lundi 10 décembre 2018

Les 80 ans de l'acteur Jean-Claude Drouot

                                 Jean-Claude Drouot

L'acteur belge Jean-Claude Drouot a répondu, il y a quelques jours, aux questions des quotidiens du groupe Sud Presse :

"Comment vous sentez-vous à 80 ans?
- La santé, ça va. C'est un étrange moment, ce seuil. Un maître comme Louis Jouvet que je n'ai pas connu est parti à 63 ans!  Aujourd'hui, dans les journaux, je regarde l'âge des gens célèbres qui disparaissent...et je suis en première ligne!  Mais l'énergie théâtrale est restée intacte. Je reçois de plus en plus de compliments de mes camarades sur ma pêche et ma grande faculté de concentration. Un de mes professeurs disait :  "Le théâtre, c'est la santé".  Là, je ne suis pas éteint. Ma femme est morte il y a un an. Mon tombeau est là. Je suis prêt dans ma tête, mais j'ai encore des choses à faire et je peux encore progresser dans mon métier.

- Que diriez-vous aujourd'hui au gamin qui jouait Thierry La Fronde?
- Qu'il a eu raison d'abandonner le rôle après les 52 épisodes tournés. Si je ne l'avais pas fait, vous ne me demanderiez pas de mes nouvelles. A l'époque, personne n'a compris que j'arrête en pleine gloire. Mais j'ai perçu le danger de rester enfermé. J'ai du reste agi ainsi aussi en ne demandant pas la reconduction de mon poste de directeur du Théâtre National de Belgique ou en quittant la Comédie Française après deux ans. C'étaient pour les mêmes raisons : un besoin d'indépendance... Mais aujourd'hui, je sais que ma nécrologie est prête et qu'elle sera : "Notre Thierry La Fronde est parti!".

- Pourquoi dites-vous que si vous ne l'aviez pas laissé, on ne vous demanderait pas de vos nouvelles?
- Les gamins qui regardaient le feuilleton sont aujourd'hui au bord de la retraite. Mais quand ils m'en parlent, le personnage est resté, à leurs yeux, tout à fait intact. Il est resté protégé, c'est lui tel qu'ils l'ont découvert il y a 55 ans. Ca me réjouit et je ne crois pas que ce serait le cas si j'avais continué le feuilleton comme tout le monde le voulait. J'ai dit :  "Merci, mais maintenant, je vais apprendre mon métier". Ce n'était pas une galéjade. Thierry n'était pas un rôle de composition, c'était le jeune homme que j'étais, plein de fougue et d'enthousiasme!  Je ne voulais pas être une star. Je voulais être estimé et être un acteur de théâtre. Je n'étais pas dans la jet-set de Saint-Tropez!

- Vous étiez l'égal en notoriété des Beatles ou de Johnny Halliday. Vous les côtoyiez?
- Les Beatles, non, mais il y a eu une couverture de "Paris Match" avec une photo de Johnny et moi. Un jour, un fan m'a apporté une trentaine de revues ou de magazines dont je faisais la une. Tout ça a été énorme, mais ça l'était trop!

- Avez-vous gardé des gadgets de l'époque où vous étiez partout (il y avait des BD, des porte-clés,...)?
- Et il y avait même des pots de moutarde à mon effigie!  Une déclinaison commerciale sans fin. A l'époque, on ne parlait pas de merchandising et le droit à l'image n'était qu'un concept en devenir. C'était très flou. Des amis avaient tenté de me persuader d'intenter une action pour obtenir des droits. J'ai jugé que j'avais mieux à faire. Aujourd'hui, il me reste l'épée avec laquelle j'ai fait tous les duels de Thierry. Y ai-je vu un signe? Lors du dernier épisode, elle s'était brisée... Elle a été ressoudée et elle est encore chez moi dans le Lot. 

- La télé, vous en avez beaucoup refait avec "Les gens de Mogador", "Gaston Phébus", "Les maîtres de l'orge", et même encore aujourd'hui, on vous voit dans "Capitaine Marleau" !
- C'est un clin d'œil. Josée Dayan, avec qui j'ai fait "La rivière Espérance" et "Les rois maudits" (deux grandes réussites), me l'a demandé. Mais il n'était pas prévu que je fasse ce légiste plusieurs fois! Je l'ai traité de façon improbable, je me suis régalé. Et ce flirt entre lui et Marleau a tellement amusé les spectacteurs que Josée m'a fait revenir...  Corinne Masiero est formidable et il y a un côté baroque, libre et pittoresque qui me plaît beaucoup là-dedans. On m'a dit qu'on ne m'avait jamais vu comme ça, que j'étais drôle. Oui, j'ai aussi un côté taquin.

- C'est votre côté belge qui ressurgit?
- Belge de France!  Mais, oui, je suis resté très belge. Je suis de Deux-Acren près de Lessines. Je parle toujours le flamand domestique que j'entendais à la maison, ça ne s'oublie pas! La moitié de ma famille est flamande. De l'autre côté, les Drouot ont quitté la Lorraine pour s'implanter en Belgique vers 1820...  Je garde aussi le souvenir de l'audience avec le roi Baudouin qui, en 1985, avait souhaité faire connaissance avec le nouveau directeur du Théâtre National de Belgique. Au bout de cinq minutes, la conversation est devenue tout ce qu'il y a de plus naturel.

- Le théâtre vous a donné les plus grands rôles :   Cyrano, Alceste, le roi Lear, Jaurès, Zola ou Orson Wells. Si vous deviez en choisir un seul?
- C'est vrai que j'ai eu tous les grands rôles auxquels peut aspirer un acteur. Pour moi, Jaurès a été le plus important. Mais tant que j'aurai l'énergie, je serai sur les planches". 

2 commentaires:

Adrienne a dit…

une de ses cousines flamandes a été ma collègue ;-)

Tania a dit…

Jean-Claude Drouot a fait de bonnes choses à Bruxelles et à ses grands rôles, j'ajouterais "Kean" (Alexandre Dumas) que j'ai vu plusieurs fois et où il jouait très bien le rôle du comédien invité dans la haute société, admiré pour son talent mais "remis à sa place" en tant qu'acteur. Un jeu d'une grande générosité pour le public. Un excellent souvenir. Merci pour cet entretien & bonne fin de semaine.