vendredi 26 novembre 2010

Remarque du professeur Hendrik Vos (UGent)

Les débats de ces derniers jours démontrent qu'une scission de la Belgique est possible, mais que le processus serait complexe et difficile. Il nécessiterait plusieurs années de négociations (donc pas du tout le scénario "Bye Bye Belgium" imaginé en décembre 2006 par la RTBF).

Parmi les nombreuses questions qui seraient à régler, voici une remarque judicieuse d'Hendrik Vos, professeur à l'Université de Gand/Gent, dans la dernière revue trimestrielle de l'asbl BPlus : "Et si jamais la Flandre proclame son indépendance? Qu'en est-il de sa position au sein de l'UE? Il n'y a aucun scénario fixe. On avait déjà posé cette question au Parlement Européen après le succès électoral du Scottish National Party : supposons que l'Europe réclame son indépendance, est-ce qu'elle va rester membre de l'Union Européenne? L'ancien président de la Commission Européenne Romano Prodi répondait que c'était logique qu'à ce moment-là, l'Ecosse fut exclue de l'Union Européenne, mais pourrait quand même introduire une demande pour redevenir membre. Sans aucun doute, les négociations seraient très faciles et le nouveau pays serait membre de l'Union Européenne très rapidement. A condition, bien entendu, qu'il réponde à tous les critères. Est-ce que la Flandre répond à tous les critères pour devenir membre rapidement? Oui, à un seul critère près. La Flandre n'a jamais ratifié la convention des minorités du Conseil de l'Europe de crainte que la minorité francophone autour de Bruxelles puisse revendiquer des droits que la Flandre ne veut pas donner. En conséquence, ce serait impossible pour la Flandre de devenir membre de l'Union Européenne. En d'autres termes, si la Flandre se détache de la Belgique parce qu'elle a des problèmes avec les francophones, elle serait obligée de donner des droits supplémentaires aux mêmes francophones pour se rallier à l'Union Européenne..."

17 commentaires:

viviane a dit…

Un si petit pays qui pourrait encore se scinder,...un non sens,...tous les couples passent par des crises, mais ne se séparent pas forcément,...il doit bien y avoir un terrain d'entente ? Ou alors la Belgique ne serait pas une démocratie,...? ! ?

Paloma a dit…

C'est comme chez nous avec la Catalogne, le Pays Basque espagnol, à quoi bon tout ça? Bisous.

Pierre-Jean a dit…

Il y a aussi de nombreuses autres difficultés pour une scission de la Belgique et que j'ai lu il y a quelques mois, se séparer serait sans doute plus difficile que de rester uni, et puis quel manque de crédibilité par la suite, comment faire confiance à un État qui a fait scission pour de simples questions de langue, un ensemble qui se sépare par rejet de l'autre, tout le contraire de l'esprit européen en tout cas.

Youri a dit…

Pierre-Jean:
le problème belge est bien plus qu'une "simple" question linguistique. C'est une question d'hégémonie d'une ethnie sur une autre.
Un ami congolais me disait récemment que , transposé chez lui, le problème belge aurait déjà provoqué mort d'hommes à coups de machettes.

Les raisons proposées ces derniers jours pour imaginer que la scission du pays est impossible sont de plus en plus nombreuses, à croire que ça sent vraiment le roussi et qu'une certaine partie du pays tend à se rassurer.
Il était aussi impossible d'imaginer en son temps la chute de l'empire soviétique, la réunification des Allemagne.
Tous les pays créés artificiellement depuis deux siècles à des fins géo-politiques ont disparu. Ne reste que .... la Belgique.

carine-Laure Desguin a dit…

Merci Vincent, tu relates mieux les choses que le journal télévisé ...Tu as l'art de résumer et clarifier la situation ! Dommage que notre bon roi ne te connaisse pas ! Il te choisirait et tu deviendrais le premier bloggeur-clarificateur gouvernemental post-élections !!!

Un petit Belge a dit…

Youri,

1° Oui, la Belgique est un Etat artificiel car son indépendance a été votée par le Congrès National en 1830 (et non par un référendum). Mais la plupart des pays sont des Etats artificiels nés d'une volonté royale ou politique.

Est-ce que les rois de France ont demandé l'avis du peuple lorsqu'ils ont petit à petit constitué le royaume de France? Non.

A-t-on demandé l'avis des Luxembourgeois en 1890 lorsque le grand-duché est devenu indépendant...car le roi des Pays-Bas n'avait pas d'héritier mâle? Non. Et oui, ce pays s'est séparé des Pays-Bas juste pour cette raison.

Je vous renvoie à mon article du 15 mars 2010 : http://journalpetitbelge.blogspot.com/2010/03/la-belgique-est-elle-un-etat-artificiel.html

2° L'intérêt du débat de ces derniers jours est de ne pas s'être basé sur des critères sentimentaux ou nostalgiques, mais de s'intéresser à des dossiers concrets. Leur conclusion est qu'une éventuelle scission de la Belgique ne se passerait pas en une soirée (comme l'avait imaginé "Bye Bye Belgium" sur la RTBF en 2006), mais nécessiterait plusieurs années de négociations complexes et difficiles, cette période transitoire ayant des conséquences négatives sur le plan économique. Personne en Flandre n'a apporté de réponse concrète à la remarque judicieuse d'Hendrik Vos. Quant aux autres pays que vous citez en exemples, ils n'avaient pas de capitale commune à séparer ; la comparaison ne tient donc pas la route.

Pierre-Jean a dit…

Youri, comparer le Congo à la Belgique, je trouve cela assez douteux, la Belgique a une histoire différente de cet État africain et justement elle est dans l'UE, les coups de machette, image qui renvoie à une forme de violence que nous avons connu en Europe lors des deux dernières guerres, n'est heureusement plus d'actualité, c'est donc en prenant en compte le contexte européen et l'évolution de notre civilisation que la séparation de deux communautés pour les raisons que nous connaissons, semble très difficile à réaliser, le rejet de l'autre, de nos jours et en Europe, serait très mal perçu par la communauté internationale et les institutions européennes, et même par les États européens pris à part, la Flandre n'est pas l'Écosse, ou bien la Catalogne, il en est de même pour la Wallonie; bref, quelle crédibilité en tirer, le ridicule ne tue pas, mais quand même...

Youri a dit…

Certes "comparaison n'est pas raison".
De là à clamer que la scission ne pourrait arriver me semble trop présomptueux.
Voyez-vous, il ne faut jamais dire "jamais". Malheureusement, beaucoup ont la prétention de se retrancher derrière ce mot pour occulter le possible voire le probable.
Par ailleurs, beaucoup (les mêmes sans aucun doute) préfèreraient n'importe quelle compromission pour conserver béatement un pays dans lequel la Wallonie et Bruxelels sont déjà considérés comme une colonie de la Flandre (vous voyez qu'on n'est pas si éloigné du Congo).
Quant à l'excuse bruxelloise, elle est bien commode parce qu'elle rassure. La scission du pays ne s'effectuera évidemment pas comme dans une fiction télévisée et quand les instances internationales (ONU ? Europe ?) devront s'en mêler, le "problème" que crée Bruxelles sera beaucoup moins insoluble croyez-moi.

Un petit Belge a dit…

Youri, Bruxelles n'est pas une excuse mais une réalité dont il faut tenir compte et qui a son importance dans les actuelles négociations. Si les instances européennes doivent un jour s'occuper de la scission de la Belgique, je ne suis pas convaincu que des pays comme l'Espagne ou la Grande-Bretagne (confrontés eux aussi à des problèmes nationalistes) vont vouloir que les choses se passent rapidement et facilement... Ces deux pays auront tout intérêt à montrer à leur propre opinion publique qu'une scission d'un pays est difficile à mettre en oeuvre.

Bref, comme tous les spécialistes consultés ces derniers jours (tant du nord que du sud, de toutes couleurs politiques) l'ont démontré, oui, la scission de la Belgique est possible, mais ce processus serait difficile et complexe, et nécessiterait plusieurs années de négociations. Et jusqu'à présent, on n'avait pas beaucoup parlé de cet aspect du problème.

Edmée De Xhavée a dit…

Tiens, je trouve cette remarque bien intéressante: La Flandre devrait finalement en faire "encore plus"... ;)

Youri a dit…

Petit Belge;

Je n'ai JAMAIS dit que ce serait simple. Ce sera compliqué mais ce sera la dernière fois.

Par ailleurs, l'Europe a peur de troubles qui pourraient se dérouler en son intérieur.
Elle n'aime pas non plus le déséquilibre et est parfaitement consciente que le problème belge ne s'arrêtera qu'avec la dissolution du pays.

Quand l'économie de la Belgique sera un danger pour l'Europe et qu'il n'y aura toujours personne pour redresser la barre du bâteau qui coule, ce sera obligatoire qu'elle intervienne.
L'Espagne et la GB gémiront pour le principe mais comme toujours ce seront la France et l'Allemagne qui décideront. Et n'oubliez pas que la France a accepté sans rechigner voire même en l'encourageant la réunification allemande.

Mais cela, j'en conviens, est de la politique fiction (plus très lointaine sans doute).
Actuellement, il y a un pays bloqué, impossible à débloquer et même si on y arrivait, Van Rompuy (il n'est pas de la NVA lui pourtant)a déjà annoncé que ce serait pour 6 ou 7 ans. Ensuite, ça recommencera comme ça a toujours recommencé depuis 1963.

Delphine a dit…

Et bien, moi j'aime ce que tu soulignes: la Flandre qui revendique l'Europe des régions et en serait exclue, ça me fait bien rire!

jacques robert a dit…

je ne crois pas qu'on en soit là ! Mais des négociations sont toujours un moment particulier de musculation des forces en jeu !

Youri a dit…

J'aime le mot ..."MOMENT" ....

Laura a dit…

je passe te souhaiter un bon dimanche
gros bisous
Laura

Anonyme a dit…

bonjours le grand Belge
Je suis persuadé que personne ... même Bart - ne cherche cette scission ...
mais que les positions catégoriques prisent aujourdiui ne sont en fait qu'un moyen pour enfin ouvrir l'orreille de l'autre côté a un dialogue recherché en vein depuis tant d'années
vraiment impossible de trouver comment faire d'autre que anonyme pour mettre mes comments chez toi :-(
http://pietflour.aminus3.com/

delphi64 a dit…

Je trouve ton post très intéressant dans son approche technico-européen.
J'espère que du bien pour la Belgique !
Amicalement.