .Là où il n'y a pas d'unité culturelle autour d'une langue par exemple,ça ne fonctionne jamais.
Et comme le Belgium est constitué de deux ethnies culturellement très différentes dont une veut dominer l'autre....

Un petit Belge a dit…

Sans les troubles d'août et septembre 1830 pour lesquels des Belges des quatre coins du pays sont morts (certains d'entre eux reposent d'ailleurs dans la crypte de la place des Martyrs à Bruxelles), la Belgique n'aurait jamais été déclarée indépendante le 4 octobre 1830. Notre indépendance n'a été reconnue que bien plus tard par les grandes puissances qui n'étaient pas très chaudes au départ. Vu la première phrase de votre commentaire ci-dessus, la Belgique n'est donc pas un Etat artificiel. Nous sommes donc d'accord.

La Suisse et la Belgique sont des pays européens où on parle plusieurs langues depuis de nombreuses décennies : ce sont deux preuves que çà fonctionne. Par contre, l'avenir du Royaume-Uni (où on parle l'anglais partout) semble plus menacé. Donc, votre argument autour de la langue ne tient pas.

youri a dit…

La Confédération Helvétique est historiquement bien différente que le Belgium.
Il s'agit d'une réunion de cantons, anciens fiefs issus du Moyen Âge. Ce n'est d'ailleurs qu'une fausse confédération créée par des forces centripèdes alors que la confédération qu'on nous promet comme la solution en belgium alors qu'elle serait issue de forces centrifuges.
Oui l'Ecosse pourrait faire sécession.
Et alors.
Cessez de vous voiler la face.

Un petit Belge a dit…

Youri, vous m'écrivez qu' "Un Etat artificiel est un Etat créé de toutes pièces par décision d'autres pour diverses régions géopolitiques et géostratégiques". Comme je vous l'ai expliqué ci-dessus, ce n'est pas le cas de la Belgique. En effet, sans les troubles d'août et septembre 1830 pour lesquels des Belges des quatre coins du pays sont morts (certains d'entre eux reposent d'ailleurs dans la crypte de la place des Martyrs à Bruxelles), la Belgique n'aurait jamais été déclarée indépendante le 4 octobre 1830. Notre indépendance n'a été reconnue que bien plus tard par les grandes puissances qui n'étaient pas très chaudes au départ. Vu vos propres critères, la Belgique n'est donc pas un Etat artificiel. Nous sommes donc d'accord, et je constate ci-dessus que vous n'avez aucun nouveau argument ou source historique à m'apporter.

Vous m'écrivez "Là où il n'y a pas d'unité culturelle autour d'une langue par exemple, çà ne fonctionne jamais". L'utilisation du terme "jamais" signifie que vous n'avez aucun exemple en tête, mais l'exemple de la Suisse démontre le contraire... Et quoi que vous en pensez, la Belgique fonctionne aussi depuis 186 ans...

Vous me répondez que "La Confédération Helvétique est historiquement bien différente que la Belgique : il s'agit d'une réunion de cantons, anciens fiefs issus du Moyen Age". Mais n'est-ce pas aussi le cas de la Belgique qui est une réunion du comté de Flandre, du comté de Namur, du comté de Hainaut, de la principauté de Liège, etc? Cela fait des siècles que les habitants des quatre coins de notre pays ont une histoire commune lorsque nos provinces faisaient partie des possessions espagnoles, autrichiennes, françaises ou hollandaises. Avez-vous remarqué le lion flamand qui se trouve sur le blason de la province de Namur? Il signifie tout simplement que les comtés de Hainaut et de Namur étaient alliés au Moyen Age...

Bref, désolé mais ces arguments ne tiennent pas la route.

youri a dit…

Vu que vous insistez, je reviens avec quelques éléments que bien entendu vous allez en vitesse dénigrer.
La Belgique n'a jamais été belge et s'il n'y avait pas eu le Congrès de Vienne suite au fiasco de Waterloo, il n'y aurait pas eu 1830. Les provinces que vous énumérez et qui furent bourguignonnes, espagnoles, autrichiennes, françaises..... (liste non exhaustive) , que seraient-elles devenues ?
Je suis résolument d'avis, et vous le savez, que la partie francophone de ce pays appelé Belgique zurait avantageusement trouvé sa place au sein de la France car identitairement, culturellement, c'est là que logiquement elles auraient dû aboutir.
La Principauté de Liège ? Avez-vous un jour entendu parler du St Empire germanique dont elle fit partie ? Savez-vous que la constitution française s'est inspirée de celle de cette Principauté échouée en Belgique ?
Quant à la Suisse....demandez aux Valaisans, aux Vaudois...s'ils apprécient toujours l'hégémonie de leurs compatriotes alémaniques.

Bref, vos arguments sont empreints d'un parti-pris tel que vous ne parvenez plus à discerner que ce pays que vous admirez est en train, depuis 60 ans, de se disloquer, de pourrir de l'intérieur, de faire comprendre à chacun que sa conception était une erreur.
Mais il n'y a pire sourd que celui qui refuse d'entendre.
Pire aveugle que celui qui refuse de voir.

Un petit Belge a dit…

Relisez mon commentaire ci-dessus du 26 septembre. Vous constaterez que je n'y donne nullement mon avis personnel. Je ne fais que réagir à vos propres commentaires sur 1830 et à en corriger les erreurs historiques, me basant sur mes lectures de nombreux ouvrages sur le sujet. Il est très facile d'écrire que "La Belgique est un Etat artificiel créé de toutes pièces par décisions d'autres pour diverses régions géopolitiques et géostratégiques", mais vous êtes incapable de l'expliquer : de quels pays parlez-vous concrètement? Quelle fut leur action concrète par rapport aux événements d'août et de septembre 1830 (d'autant qu'il y avait déjà des mouvement d'opposition depuis 1828, notamment suite à l'exil de Louis De Potter par le régime hollandais)? Quelles sont vos sources historiques pour affirmer qu'un pays étranger est responsable de notre révolution de 1830? En l'absence de preuves, et sur base de vos propres critères, j'en conclus que la Belgique n'est pas un Etat artificiel et que vous vous êtes tout simplement trompé (je ne vous demande pas de partager mon avis, mais d'avoir une explication historique objective et sérieuse sur 1830, basée sur des sources concrètes et fiables).

Youri a dit…

Pouvez-vous me dire quand j'ai écrit qu'un autre pays était responsable de la révolution belge de 1830?
C'est vous qui lisez mal ou essayez à tout prix de me donner tort.
J'ai écrit que lors du Congrès de Vienne en 1815, la Prusse et l'Angleterre ont décidé de créer un état tampon afin de faire rempart à la France.
La France avait en effet une avance en matière de Droits de l'Homme et de démocratie. Même Napoléon n'a jamais renié les avancées acquises par la Révolution.
Cette alliance contre-nature a débouché sur une querelle entre les belges actuels et les néerlandais.
D'où cette révolution séparant les habitants de confessions différentes.
Mais conservant des germaniques et des latins au sein du belgium.
Mes sources sont les livres d'Histoire d'Europe. Les vôtres doivent être issues des livres qui encensent sans critique la Belgique que vous adorez.
A vous lire.

Florence a dit…

Le royaume des Pays-Bas a été fondé lors du congrès de Vienne de 1815 sous le nom de "Royaume-Uni des Pays-Bas". Il rassembla le Benelux ainsi que les colonies néerlandaises. Son premier roi fut Guillaume d'Orange-Nassau, un des vainqueurs de la bataille de Waterloo, l’Angleterre etc… voulant récompenser le vainqueur de Napoléon. Ils donnèrent à ce "Royaume-Uni des Pays-Bas" deux capitales : Amsterdam et Bruxelles.
En 1830, la Belgique actuelle, peuplée de catholiques supportant mal (entre autre) le règne d’un souverain protestant, se souleva et obtint son indépendance du "Royaume-Uni des Pays-Bas" pour former le nouveau royaume de Belgique… Albert 1er, Allemand, héro de l’armée russe contre Napoléon, et marié à une princesse de Galles, était le candidat idéal.
De toute façon, pour moi, les pays du nord de l’Europe ont tous été plus ou moins "fabriqués" à la chute de l’Empire français et contre la France. (Les rois de Suède issus de ce salopard, pour ne pas dire plus, de Jean-Baptiste Bernadotte, en sont un bel exemple.)
Amitiés bretonnes Petit Belge et bon mois d'octobre !
Florence

Un petit Belge a dit…

Réponse à Florence : c'est Léopold Ier (et non Albert Ier) qui est devenu le premier roi des Belges en 1831.

Réponse à Youri : ok, donc si je suis bien le fil de vos commentaires, c'est le royaume des Pays-Bas (1815-1830) qui était un "Etat artificiel" car il a été créé par la Prusse et l'Angleterre pour des raisons géopolitiques. Mais la Belgique n'est pas un "Etat artificiel" car aucun pays étranger n'est lié à la révolution belge de 1830. En effet, notre pays est devenu indépendant grâce aux Belges, tout simplement. L'opposition a commencé à partir de 1828 et s'est amplifié suite à l'exil de Louis De Potter décidé par le régime hollandais. Puis, en août et septembre 1830, des Belges se sont battus contre l'armée hollandaise et certains d'entre eux reposent d'ailleurs à la place des Martyrs à Bruxelles. L'indépendance a été déclarée le 4 octobre 1830, et reconnue seulement ensuite par les pays étrangers. Voilà pourquoi nous ne sommes pas un "Etat artificiel" selon les propres critères de Youri.

Youri a dit…

Vous jouez évidemment sur les mots .

Après avoir été Bourguignons, Espagnols, Autrichiens, FRANCAIS .... voici que PAR LA VOLONTE ETRANGERE nous devenons NEERLANDAIS ce qui suscite la révolte de 1830.
Sans la défaite de Napoléon, pas de Congrès de Vienne (où on décide ARBITRAIREMENT, donc artificiellement, que nous devenons néerlandais) , nous serions demeurés FRANCAIS comme d'ailleurs la région de Dunkerque et de Lille.
Notre culture est française.
Notre façon de penser aussi.
Et c'est aussi à cause des puissances monarchiques étrangères qu'en 1830 la Belgique n'est pas devenue une République.

Il serait temps que les belgicains entrent en analyse afin de démythifier certaines choses.
Car pour moi, les martyrs ne sont pas sous une place à Bruxelles; ils sont en Wallonie obligés de subir les diktats d'une ethnie flamande qui ne les aime pas, qui les brime et suce ce qu'elle peut du pays.
Quand il n'y aura plus rien à sucer, elle quittera ce belgium.
Le plus vite serait d'ailleurs le mieux.

Un petit Belge a dit…

Youri, je ne vous demande pas des hypothèses, des suppositions ou votre avis personnel sur notre pays (je le connais depuis longtemps), mais un peu plus de rigueur historique lorsque vous parlez des événements de 1830 qui étaient l'objet de mon article. Je répète donc ma question : en 1830, quels pays étrangers souhaitaient la fin du royaume des Pays-Bas de Guillaume d'Orange et ont joué un rôle politique pour favoriser l'indépendance de la Belgique?

De même, je suis surpris par votre phrase "C'est aussi à cause des puissances monarchiques étrangères qu'en 1830, la Belgique n'est pas devenue une république". Savez-vous que c'est une décision du Congrès National 1830 où ne siégeaient que des Belges? Alors, de quelles "puissances monarchiques étrangères" parlez-vous concrètement?

Par ailleurs, un peu de respect pour les volontaires de 1830 qui reposent sous la place des Martyrs à Bruxelles et à qui on a rendu hommage le week-end dernier... Une visite de la crypte vous permettrait de vous rendre compte qu'ils venaient des quatre coins du pays. L'union fait la force...

Florence a dit…

Merci de rectifier mon étourderie, car bien évidemment c'est de Léopold 1er que je voulais parler.
Paul et moi te souhaitons un bon mois d'octobre avec nos amitiés bretonnes !
Florence

youri a dit…

Je me suis longtemps demandé s'il fallait encore répondre car devant une telle volonté de ne pas comprendre et de traduire mes propos, .....

Quand ai-je écrit que des puissances étrangères avaient encouragé la révolution belge ?
Les puissances étrangères ont arbitrairement décidé en 1815 que les territoires qui,en 1830 formeront la Belgique, devaient faire partie des Pays-Bas.
De là 1830....
Par ailleurs, il est bien démontré que tous les Pays européens monarchiques ne voulaient pas d'une République belge.

Un petit Belge a dit…

....il est tout aussi démontré que ce sont des Belges qui se sont rebellés à partir de 1828 contre le régime hollandais (notamment à partir de l'exil de Louis De Potter qui a suscité la polémique).

...il est tout aussi démontré que ce sont des Belges (venus des quatre coins du pays)qui ont pris les armes en août, septembre et octobre 1830 contre le régime hollandais.

...il est tout aussi démontré que ce sont des Belges (venus des quatre coins du pays) qui sont morts pour l'indépendance de notre pays, et qui reposent notamment à la crypte de la place des Martyrs à Bruxelles.

...il est tout aussi démontré que ce sont des Belges qui ont proclamé l'indépendance de notre pays le 4 octobre 1830, il y a tout juste 186 ans. Et les puissances étrangères étaient loin d'être chaudes et n'ont reconnu notre indépendance que bien plus tard.

...il est tout aussi démontré que ce sont les Belges siégeant au Congrès National 1830 qui ont rédigé la Constitution belge, qui ont choisi le système monarchique et Léopold Ier de Saxe-Cobourg-Gotha comme premier roi des Belges.

..., et pour toutes ces raisons, on peut donc conclure que la Belgique n'est pas un "Etat artificiel", mais est devenu indépendante suite à la volonté des Belges avant tout. Aucun pays étranger ne nous a aidés....et on ne leur a pas demandé leur avis!!!

youri a dit…

Certes.
Certes.
Comment pourrait-il d'ailleurs en être autrement ?
Et il est tout aussi avéré que Talleyrand avait dit que le Belgium ne durerait pas car c'était une union contre nature.
Il pensait juste que ça arriverait plus vite.
Mais de réformes de l'État en réformes de l'État demandées par vos amis flamands, la fin se profile....
Quand il n'y aura plus rien à sucer de la belgïe-que, vos beste vrienden décideront que ce sera fini.
Et vos martyrs de la place du même nom auront beau se retourner dans leur sarcophage...rien n'y fera.
En attendant, courage, fuyons.

Un petit Belge a dit…

En attendant, notre discussion ne fut pas vaine car vous reconnaissez enfin le rôle central des Belges dans les événements de 1828-1830, et vous ne contestez pas qu'aucun pays étranger ne nous a aidés de quelque manière que ce soit. Nous sommes donc d'accord. Et cela confirme que la Belgique n'est donc pas un "Etat artificiel" pour tous les faits historiques cités ci-dessus.

youri a dit…

Vous connaissez et pratiquez à merveille la Méthode Coué.
Devant tant de parti-pris, de traductions historiques, de refus de prendre en compte l'avis du contradicteur (ouh le vilain ! ), je ne peux que déclarer que votre mauvaise foi n'a d'égal que votre amour immodéré pour une construction nationale faire de bric et de broc.
Courage petit belge quand votre patrie disparaîtra. Votre chute sera douloureuse.

Un petit Belge a dit…

Youri, mon article et mes commentaires ci-dessus ne concernent que les événements de 1828-1830 ayant débouché sur l'indépendance de la Belgique. Je constate juste que vous ne contestez aucun des faits historiques que je cite, et que vous n'avez apporté dans la discussion aucun élément nouveau objectif et sérieux sur la révolution de 1830. Nous sommes donc d'accord.

youri a dit…

Petit Belge.
Vous traduisez les faits comme il vous semble devoir les traduire.
Ma compréhension des faits,tenants et aboutissants vaut bien la vôtre....

Un petit Belge a dit…

Youri, il n'y a rien à "traduire" ou à "comprendre" ; c'est juste une succession de faits et d'événements. Qu'est-ce qui est incorrect dans les faits historiques de 1830 de mon article? Avec quelle(s) phrase(s) de mon article n'êtes-vous pas d'accord concrètement? Avez-vous retrouvé une erreur dans une phrase?

youri a dit…

Petit Belge, vous jouez que les mots et traduisez une réalité à l'avantage d'une Belgique créée naturellement, issue des fins fonds de l'Histoire comme si elle avait toujours existé...
Revenons en 1815. Après la malheureuse défaite de Napoléon (honni par les monarchies européennes car malgré la création du premier empiré, il continuait à propager les valeurs de la Révolution qui avait raccourci la monarchie), le Congrès de Vienne crée l'état tampon dans lequel est inclus la future Belgique.
Création artificielle, créée de toutes pièces,contre nature car deux cultures et deux religions.
Cette création artificielle ne peut que déboucher 15 ans plus tard sur la révolution belge (inspirée d'ailleurs par les révoltes parisiennes à cette époque).
Par déduction, la Belgique est donc y e conséquence de d'être union contre-nature, de cette réunion artificielle voulue par la Prusse et l'Angleterre.
Ce raisonnement n'est pourtant pas difficile à comprendre pour vous, enseignant. J'ai essayé d'être didactique.
Si vous êtes de bonne foi et/ou de bonne volonté, vous devriez comprendre.

Un petit Belge a dit…

Youri, si vous êtes de bonne foi ou/et de bonne volonté, vous n'essaieriez pas de dévier de sujet (pour rappel : le sujet de mon article est la révolution belge de 1830....), et vous répondriez aux questions très simples que je vous ai posées ci-dessus : qu'est-ce qui est incorrect dans les faits historiques de 1830 de mon article? Avec quelle(s) phrase(s) de mon article n'êtes-vous pas d'accord concrètement? Avez-vous retrouvé une erreur dans une phrase?

Suivant vos critères, qu'en est-il du grand-duché de Luxembourg qui faisait également partie du royaume des Pays-Bas créé par le Congrès de Vienne de 1815, et qui est devenu indépendant en 1890? C'est un "Etat artificiel" ou un "Etat non artificiel", et pourquoi?

youri a dit…

C'est pas vrai ?
Vous le faites exprès ou quoi ?
Ça me rappelle la recommandation de mon grand-père qui me disait de ne jamais contredire un enseignant car , par définition vu qu'il enseigne, il est certain de détenir LA vérité.
Bref, il n'est pire sourd que celui qui refuse d'entendre.

Le Grand Duché de Luxembourg aurait en effet dû se retrouver en Allemagne.
Maintenant le concernant, c'est une unité linguistique et culturelle ce qui évite bien des problèmes.

Un petit Belge a dit…

Youri, vous n'avez rien du tout contredit dans mon article sur la révolution belge de 1830... Je vous ai demandé plusieurs fois si vous avez trouvé une erreur dans une phrase de mon article, mais comme vous n'avez pas répondu, je suppose que non. Nous sommes donc d'accord : tous les faits historiques de 1830 que je cite, sont corrects.

youri a dit…

Où ai-je prétendu qu'ils ne l'étaient pas ?
Quant à ma question, elle attend toujours réponse aussi.
Le belgium n'est-il pas la conséquence directe de la création d'un état artificiel en 1815 et donc forcément lui-même contre-nature ?
Une révolte des cathos contre des protestants et des francophones contre des néerlandophones (car vous ne nierez pas, quoique je doute, que la bourgeoisie flamande qui a aussi participé à cette révolte contre le Hollandais, s'exprimait en français ?

Un petit Belge a dit…

Youri, il y avait déjà eu une révolution brabançonne et une proclamation des brefs Etats-Belgiques-Unis à la fin du 18ème siècle...donc avant le Congrès de Vienne de 1815. La volonté d'indépendance des Belges existait déjà avant 1815... (et n'est donc pas une conséquence de celui-ci).

Et concernant la deuxième révolution (celle de 1830), savez-vous que 100 communes des quatre coins du pays ont envoyé des volontaires à Bruxelles pour se battre contre l'armée hollandaise? Ces 100 communes ont ensuite reçu un drapeau d'honneur 1830 (que certaines d'entre elles ont toujours). Vous trouverez la liste sur le blog de l'asbl Pro Belgica Hainaut : http://probelgica-hainaut.blogspot.com . Consultez aussi le site www.b1830.be où vous trouverez la liste des Belges morts de la révolution et enterrés à la place des Martyrs à Bruxelles. Vous constaterez qu'ils venaient des quatre coins du pays. C'était bel et bien une révolution nationale des Belges (à laquelle la bourgeoise francophone de Flandre y a participé, comme d'autres couches sociales) qui a abouti à notre indépendance proclamée le 4 octobre 1830, sans l'aide d'aucun pays étranger.

Vous voulez encore d'autres renseignements sur la révolution belge de 1830? Cela confirme une nouvelle fois que la Belgique est loin d'être un "Etat artificiel" créé par les grandes puissances. Notre indépendance est le fruit de la volonté des Belges.

youri a dit…

La volonté des belges ?
Suite au fait que les nations étrangères les aient associés contre nature à la Hollande.
Mette, pourquoi Napoléon fut-il battu à Waterloo ?

Un petit Belge a dit…

Youri, vous savez très bien que depuis le Moyen Age, nos provinces ont été sous domination espagnole, autrichienne, française ou hollandaise, que cela ne s'est pas toujours bien passé car le centre de décision de notre vie quotidienne était bien loin de la Belgique. A la fin du 18ème siècle, il y a déjà eu une révolution brabançonne où la cocarde tricolore noir-jaune-rouge est d'ailleurs apparue comme signe de ralliement. Elle a abouti aux très brefs Etats-Belgiques-Unis qui n'ont pas duré car l'armée autrichienne est ensuite revenue en force. Nous aurions donc déjà pu être indépendants à la fin du 18ème siècle suite à notre première révolution (moins connue que la deuxième car elle n'a pas abouti).

Quant à notre deuxième révolution en 1830, oui, elle est le fruit de la volonté des Belges car aucun pays étranger ne nous a aidés (vous l'avez d'ailleurs confirmé), car un mouvement d'opposition a commencé dès 1828 (notamment suite à l'exil de Louis De Potter qui a suscité la polémique), car des Belges des quatre coins du pays se sont battus contre l'armée hollandaise, car 100 communes ont envoyé des volontaires pour les aider, car certains d'entre eux sont morts et reposent dans la crypte de la place des Martyrs. Alors, oui, désolé, l'indépendance de la Belgique que nous avons acquise le 4 octobre 1830, nous ne la devons qu'à nous-mêmes.

Vous voulez d'autres renseignements sur la révolution brabançonne et la révolution de 1830? A noter à votre agenda : la prochaine commémoration de la révolution belge de 1830 aura lieu prochainement à Berchem dans le cimetière où repose le prince de Merode qui est mort lors des combats. Et oui, 1830 fut bien une révolution nationale à laquelle toutes les couches de la population ont participé, venus des quatre coins du pays.

youri a dit…

J'ai commencé l'apprentissage du langage des signes afin de vous expliquer d'une autre manière prochainement.
Le prince de Merode ? L'ancêtre de l'amant de Paola ?

Youri a dit…

J'ai retrouvé cet article du VIF datant d'une année ....
A défaut de langage des signes .

PARTIE UN

Comment la Belgique a manipulé le passé pour se créer une Histoire

Pierre Havaux
Journaliste


11/11/15 à 10:26 - Mise à jour à 10:26

Source: Le Vif/l'express

Fragile à la naissance, la Belgique de 1830 se persuade d'avoir toujours été inscrite dans les astres. Avec la Flandre médiévale pour foyer et le passé wallon relégué dans l'ombre. Plier les faits historiques à la volonté patriotique exige de maquiller et de manipuler le passé. Retour sur une histoire bien belge.




Comment la Belgique a manipulé le passé pour se créer une Histoire




On pouvait rêver mieux comme démarrage dans la vie. A peine engendrée par une révolution en 1830, la Belgique doit convaincre que sa place dans le concert des nations n'est pas usurpée. Comment être prise au sérieux et faire taire les sceptiques, si ce n'est en se donnant une raison d'être, ancrée dans la nuit des temps ? Etoffer le CV s'impose pour réfuter l'odieux soupçon qui plane dans nombre de capitales d'Europe : la Belgique ne serait qu'un Etat artificiel, sans racines.

Calomnie ! "Non, la Belgique n'est pas un accident de l'Histoire. Voilà la mission que les élites dirigeantes et académiques du jeune Etat qui accède à l'indépendance assignent aux historiens pendant près d'un siècle", relève Hervé Hasquin, secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Belgique. Le pouvoir bat le rappel des spécialistes du passé, souvent autodidactes. On les charge de démontrer coûte que coûte que cette Belgique de 1830 n'est pas surgie de nulle part, qu'il y a bien "une permanence belge" à travers les siècles. Et que les Belges, sous tous les régimes, n'ont jamais cessé de l'être.

Ce travail acharné de persuasion se prolongera jusque dans les années 1950, à travers une éloquente collection de chromos voués à "nos Gloires", qui sort aujourd'hui de l'oubli. Les historiens en service commandé s'appliquent avec zèle et avec la bénédiction d'une Eglise catholique prête à soutenir corps et âme toute entreprise de (contre-)vérité historique, pourvu qu'elle préserve la Belgique naissante d'une France républicaine et laïque autant que du protestantisme batave. La croisade ne s'annonce pas très orthodoxe. Il va falloir plier les faits historiques à la volonté patriotique, manipuler ou maquiller certains pans du passé. Nécessité fait loi.

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PARTIE DEUX


De quel bois l'ancien Belge était-il donc fait ? C'est l'air du temps qui en décide. Au XIXe siècle, l'humeur ambiante est franchement gallophobe et hostile à la France. Puisqu'il veut prouver qu'il ne doit rien à cet encombrant voisin, le Belge sera décrété d'origine... germanique. On exhibe des documents prétendument irrécusables pour soutenir que Wallons et Flamands sont bien frères par le sang. Un érudit peut ainsi affirmer sans rire, en 1878, que "la Belgique, sortie toute entière de la Germanie depuis dix siècles, peut dire avec orgueil qu'un sang pur coule dans les veines de ses enfants". Paré de telles racines, le Belge se retrouve immunisé contre toute assimilation forcée qu'entreprendrait une France menaçante.

Mais la ficelle est un peu grosse et la piste finit pas se dégonfler. La question linguistique, qui pointe le bout du nez, met à mal le dogme de l'unité foncière de la "race" belge. Le cap du XXe siècle est délicat à aborder pour l'Etat belge. Contestation sociale et tensions internationales croissantes : le fond de l'air est frais. Désemparées par la tournure des événements, les élites politiques francophones appellent à nouveau l'Histoire et ses érudits à la rescousse de la patrie jugée en danger.

Changement de registre. Place à la théorie de deux peuples distincts : les Wallons, raccrochés à un rameau celtique, voisinent désormais avec les Flamands, maintenus au rameau germanique. Pas de panique : ce mélange harmonieux de germanité et de romanité tient admirablement la route. Un vrai miracle, qu'un brillant juriste nommé Edmond Picard croit pouvoir attribuer, à l'extrême fin du XIXe siècle, à une "âme" authentiquement belge, imperméable à l'usure du temps.

Picard, qui est aussi parlementaire libéral puis socialiste, est ainsi en mesure d'attester que cette âme indestructible a au moins fait merveille sur deux champs de bataille. A Worringen en 1288, où les Brabançons l'emportent sur une coalition de princes d'Entre-Meuse-et-Rhin et refusent ainsi de se laisser assimiler par l'Allemagne. Puis en 1302 à Courtrai, où les communiers flamands prennent le dessus sur la chevalerie française de Philippe le Bel et empêchent la Flandre d'être livrée à la France. Français et Germains sont ainsi renvoyés dos à dos : CQFD.

L'essentiel est sauf, commente Hervé Hasquin : "Il faut démontrer, à toutes les époques de leur histoire, l'indifférence des habitants qui ont occupé le territoire belge à l'égard des considérations linguistiques." Que Flamands et Wallons s'expriment dans des idiomes différents ne change rien à cette certitude : l'âme belge existe, à nulle autre pareille, elle est reconnaissable entre toutes par le goût de la mesure et du travail, l'individualisme, l'esprit d'association et l'amour de la vie confortable...

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PARTIE TROIS

Un passé aussi glorieux a besoin de visages, de héros en qui s'incarner. On en exhume à profusion, leur lieu de naissance fait office de passeport. Ambiorix, Clovis, Godefroid de Bouillon, Pierre l'Ermite, une foule d'autres régionaux de l'étape, sont "naturalisés" belges, enrôlés sans discussion sous la bannière noir-jaune-rouge. Sans doute, avec le recul, tant d'audace paraît manquer de sérieux. Mais c'est l'époque qui veut ça, tempère Hervé Hasquin : "Beaucoup considèrent encore l'Histoire comme un genre littéraire." Il autorise quelques divagations, pour peu qu'elles soient joliment formulées.

Il ne manque aux thèses de Picard qu'un habillage scientifique. Henri Pirenne sera ce chaînon manquant décisif, l'historien brillant qui va donner ses lettres de noblesse à cette "âme belge". Ce Verviétois qui professe à l'Université de Gand frappe un grand coup : sa monumentale Histoire de Belgique, en sept volumes publiés entre 1900 et 1932, le transforme en un phénomène durable de librairie. Elle en fait "le père fondateur du sentiment national belge", attendu comme le Messie par les ardents défenseurs de la patrie.

L'oeuvre de Pirenne, d'une érudition sans faille, révolutionne les codes de la recherche historique. Elle coule dans le marbre cette vérité historique : "La Belgique est une nécessité de l'Histoire, non un accident." Oui, affirme l'historien, il existe bel et bien "une civilisation belge", "des territoires belges", "un peuple belge".

Et ce "miracle" belge a eu pour épicentre la Flandre médiévale, identifiée comme le moteur de l'unification de la Belgique. Cette Flandre urbanisée qui brillait au Moyen Age par son commerce, sa prospérité, la vitalité et l'indépendance de ses villes, partage bien des traits communs avec la Belgique industrielle du XIXe siècle qui joue dans la cour des plus grands. Il s'en est fallu de peu pour que cette magnifique réussite ne se brise en 1302, à la bataille des Eperons d'Or : en cas de victoire française à Courtrai, pas de Belgique possible dans l'avenir. Les prolétaires flamands ont bien mérité de la patrie....

Tout s'emboîte, tout s'enchaîne, tout s'éclaire, sous la plume brillante de Pirenne. La part de hasard et d'accidentel dans le déroulement des faits s'efface. "Ce devait être ainsi", et pas autrement, résume Hervé Hasquin : "Voilà l'histoire "officielle", politiquement correcte, celle qui cadenasse le discours historique dans les manuels d'histoire, imprègne l'enseignement universitaire francophone et la formation des enseignants (voir page 52)." Mais elle a l'immense mérite de rassurer : "Belges, ayez confiance, ne craignez rien, vous n'êtes pas surgis de nulle part."

Pirenne superstar, intouchable, domine de la tête et des épaules la science historique des quinze années qui précèdent la Première Guerre mondiale. Son Histoire de Belgique se doit de trôner dans la bibliothèque de toute famille bourgeoise qui se respecte, elle devient la Bible des unitaristes et des milieux gouvernementaux francophones de plus en plus aux abois. La Cour, sous le règne d'Albert Ier, tombe immanquablement sous le charme de ce qui devient la dynastie Pirenne. Car Jacques marche sur les traces de son illustre père, il devient le précepteur du futur Léopold III et en sera l'influent secrétaire particulier.


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PARTIE QUATRE

La Grande Guerre n'interrompt nullement le fil de cette belle histoire. L'historien gantois exulte même, au sortir de l'épreuve de 14-18 : l'héroïque sursaut de la pauvre petite Belgique, qui a fait front face à l'agresseur allemand, ne lui donne-t-il pas raison ? Seule une nationalité belge forgée au cours des siècles a pu nourrir un tel sens du sacrifice et soutenir une résistance aussi extraordinaire.

C'est en toute bonne foi que Pirenne met au service de la patrie sa "construction historique", expression qu'il revendique sans fard. Et c'est avec véhémence qu'il écrase toute concurrence qui s'aviserait de soutenir l'hérésie d'un Etat belge artificiel ou de s'appesantir sur les tensions et rivalités linguistiques ou régionales. Remettre en cause les théories du maître est historiquement incorrect, car suspecté de porter atteinte à l'unité du pays.

Or, la révolte gronde. Les militants wallons se sentent les grands floués dans toute cette histoire qui réserve le beau rôle à la Flandre et relègue dans l'ombre le riche passé des principautés wallonnes, ils s'insurgent contre ce récit qui leur impose l'assimilation du "génie belge" au "génie flamand" jusque dans les arts. On préfère honorer le peintre tournaisien du XVe siècle Rogier de La Pasture sous son nom néerlandais de Rogier van der Weyden ? Trop is te veel. "Nous ignorons tout de notre passé wallon", se désole le député socialiste Jules Destrée dans sa célèbre Lettre qu'il adresse au roi Albert Ier en 1912.

Les Liégeois sont les plus remontés. Le retour en grâce des ducs de Bourgogne sous la plume de Pirenne les offusque : comment oser porter aux nues la politique unificatrice de ces princes bourguignons qui se sont rendus coupables, sous Charles le Téméraire, des terribles sacs de Liège et de Dinant en 1468 ?

C'est pourtant la Flandre qui, la première, largue Pirenne. Ingrat foyer de la civilisation belge, qui n'attend pas la disparition du grand historien, le 25 octobre 1935, pour commencer à lui tourner le dos. Pirenne suit ainsi de peu dans la tombe Albert Ier, le Roi-Chevalier, disparu en 1934. "Deux symboles puissants d'une Belgique idéalisée et fantasmée, par les francophones à coup sûr, s'effaçaient du paysage", observe Hervé Hasquin.

Sans états d'âme, la Flandre tire un trait sur ce lourd héritage pour se trouver d'autres racines. La première Geschiedenis van Vlaanderen, limitée au territoire flamand, voit le jour un an après la mort de Pirenne, dont l'Histoire de Belgique, enfin traduite en néerlandais au milieu des années 1950, devient vite invendable. Le "pirennisme" résistera mieux et plus longtemps chez les historiens francophones, dominés par la crainte que l'histoire ne dérape dans une version antibelge. Quatre-vingts ans après sa disparition, si Pirenne revenait sur terre...

Déconstruire la Belgique ? Pour lui assurer un avenir ?, par Hervé Hasquin, Académie royale de Belgique, 2014.

Par Pierre Havaux

http://www.levif.be/actualite/belgique/comment-la-belgique-a-manipule-le-passe-pour-se-creer-une-histoire/article-normal-420745.html