lundi 24 septembre 2018

Exposition Alfredo Longo à Mons

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Depuis Mons, capitale culturelle européenne en 2015,  le rond-point du bois d'Havré à l'entrée de la ville est décoré d'un cœur géant en canettes réalisé par l'artiste montois Alfredo Longo. Jusqu'au 4 novembre, la Salle Saint-Georges (située à côté de l'hôtel de ville) propose une rétrospective de ses oeuvres.

Alfredo Longo a répondu aux questions du journal "La Province" :

"Pour la première fois, une rétrospective vous est consacrée, dans un espace où vous aviez exposé vos premières sculptures en carton, il y a 27 ans?
- C'est vrai, c'est pour moi une sorte de retour aux sources. Avant d'en venir aux canettes, j'ai fait des expérimentations sur des déchets de carton. Une des pièces est d'ailleurs visible au début du parcours de cette rétrospective. A l'époque, je récupérais des cartons du monde entier dans les grands magasins et je les triturais dans mon atelier. J'avais exposé cette première sculpture hyper-réaliste qui avait choqué. Elle représente un personnage humanoïde casqué, qui ressemble à un accidenté de la route. Le public avait trouvé cette oeuvre agressive. En outre, les gens ne comprenaient pas la démarche car en sculpture, les matériaux nobles sont le bois, le bronze et les métaux. J'étais un précurseur du recycl'art. 

- Ce n'est qu'en 2006 que vous vous êtes tourné vers les canettes en aluminium. Comment cette matière première s'est imposée à vous?
- Je parcourais la ville en voiture et j'ai été saisi par les couleurs chatoyantes des canettes au bord de la route. A ce moment-là, je voulais me remettre à la sculpture mais j'étais frustré par le caractère éphémère du carton. L'avantage de la canette, c'est qu'elle met jusqu'à 500 ans à se dégrader. Au départ, c'est l'esthétique des canettes qui m'a attiré. Car c'est un objet universel, qui suit la mode et qui me donne le sentiment d'être en connexion totale avec le présent et le mode de vie des gens. Cela ne serait pas le cas, si je travaillais le bronze, par exemple.

- La canette est un objet iconique de la société du tout-jetable. Au-delà de la démarche esthétique, on perçoit aussi une réflexion critique sur le consumérisme?
- Cette réflexion m'est seulement venue au bout de deux ans de travail, car au début, j'allais chercher moi-même mes canettes dans des snacks et des friteries. Mais quand j'ai vu la quantité colossale de canettes que les citoyens m'apportaient, je me suis dit qu'il se passait vraiment quelque chose... C'était comme si les gens me faisaient un don en étant conscients que j'allais mettre ce don en valeur. En recyclant leurs déchets, ils participent à une oeuvre d'art. Cela donne une certaine noblesse au geste. Je trouve cela génial quand l'oeuvre est le fruit d'un travail collectif et non pas de la créativité d'un seul homme. Souvent, l'artiste est quelqu'un de solitaire dans son atelier. Moi, j'éprouve une joie immense en voyant des anonymes s'investir dans l'une de mes pièces. D'ailleurs, les gens peuvent toujours m'apporter leurs canettes consommées à mon atelier au 326bis, chaussée du Roeulx à Mons. Pour l'instant, je suis en manque de canettes!

- Le grand public vous a surtout découvert lors de Mons 2015 grâce au cœur monumental au rond-point du bois d'Havré. La question que doivent se poser beaucoup d'automobilistes :  pourquoi un cœur à cet endroit?
- Parce qu'il est au bois d'Havré et que c'est pour moi la plus belle entrée de la ville. Le bois change de couleur au gré des saisons et ce cœur resplendit avec le soleil et il est visible de loin. Il pousse les automobilistes à ralentir car il est éclairé la nuit. Il y a beaucoup moins d'accidents depuis qu'il est installé là. Le cœur, c'est une symbolique d'amour :  l'amour entre deux êtres, l'amour filial, l'amour de la terre... On accueille les étrangers avec le cœur et on leur dit au revoir avec le cœur. Ce cœur, c'est aussi celui de la planète. Cette planète qui nous donne et qui a des émotions. Quand on voit tous les désastres climatiques, ça lui fait mal à notre terre. Si elle se révolte, c'est peut-être à cause de nous. Alors, ne la détruisons pas, préservons-la !

- Après cette rétrospective, quels sont vos projets? Comptez-vous travailler avec d'autres matières que la canette?
- Les PMC m'intéressent car il y en a en abondance. Nos océans en sont remplis. Si je faisais un monumental en PMC, peut-être que les gens en prendraient conscience? On verra... Je me laisse guider par mon instinct. Je m'attelle en ce moment à terminer une oeuvre pour une entreprise mécène, un grand groupe intérim en France qui a adopté ma philosophie. Cette société redonne une deuxième vie aux travailleurs que l'on jette. Quand ils ont vu que je redonnais vie aux canettes, ils ont tout de suite perçu le point commun entre nous".

2 commentaires:

Philippe DEBIEVE a dit…

Je passe au moins une fois/semaine par ce rond point très original, il est aussi un peu avant la montée vers l'autoroute E42 en direction de Bruxelles et/ou Namur... merci pour ce bel article Petit Belge.

Célestine ☆ a dit…

Je suis allée jeter un oeil à ces coeurs, ces bouches monumentales, j'aime beaucoup.
merci pour la découverte Petit Belge
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